Afrique du Sud: la justice relâche 162 des mineurs de Marikana

Afrique du Sud: la justice relâche 162 des mineurs de Marikana
Afrique du Sud: la justice relâche 162 des mineurs de Marikana - © Cynthia R Matonhodze (AFP)
Belga News

Un tribunal de la banlieue de Pretoria a relâché lundi 162 des 270 mineurs grévistes qui avaient été arrêtés le 16 août lors de la fusillade de Marikana (nord), après la suspension de leur inculpation pour le meurtre de leurs camarades.

"Vous pouvez y aller", a dit aux prévenus le magistrat Esau Bodigelo, confirmant que "les chefs d'inculpation pour meurtre contre les accusés ont été retirés pour l'instant" comme l'avait annoncé le parquet la veille.

Esau Bodigelo avait suscité l'indignation générale jeudi en inculpant les 270 mineurs grévistes pour le meurtre de leurs 34 camarades abattus par la police.

Il n'avait pas expliqué sa décision, mais de nombreux juristes estiment qu'il avait utilisé une loi anti-émeutes de 1956, toujours en vigueur, qui était très prisée du temps de l'apartheid: le texte prévoit que soit inculpée pour meurtre toute personne arrêtée sur le site d'une fusillade impliquant la police, que les victimes soient des policiers ou non.

Devant le scandale national, la chef du parquet Nomgcobo Jiba avait finalement annoncé dimanche la suspension de l'inculpation et la libération à venir des 270 mineurs, qui faisaient partie de la foule hostile de manifestants armés de lances et de machettes sur laquelle la police a tiré le 16 août.

Mais ces mineurs ne peuvent être libérés que si leur adresse a pu être vérifiée, une gageure pour nombre d'entre eux qui sont des travailleurs migrants habitant dans des bidonvilles aux abords de la mine, exploitée par le groupe Lonmin.

Jubilant, les travailleurs libérés ont quitté le tribunal en chantant et dansant, levant le poing devant les caméras, tandis que les abords sont restés plutôt calmes toute la journée.

Dix minibus avaient été mis à disposition par les "Amis de la Ligue de jeunesse" de l'ANC, nouveau mouvement de l'ancien président de la Ligue Julius Malema --exclu du parti en avril, et devenu un farouche opposant du président Jacob Zuma-- pour les conduire à Marikana, où une fête était prévue.

"Je vais rentrer chez moi maintenant. Je vais retrouver ma famille à Marikana", a réagi Siyabulela Milo, 32 ans, auprès de l'AFP.

"J'étais avec mes amis" lors de la fusillade. "Je ne sais pas ce qui leur est arrivé, s'ils sont encore en vie", a dit Bongi Nkosi, 31 ans.

Les mineurs se sont présentés devant le tribunal par groupes lundi, jusque tard dans la soirée. Les autres devraient être remis en liberté jeudi.

La chef du parquet avait indiqué dimanche que l'annonce des chefs d'inculpation finalement retenus contre eux n'aurait lieu qu'"une fois que toutes les enquêtes (auraient) été bouclées", citant notamment la commission d'enquête installée par le président Jacob Zuma dont les conclusions ne sont pas attendues avant janvier.

L'affaire a été en conséquence remise au 12 février 2013, les mineurs étant toujours poursuivis pour violence publique et rassemblement interdit.

Belga