"Il serait désastreux que les pratiques brutales et l'arrogance des politiciens d'hier et d'aujourd'hui dirigent de manière néfaste le destin de la culture", a estimé l'écrivain Norman Manea, prix Médicis en France et professeur de littérature à New York.
Comme lui, des cinéastes dont Cristian Mungiu, Cristi Puiu, Corneliu Porumboi -primés plusieurs fois au Festival de Cannes-, des metteurs en scène de théâtre, chorégraphes, acteurs ont signé une pétition demandant au Premier ministre social-démocrate Victor Ponta d'abroger une ordonnance d'urgence très contestée.
Une mobilisation forte, rapide et large relativement rare dans un pays sorti de la dictature il y a 23 ans.
Ces artistes et intellectuels s'élèvent contre une ordonnance d'urgence --décision sans débat au Parlement très critiquée par les organisations de défense de l'Etat de droit-- prise mercredi par le gouvernement de l'Union sociale-libérale (USL), coalition de centre gauche au pouvoir.
Elle fait passer sous l'autorité du Sénat l'Institut Culturel roumain (ICR), l'équivalent du British Council ou de l'Institut français. Avec pour conséquence à court terme le changement de toute l'équipe de direction.
"Epuration de la pire espèce", a déploré Cristian Mungiu, Palme d'Or à Cannes en 2007 pour "Quatre mois, trois semaines et deux jours" et dont le film "Au-delà des collines" a reçu cette année les prix du meilleur scénario et des meilleures interprètes féminines.
"Malheureusement, en Roumanie, chaque fois qu'il y a un changement de gouvernement, les nouveaux jettent à la poubelle tout ce qui a été fait, même ce qui fonctionne bien. Ils rêvent de marquer l'histoire de leur empreinte", confie à l'AFP le cinéaste Cristi Puiu, prix un Certain Regard à Cannes, dénonçant un "diktat, un règlement de comptes".
La culture, un spectacle de folklore ?
Depuis 2005, l'Institut a aidé à la traduction de plus de 300 ouvrages d'auteurs roumains. En 2011, plus de deux millions de spectateurs ont assisté aux événements qu'il organise dans ses 17 antennes à l'étranger, de New York à Tel Aviv en passant par Paris.
Les artistes et le personnel de l'ICR craignent que, subordonné au Sénat, l'Institut ne devienne otage de "nominations politiques" de la part de parlementaires "pour qui la culture se résume parfois uniquement à un spectacle de folklore", dit l'un d'eux à l'AFP.
L'ICR était placé jusqu'à présent sous l'autorité symbolique de la présidence de Roumanie en vertu d'une loi adoptée à l'époque par le Parti social-démocrate (PSD) de Victor Ponta. Mais aujourd'hui, le président, Traian Basescu, est issu du Parti démocrate-libéral (PDL), opposé au PSD.
Victor Ponta s'est justifié en affirmant vouloir "dépolitiser" l'ICR.
Le président de l'ICR, Horia Patapievici, a démenti avoir subi une quelconque pression de la présidence.
Même ses détracteurs, qui lui ont parfois reproché sa proximité personnelle avec Traian Basescu, ont défendu son bilan.
"Je suis en désaccord idéologique avec Horia Patapievi mais sous sa conduite l'ICR est devenu (...) une institution dont nous pouvons être fiers", souligne l'écrivain Vasile Ernu.
AFP




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