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Berlin, les cicatrices de l'Europe

09.11.09 - 15:52

Le 9 novembre 1989, le Mur de Berlin, qui avait séparé en deux la capitale allemande pendant près de 28 ans, s'écroulait sous la pression conjuguée de la population est-allemande et des changements suscités à Moscou par Mikhaïl Gorbatchev. Voici un petit bout d'histoire

Pour une génération de jeune Européens nés dans les années nonante, l'image d'une Europe balafrée de fil de fer barbelé parait sans doute anachronique. Plus encore, l'idée que deux millions de Berlinois de l'ouest aient vécu à l'intérieur d'un mur en béton armé de 165 km de long, de 3,5 mètres de hauteur et jalonné de 300 miradors, doit leur sembler inconcevable...


Le Mur de Berlin aura pourtant tenu vingt-huit années, très précisément du 13 août 1961 au 9 novembre 1989. Presque trois décennies qui firent de l'ex-capitale allemande le cœur battant de la guerre froide.


Aux origines de la guerre froide


En 1945, au lendemain de la victoire alliée sur le régime nazi, la capitale du Reich est dévastée. Les Russes sont arrivés les premiers dans la ville, mais la conférence de Yalta, en février de la même année, avait prévu le découpage de l'Allemagne et de Berlin en quatre zones d'occupation.


Plus largement, Yalta entérine ce que Winston Churchill décrira dans un discours célèbre tenu à Fulton en mars 1946, dans lequel il appelait à l'unité de l'Europe contre le péril communiste: "De Stettin dans la Baltique jusqu'à Trieste dans l'Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent".


A Berlin, la moitié de la ville est sous le contrôle des Soviétiques, l'autre moitié se répartissant entre secteurs américain, anglais et français. La ville entière a un statut particulier, qui la détache du reste de l'Allemagne. Les secteurs occidentaux seront bientôt administrés sous la forme d'un "land" allemand à part entière, tandis que le secteur soviétique deviendra de facto la capitale de l'Allemagne de l'Est, satellite de l'Union soviétique.


Ainsi se met en place, à l'instant même où débute la confrontation est-ouest qui dominera la seconde moitiè du 20èmesiècle, la configuration qui fera de Berlin le symbole physique de cet affrontement. Berlin est en effet située très à l'est de l'Allemagne, au cœur de la zone conquise par les Soviétiques. De 1949, année de la création de la République Démocratique Allemande (Est) jusqu'à l'érection du mur, pas moins de trois millions d'Allemands de l'Est franchiront définitivement la frontière vers l'Allemagne de l'Ouest en passant par Berlin, où il suffisait de passer en secteur anglais, américain ou français pour se retrouver à l'Ouest. De très nombreux Allemands continueront d'ailleurs à transiter d'un côté à l'autre de manière quotidienne jusqu'à la création du Mur.


C'est une véritable hémorragie à laquelle les dirigeants de l'Est doivent faire face: ceux qui partent sont les forces vives, qui renvoient du régime communiste l'image désastreuse d'un système totalitaire incapable de réaliser le bien-être des masses. Pour le régime, il en va de sa survie. La construction du Mur est, dès le départ, un signe de faiblesse...


Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, après un record du nombre de défections, près de 15 000 membres des forces de sécurité établissent un cordon tout le long de la frontière des secteurs occidentaux. Des milliers d'ouvriers s'attellent immédiatement à poser des clôtures de barbelés, qui préfigurent le futur mur de béton. Des familles sont séparées. Des personnes qui se trouvaient par hasard à l'est se voient empêchées de rentrer chez elles. Quelques dizaines de fugitifs parviendront encore à franchir les barbelés avant que le Mur devienne infranchissable. Parfois, ce sont des garde-frontières eux-mêmes qui désertent...


Les réactions internationales sont très mitigées. L'Ouest ne veut pas donner la moindre occasion aux Soviétiques de « réagir à des provocations ». Mais plus encore, c'est un inavouable sentiment de soulagement qui prévaut : jusque là, Moscou exerçait une pression constante sur les Alliés, commencée avec le blocus de Berlin (juin 1948- mai 1949) et toujours poursuivie avec pour objectif, selon les occidentaux, la mainmise sur l'ensemble de la ville. Dans cette perspective, la construction du Mur constitue la reconnaissance par l'Est du statu quo : Berlin ne sera pas l'origine d'une troisième guerre mondiale. Dans la ville encerclée, Willy Brandt, le maire de Berlin, exhorte le monde libre à réagir. Son appel ne sera relayé que par le président américain John Kennedy, avec son fameux "Ich bin ein Berliner" lancé depuis la plateforme construite sur la place Rudolph Wilde le 26 juin 1963.




1985: le changement arrive de Moscou


Tout au long des 27 années qui suivront, Berlin-Ouest et Berlin-Est connaîtront des fortunes diverses. Dopée par les mesures favorables de la République fédérale allemande et tenue à bout de bras, la partie occidentale connaître une  reconstruction rapide. La vie culturelle et nocturne y est trépidante, favorisée par la présence d'un très grand nombre de jeunes. A l'Est, les tentatives de faire de la ville une vitrine des réalisations socialistes échouent  largement et le raidissement du régime dirigé par Erich Honecker l'empêche de prendre la mesure des changements en cours.


Car depuis l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en URSS en 1985, un vent nouveau semble souffler à l'est du "Rideau de fer". Conscient de la fragilité de l'Union soviétique et du coût que représente le maintien du "glacis" sur une moitié de l'Europe, il lâche peu à peu la bride aux pays satellites. En visite en Chine en juin 1989, lorsqu'on lui demande s'il souhaite l'élimination du Mur de Berlin, il répond "Pourquoi pas?".


Dans le même temps, la Hongrie ouvre ses frontières et la Pologne se dote d'un premier ministre issu de l'opposition. Ces signaux ne sont pas sans effet sur la population de l'Allemagne de l'Est: les Allemands de l'Est quittent la RDA par milliers en passant par la Hongrie. Ils prennent d'assaut les ambassades de la RFA à Prague et à Varsovie, forçant les autorités allemandes à opérer les premiers compromis. Ils manifestent un peu partout, et notamment à Berlin où ils sont plus d'un million le 4 novembre.


Les officiels du parti communiste commencent à percevoir qu'ils ne contrôlent plus grand-chose. Erich Honecker est écarté par les rénovateurs. Un homme, Günther Schabowski, va singulièrement jouer un rôle majeur dans la chute du Mur. Ce membre du bureau politique du Parti communiste va commettre la boulette de sa vie en pleine conférence de presse le 9 novembre à 18h57. Il y présente une décision relative aux voyages privés vers l'étranger sans justificatif, sensée réguler les flux de population et permettre un relâchement de la pression. A un journaliste qui lui demande quand cette mesure entrera en vigueur, il est pris au dépourvu et répond "Autant que je sache, immédiatement". En fait, rien n'était encore fixé.


Le 9 novembre à 23 heures, le Mur s'ouvre


Dès ce moment, des dizaines de milliers de Berlinois de l'est convergent vers les points de passage du Mur. Les gardes n'ont aucune consigne. Sous la pression de la foule, les portes finissent par s'ouvrir. A partir de 23 heures au poste-frontière de la Bornholmer Strasse, bientôt suivi par les autres points de passage. Le lendemain, des colonnes de ressortissants d'Allemagne de l'est franchissent la frontière entre les deux Allemagne. La destruction du Mur commence. Il aura tenu 27 années et au moins 421 personnes ont perdu la vie en tentant de le franchir. Un peu plus de 5000 autres réussiront toutefois à franchir l'obstacle et à gagner l'Allemagne de l'Ouest.



Le 3 octobre 1990, jour de la réunification des deux Allemagne sous l'égide du chancelier Helmut Kohl marquera non seulement la fin de la partition de l'Allemagne et de Berlin mais aussi, en quelque sorte, la cicatrisation de l'Europe.


(T. Nagant)


 


 

Crédit photo : AFP
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