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Climat: le "scénario du pire" serait en marche

MONDE | mercredi 25 novembre 2009 à 16h18

  • L'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère, à l'origine du réchauffement climatique en cours, se situe "au-delà du pire scénario" esquissé en 2007 par les scientifiques du monde entier, expliquent les climatologues à la veille du sommet de Copenhague.

    Guerre du climat, acte II... La proximité du sommet de Copenhague sur le climat, auquel 65 chefs d'Etat ont déjà annoncé leur participation, provoque une véritable guerre de position, où chacun tente d'avancer ses pions sur un échiquier politique des plus complexes. Entre découragement et regain d'optimisme, chaque Etat ou groupe d'Etats négocie âprement ses concessions ou ses avancées. Mais sur le front des scientifiques, la guerre fait rage également. Les scientifiques et les institutions associées au Giec vivent très mal la critique incessante des "climato-sceptiques". Ils répliquent avec une nouvelle batterie de données.

    "En termes d'émissions de CO2, on est au-delà du pire scénario qui avait été imaginé dans les projections du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (Giec)", explique ainsi Hervé Le Treut, spécialiste de la modélisation du climat.

    "Il n'y pas de signal fort qui nous incite à être optimiste. On est sur une trajectoire qui se traduirait, selon les modèles, par 4 à 6 degrés de réchauffement" d'ici la fin du siècle, ajoute-t-il, à dix jours du rendez-vous de Copenhague.

    Bien au delà des deux degrés

    Des propos corroborés par un rapport présenté par l'Institut de recherche sur les impacts du climat de Potsdam, en Allemagne. Cet institut publiait mardi un document de 64 pages représentant une synthèse des travaux scientifiques sur le changement climatique parus depuis le 4ème rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (Giec, 2007), assorti d'un appel à agir.

    Pour les auteurs, "la température moyenne de l'air devrait se réchauffer entre 2 et 7 degrés en 2100 par rapport à la période pré-industrielle".

    Ils estiment également que l'augmentation de 40% des émissions de CO2 entre 1990 et 2008, rend plus difficile à atteindre l'objectif fixé en juillet par plusieurs dirigeants de pays développés et émergents de limiter à 2 degrés le réchauffement global. "Chaque année de retard dans l'action augmente les chances que le réchauffement dépasse 2°C", avertissent-ils. Selon une autre étude récente du Global Carbon Project (GCP), les émissions mondiales de CO2 liées à l'utilisation d'énergies fossiles ont bondi de 29% entre 2000 et 2008.  Elles ont atteint 8,7 milliards de tonnes en 2008, un nouveau record absolu après une hausse de 2% par rapport à 2007.

    'Dernier appel" avant Copenhague

    Selon Hans Joachim Schellnhuber, directeur de l'institut de Potsdam et membre du Giec, le rapport est un "dernier appel des scientifiques à l'intention des négociateurs sur le climat de 192 pays qui doivent prendre le train de la protection climatique à Copenhague", du 7 au 18 décembre.

    "Ils doivent connaître la vérité sans détours sur le réchauffement global et les risques sans précédent qu'il implique", souligne Hans Joachim Schellnhuber.

    A l'attention de ceux qui douteraient encore de l'origine humaine du réchauffement, le document de Potsdam rappelle que durant le dernier quart de siècle, les températures moyennes ont augmenté de 0,19 degré par décennie, ce qui correspond parfaitement aux prévisions calculées sur la base des émissions de gaz à effet de serre.

    Une conclusion qui se veut une réponse sans ambiguité aux contestations des "climato-sceptiques", une mouvance se référant à certains travaux de scientifiques critiques, pour dénoncer les "dogmes de la nouvelle religion du climat", dont le Giec serait le temple. Cette mouvance aux contours incertains s'est récemment beaucoup activée et estime détenir la preuve des manipulations conduisant à la thèse du réchauffement d'origine humaine, après que des courriels volés dans un serveur d'un centre de recherches aient été dévoilés sur internet.

    Les effets alarmants du changement climatique

    L'un des effets les plus alarmants du changement à venir concerne la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, que ce soit au niveau des températures (canicules) ou des précipitations (sécheresses, inondations).

    Un autre concerne l'élévation du niveau des mers.

    "La montée actuelle du niveau des mers", de 3,4 mm par an durant les 15 dernières années, "est supérieure de 80% aux prévisions passées du Giec", selon les climatologues.

    Au lieu d'une fourchette comprise entre 18 et 59 cm d'augmentation, les experts estiment désormais que si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites, la fonte des calottes glaciaires provoquera une montée des eaux comprise entre un et deux mètres d'ici la fin du siècle.

    La fonte de la banquise arctique, de 40% plus rapide que ce que le Giec avait prévu, signifie que les océans absorberont davantage la chaleur du Soleil, ce qui en retour accélèrera la fonte des glaces maritimes.

    Dommages irréversibles

    Dès lors, si des mesures efficaces ne sont pas mises en place, plusieurs écosystèmes subiront des dommages irréversibles, souligne le rapport.

    La déforestation et des sécheresses plus sévères en Amazonie pourraient ainsi, en quelques décennies, transformer la plus grande forêt tropicale du monde en savane. Ce poumon de la planète deviendrait alors émetteur net de CO2, accélérant à son tour le réchauffement.

    C'est du reste la raison pour laquelle la communauté scientifique s'accorde sur la nécessité de maintenir le réchauffement sous la barre des deux degrés. Ils avouent ne pas être en mesure de prévoir les conséquences d'un réchauffement supérieur, et craignent un "emballement climatique" au delà de ce plafond.

    Pour limiter le réchauffement à 2 degrés, il faut que les émissions cessent d'augmenter entre 2015 et 2020 et diminuent ensuite rapidement.

    "Une société mondiale 'décarbonée' - avec zéro émissions de CO2 et d'autres gaz à effet de serre durables - doit être atteinte bien avant la fin du siècle", espèrent les climatologues. C'est le message qu'ils veulent délivrer aux négociateurs de Copenhague.

    Fournir des efforts pédagogiques

    Faut-il alors déjà revoir le 4ème rapport du Giec pour l'actualiser au regard des nouvelles données et face à l'ampleur de la menace ? Hervé Le Treut reconnaît que le document est conservateur sur l'élévation du niveau des mers car nombre d'études, qui prennent notamment en compte la fonte du Groenland, évoquent désormais une hausse d'un mètre d'ici 2100. Il réfute toutefois fermement l'idée d'une actualisation permanente qui "offrirait un front fragile à toutes les critiques". "Le texte est suffisant pour donner les ordres de grandeur avec lesquels il faut agir", souligne le climatologue.

    Face à la réelle difficulté d'imaginer ce que pourrait être, concrètement, "un monde plus chaud", Hervé le Treut souligne la nécessité d'intensifier les efforts pour expliquer, en dépassant "les modèles de physicien", quel visage pourrait offrir la planète demain.

    "Au-delà de deux degrés, on change de monde. Mais comment cela se traduit-il? Quelles espèces d'arbres sont menacées, quelles mutations dans les espèces animales, que restera-t-il comme neige dans les grands glaciers de montagne ? On a absolument besoin de cette information là".

    Pas de catastrophisme, ni d'angélisme

    Pour que les transitions profondes liées aux changements climatiques - "il y aura des gagnants et des perdants" - se passent de manière pacifique, il met en garde contre les simplifications abusives.

    "Faire du changement climatique une catastrophe absolue, sans échappatoire ni rémission, c'est aller au-delà de ce que dit la science", écrit-il dans son dernier livre, intitulé "Nouveau Climat sur la terre" (Flammarion). "S'autoriser un relativisme somme toute très approximatif -l'humanité s'en est toujours sortie et il n'y a pas de raison que cela change-, (...) c'est instaurer en système une désinvolture qui menace gravement les générations futures".

    T.N. avec Belga et AFP

     

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