Attentat à Marrakech: 16 morts, l'ONU dénonce un acte "haineux"

Des équipes de secours sur les lieux de l'explosion, dans le café Argana du centre de Marrakech, le 28 avril 2011
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Des équipes de secours sur les lieux de l'explosion, dans le café Argana du centre de Marrakech, le 28 avril 2011 - © Abdelhak Senna
AFP

La police marocaine était en état d'alerte jeudi après un attentat qui a fait au moins 16 morts, dont des Français et un Néerlandais, au coeur de la ville touristique de Marrakech.

Rabat, Paris et Madrid, suivis par Washington et le Conseil de sécurité de l'ONU et son secrétaire général, Ban Ki-moon, ont dénoncé cette attaque "terroriste" et "haineuse" contre un café dans le centre de cette cité historique, première destination des visiteurs étrangers au Maroc, à 350 km au sud de Rabat.

Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier dans ce royaume d'Afrique du nord depuis les attaques islamistes de 2003 à Casablanca. Le roi Mohammed VI a réagi immédiatement en exigeant une enquête rapide.

Peu après, le président français Nicolas Sarkozy a condamné cet "attentat terroriste" -un "acte odieux, cruel et lâche", a-t-il dit-, et l'Espagne également.

Place Jamâa El-Fna, centre touristique de Marrakech

La déflagration, survenue à la mi-journée, à soufflé l'établissement Argana, trés fréquenté par les touristes, sur la célèbre place Jamâa El-Fna.

Dans la soirée, le ministre de l'Intérieur, Taib Cherkaoui, parlant à la presse à Marrakech, a annoncé que l'attentat avait fait 14 tués. 

"Les cadavres de 11 étrangers et de 3 ressortissants marocains ainsi que 23 blessés ont été évacués vers le centre hospitalier universitaire Ibn Tofail, l'hôpital militaire Ibn Sina et deux cliniques privées", a déclaré le ministre.

Tôt vendredi, le ministère néerlandais des Affaires étrangères annonçait la mort d'un de ses ressortissants. Deux autres Néerlandais sont grièvement blessés, a ajouté le porte-parole du ministère.

Dans la matinée de vendredi on apprenait via l'AFP que deux nouvelles victimes avaient succombé à leurs blessures, portant le bilan à 16 morts. Sans précision sur la nationalité de ces deux victimes.

Selon des sources médicales marocaines, huit Français sont au nombre des morts. Dans la soirée, une source gouvernementale française a confirmé qu'il y avait des Français tués, sans en préciser le nombre.

Le ministre de l'intérieur s'est refusé a confirmer la thèse d'un attentat-kamikaze: "Je ne peux pas dire s'il s'agit d'un kamikaze", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Avec l'aide des pays amis et voisins, nous allons procéder à l'enquête pour déterminer les circonstances et les auteurs de ce crime", a-t-il ajouté.

Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), une organisation d'extrémistes islamistes, est active dans la région -Algérie, Mali, Niger et Mauritanie- et détient quatre français, enlevés au Niger.

Ban Ki-Moon "horrifié"

Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné un attentat "haineux", réaffirmant que "le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations constitue l'une des plus graves menaces contre la paix et la sécurité internationales".

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est déclaré pour sa part "horrifié" par l'attentat.

La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a condamné jeudi dans un communiqué "l'attentat terroriste (...) lâche", offrant son "assistance complète" à Rabat pour retrouver les auteurs de l'attentat.

Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjorn Jagland, s'est dit "profondément choqué".

Les forces de sécurité marocaines se sont déployées dans le pays. "Des barrages ont été dressés à l'entrée des grandes villes du Maroc pour assurer la sécurité intérieure du pays", a indiqué à l'AFP un haut responsable de la police.

Dans une déclaration à l'AFP, le ministre marocain de la communication Khalid Naciri, à stigmatisé "un acte terroriste". "Le Maroc est confronté aux mêmes menaces qu'en mai 2003 et il y fera face avec diligence", a-t-il ajouté.

Le 16 mai 2003, des attentats menés par des islamistes à Casablanca avaient tué 33 personnes et les 12 kamikazes impliqués.

Le roi Mohammed VI, qui a succédé à son père en juillet 1999, a exigé que la police et la justice tiennent le public informé des conclusions de leur enquête, selon un communiqué du cabinet royal.

L'explosion s'est "produite sur la terrasse du café" Argana, a assuré à l'AFP Latifa Idrissi, la femme d'un serveur --Yassine Bouzidi, 28 ans--, tué dans l'attentat.

Selon un autre client du café, indemne, "un individu est rentré au café. Il a commandé un jus d'orange et quelques minutes plus tard, il s'est fait exploser".

Un étudiant qui se trouvait devant l'établissement a raconté avoir entendu trois fortes détonations et avoir vu des victimes fuir après l'explosion.

Le Maroc, pays de 32 millions d'habitants dont l'économie est liée au tourisme, a été relativement épargné par les révoltes dans le monde arabe depuis le début de l'année.


AFP