Si Mohamed Morsi, chef du parti islamiste de la Liberté et de la Justice vient d’être élu premier président de Égypte de l’après-Moubarak, il devra tenir compte "des fondamentaux des relations internationales de l’Égypte", estime Antoine Basbous.
L’aide militaire et économique des États-Unis, par exemple, est un élément important dont le nouveau pouvoir doit tenir compte : "Les Américains fournissent à l'Egypte une aide annuelle de près de 2 milliards de dollars, une aide militaire d'1,3 milliards et une aide civile". Il ne croit pas que Égypte puisse s'en passer. Il n’y aura donc pas de déclarations ou d’actes anti-américains. D’autant plus, rappelle Antoine Basbous, que Mohamed Morsi connait très bien ce pays, où il a effectué ses études.
Ensuite, le rapport avec l’Arabie Saoudite ne devrait pas non plus évoluer négativement. L’aide financière de l’Arabie reste importante, même si elle est partiellement honorée pour le moment (elle a remis 500 millions de dollars sur les 5 milliards promis). Mais il faut souligner aussi l’intérêt porté à l'Égypte par l’Arabie. Cette dernière besoin du soutien d'un grand pays arabe, comme l’Égypte, face à l’Iran, pays qu’elle perçoit comme hégémonique. Et de son côté, l’Égypte ne peut se passer de ce soutien et des pays du Golfe qu'elle peut entraîner avec elle. Cette question est "primordiale, cruciale pour une éco égyptienne à la dérive", affirme notre invité.
Un rapport de force établi
Il est cependant nécessaire de souligner que le pouvoir de Mohamed Morsi est en quelque sorte confisqué par l’armée. Auparavant, les pouvoirs de l’armée étaient entre les mains d'Hosni Moubarak. Aujourd’hui, l’armée, elle-même, a dépouillé la présidence de tous ses pouvoirs.
"Hier", dit-il, "c'est le président élu qui s'est rendu au ministère de la Défense pour rencontrer son ministre de la Défense, le Maréchal Tantaoui, et non le contraire, c'est tout un symbole ! Et le CSFA, qui est l'armée, va continuer à nommer le ministre de la Défense, des Affaires étrangères, le ministre de l'Intérieur et sans doute le ministre des Finances. En plus le président va prêter serment devant de la haute Cour Constitutionnelle et non pas devant le parlement dissout sous les instructions du CSFA".
En d'autres termes, "le rapport de force est établi", dit-il, c’est l’armée qui détient tous les pouvoirs.
Bras de fer entre l’armée et la présidence
Concernant l’orientation politique des Frères musulmans, il est aujourd’hui difficile de les rapprocher de ce qu’on peut appeler la démocratie chrétienne chez nous. "Je pense que l'ambition des Frères Musulmans, c'est, d'abord et avant tout, d'islamiser la société égyptienne pour que le pays tombe comme un fruit mûr dans leur main. Cela a nécessité beaucoup de patience. Ils ont attendu 84 ans et cela va s'expliquer par le contrôle de la culture, des médias, de la justice, de l'enseignement, et ainsi ils vont fabriquer une société à leur main".
De son côté, l’armée égyptienne a l’exemple turc en tête : "L'armée ne veut pas lâcher aux Frères Musulmans ce que l'armée turque a fait avec l'AKP pour retrouver des dizaines, voire des centaines de généraux en prison. Donc l'armée qui est aussi en Égypte une puissance financière, c'est la première puissance financière du pays qui contrôle près de 25% du PIB, n'a aucune envie de rentrer dans ses casernes".
Il va donc y avoir un bras de fer politique. Car si l'armée ne compte pas lâcher les rênes du pouvoir aux islamistes, les islamistes ne devraient pas en rester là. Et d'expliquer : "Ils veulent essayer d’infiltrer encore davantage la société pour contrôler les pouvoirs et tous les pouvoirs Nous les avons vu, boulimiques depuis l'année dernière. Ils avaient dit qu'ils ne brigueraient pas plus de 30% des postes de députés et puis 50%, pour finalement 100% des postes. Ils avaient également dit qu'ils ne présenteraient pas de candidat à l’élection présidentielle et finalement, ils l'ont fait".
Antoine Basbous rappelle également qu’ils ont à leur droite les salafistes, qui les poussent à ne pas lâcher certains principes. Avec eux, dit-il, il ne sera pas possible de mettre de l'eau dans le vin car "les salafistes vont essayer de les coincer et de les pousser à la faute".
A propos de la Syrie
Interrogé sur les tensions entre la Turquie et la Syrie, le politologue a également donné sa vision des faits. Il rappelle que l'avion turc a été abattu au lendemain de la défection d'un pilote syrien qui s'est posé en Jordanie.
Selon lui, le régime d'Assad "a voulu montrer ses muscles, remonter le moral des troupes et avertir la Turquie qu'elle est trop conciliante avec l'opposition syrienne".
C'est aussi, d'après lui, "un avertissement russe à l'Otan" car l'avion qui a été abattu est souvent piloté par des Russes.
C.B. avec W. Fayoumi




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