Un portrait coup de gueule de "Bruxelles pas belle" qui ne nous apprend rien

Dans Libé, un portrait coup de gueule de "Bruxelles pas belle" de Jean Quatremer
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Dans Libé, un portrait coup de gueule de "Bruxelles pas belle" de Jean Quatremer - © Tous droits réservés
Rédaction RTBF

Libération dresse sous la plume de son correspondant Jean Quatremer un portrait au picrate de la ville-région : travaux perpétuels, saleté, congestion et tout à la voiture, chaos urbanistique... Tout y passe, avec dans le collimateur la sacro-sainte autonomie des communes et "l'évidente mauvaise volonté politique". Un Grand Angle parfaitement objectif s'il s'agissait de dresser la liste des maux de Bruxelles, mais aussi empreint d'une certaine mauvaise foi s'il se voulait le portrait de la ville-région-capitale... En tout cas les réactions n'ont pas manqué.

Deux jours de safari photo à Saint-Gillles, Bruxelles-ville et Laeken et un résultat qui ne trompe pas : cette ville est remplie de travaux, de déviations, d'encombrements, de trottoirs défoncés ou squattés par les autos, de mobilier urbain disparate à moitié détruit...

Le texte de Jean Quatremer ne rate pas sa cible non plus : "Le choc de l’arrivée à destination risque d’en laisser plus d’un sur le carreau tant la capitale belge est laide et sale, hormis des îlots presque miraculeusement préservés. Si les exilés fiscaux n’ont que ce qu’ils méritent, on peut avoir une pensée pour ceux qui y vivent parce que c’est le siège des institutions européennes", commence-t-il.

Chaos urbanistique et bruxellisation

Jean Quatremer reprend ensuite l'expression de Baudelaire "capitale pour rire" avec de comparer la ville à  Athènes. "Même chaos urbanistique, mêmes cicatrices laissées par une spéculation immobilière délirante, mêmes trottoirs défoncés, même saleté (c’est Test-Achats, l'organisation de consommateurs belge, qui le dit), même folie automobile, etc. Mais la capitale grecque a réussi, elle, à éviter les autoroutes qui déchirent Bruxelles comme si elle avait la taille de New York ou de Los Angeles, alors qu’elle dépasse à peine le million d’habitants."

Pas faux, tout comme son évocation de la "bruxellisation" qui a détruit des quartiers entiers. L'article de notre confrère français est aussi basé sur des interviews de Charles Picqué et surtout d'Olivier Maingain, particulièrement dur, qui souligne l'échec de la Région et pointe la responsabilité de l'Etat central et des Flamands "qui détestent cette ville devenue francophone tout en étant située en Flandre". Il ne resitue malheureusement pas l'annexion de Laeken à Bruxelles-ville, erronément attribuée à Léopold II par Olivier Maingain, alors qu'elle date de 1921...

Quoi qu'il en soit, le résultat est le même : Bruxelles est un ensemble de communes, de baronnies. "Cela explique l’absence d’unité du mobilier urbain, entre les modèles de poubelles ou de lampadaires par exemple. Pire: si une rue s’effondre –ce qui est fréquent vu la vétusté du réseau d’égouts–, pour peu qu’elle soit à la limite de deux communes, il faudra des mois pour que les autorités se mettent d’accord sur sa réfection. Il en va de même des trottoirs, qui peuvent être entretenus sur 100 mètres et défoncés ensuite."

Jean Quatremer dénonce tout aussi justement l'urbanisme de la ville : "Il suffit de prendre le taxi de la gare du Midi jusqu’aux institutions européennes. A peine sorti de la gare, on emprunte à grande vitesse la "petite ceinture", une quatre voies isolant le centre historique, l’équivalent des Ier et IIe arrondissements de Paris. C’est une succession de tunnels et de voies de sortie qui sont en même temps des voies d’accès où les voitures se croisent comme elles le peuvent. Ensuite, la rue Belliard mène aux institutions, avant de se transformer en tunnel pour rejoindre les grands boulevards (à quatre ou six voies), puis le "ring", la troisième ceinture d’autoroutes qui enserre Bruxelles. La rue Belliard, ce sont cinq voies à sens unique, bordées d’immeubles affreux des années 50 ou 60, avec des trottoirs défoncés, sans arbres mais encombrés de panneaux de signalisation, d’armoires électriques ou téléphoniques, et de rares poubelles. Ici, on est piéton à ses risques et périls."

Jean Quatremer relativise un peu en évoquant "des rues ré-asphaltées, des trottoirs refaits, des espaces piétonniers réaménagés, des transports en communs créés, des immeubles des années 50-60 démolis, la construction de tours interdite, mais à dose homéopathique".

#battle

Inutile de dire qu'une telle avalanche de critiques a suscité de fortes répliques. Suivies de contre-répliques, sur Twitter notamment.

Les autorités régionales sont montées au créneau, le nouveau ministre-président bruxellois Rudi Vervoort en tête, proposant "une petite mise à niveau" de Jean Quatremer.

D'autres vont plus loin en taxant l'article de "nullissime" (Yves Goldstein, PS, chef de cabinet du ministre-président) et l'auteur de "frustré" (Ahmed Laaouej, sénateur PS). Tandis que que le secrétaire d’État Écolo Christos Doulkeridis préfère faire référence à la chanson de Dick Annegarn "Bruxelles Ma Belle".

"Je peux accepter les critiques, réagit Christos Doulkeridis. J'en partage d'ailleurs énormément. Je voudrais vraiment que ma ville soit toujours plus belle et plus propre, mais je pense que la présenter comme telle, de manière aussi unilatérale, ne représente pas Bruxelles. Je pense que ce qui est excessif est insignifiant. C'est juste dommage de véhiculer ce type d'image à l'étranger, avec la légitimité d'un journaliste."

Notons enfin les réactions de Marcel Sel et de Serge Coosemans qui rappellent que ce qu'écrit le correspondant de Libération, cela fait des années qu'on le sait...

JFH

La suite du débat dans "Revu et corrigé" ce dimanche 19 mai sur La Une: Jean Quatremer s'expliquera avec d'autres Bruxellois.