Abeilles: la Commission propose d'interdire certains pesticides

La commission propose une interdiction temporaire de certains pesticides nocifs pour les abeilles
La commission propose une interdiction temporaire de certains pesticides nocifs pour les abeilles - AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG
Belga News

L'Union européenne pourrait interdire pendant deux ans l'utilisation de trois pesticides mortels pour les abeilles à compter du 1er juillet si ses Etats membres acceptent cette mesure préconisée jeudi par la Commission européenne. Mais il y a des résistances, aussi bien dans le chef des industriels que dans celui de certains Etats membres. Et la mesure est jugée inefficace par les partisans d'une interdiction totale.

"Nous avons proposé de suspendre pendant deux ans l'utilisation de trois néonicotinoïdes présents dans des pesticides pour quatre types de cultures: le maïs, le colza, le tournesol et le coton", a annoncé Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire chargé de la Santé et des Consommateurs Tonio Borg.

La mesure a été soumise jeudi aux experts des Etats membres et a suscité de sérieuses réserves de la part de plusieurs pays, notamment l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Espagne, a-t-on appris de sources communautaires.

Les experts vont présenter cette option dans leur pays et "si les conditions sont réunies", la Commission présentera une "proposition de règlement" pour permettre l'adoption de cette mesure.

Entrée en vigueur le 1er juillet ?

Elle pourrait être soumise à la réunion des experts prévue le 25 février et si elle est adoptée, l'interdiction pourrait entrer en application le 1er juillet, a expliqué Frédéric Vincent.

Les trois néonicotinoïdes incriminés -clothianidin, imidacloprid et thiamethoxam- sont présents dans des pesticides produits par les groupes allemand Bayer et suisse Syngenta, notamment le Cruiser OSR.

La Commission s'est fondée sur un avis très négatif rendu par l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA).

Les pesticides "systémiques" ont bien un impact mortel

Au fil des ans, les études scientifiques ont permis d'établir que les pesticides dits "systémiques" ou "néonicotinoïdes" ont bien un impact mortel sur les abeilles, qu'ils les désorientent au point que certaines ne savent plus revenir à leurs ruches et par voie de conséquence meurent. En une quinzaine d'années, la mortalité des colonies d'abeilles est passée de 5% à 30%.

La France a retiré le 29 juillet l'autorisation de mise sur le marché (AMM) du Cruiser OSR utilisé en traitement de semence pour le colza. Reste son utilisation pour le maïs qui, bien que contesté, n'a pas été à ce stade définitivement banni.

L'Italie et l'Allemagne interdisent l'usage des pesticides incriminés seulement pour le maïs, les Pays-Bas pour traiter les plantes qui attirent les abeilles et la Slovénie pour toutes les plantes.

"Il y a un vrai problème avec les pesticides. Nous attendons de voir ce qui sera proposé, mais nous attendons une décision qui soit européenne pour éviter les problèmes de distorsion de concurrence", avait déclaré lundi à l'AFP le ministre français de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, en marge d'une réunion avec ses homologues de l'UE à Bruxelles.

Réactions négatives des apiculteurs

Le fait que le durée de l'interdiction serait limitée à seulement deux années et qu'elle ne concernerait que certaines cultures fait déjà bondir les organisations apicoles et les scientifiques. "Complètement inefficace", jugent certains. D'abord parce que le principe de rotation des cultures implique que les pesticides déposés pour l'une resteront présents dans le sol au moment de la culture qui devrait être protégée. De plus, la durée de vie des néonicotinoïdes dans le sol ne permettra pas de vérifier une véritable amélioration de la santé des abeilles. Le risque est dès lors grand, pour les apiculteurs, que les producteurs de ces produits arguent de l'absence de résultat positif pour obtenir que l'interdiction ne soit pas prolongée...

T.N. avec Belga


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