Plainte contre Charlie Hebdo, la France prend des mesures de sécurité à l'étranger

Charb, le directeur de Charlie Hebdo a déclaré que le Premier ministre français devait "soutenir la liberté de la presse et de la République".
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Charb, le directeur de Charlie Hebdo a déclaré que le Premier ministre français devait "soutenir la liberté de la presse et de la République". - © AFP PHOTO / FRED DUFOUR
Belga News

Condamnée mercredi par la plus haute autorité de l'islam sunnite, la publication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo fait l'objet d'une plainte. La veille, le Conseil français du culte musulman (CFCM) avait exprimé sa "profonde consternation" face à cette publication de caricatures "insultantes". Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, en visite au Caire, a affiché sa préoccupation. Le web, lui, s'enflamme.

Une plainte a été déposé en France contre Charlie Hebdo pour "provocation à la haine", par une organisation du nom d'Association syrienne pour la liberté, qui prétend être domiciliée dans le XXe arrondissement de Paris.

Selon le texte de la plainte, l'association considère que Charlie Hebdo "a décidé de jeter de l'huile sur le feu en diffusant une caricature contre le prophète Mohammed". Elle accuse l'hebdomadaire de "provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence nationale, raciale ou religieuse" ou encore de "diffamation publique raciale, religieuse".

Condamnation en Egypte

Du Caire, Al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, a condamné mercredi la publication de caricatures du prophète Mahomet par Charlie Hebdo.

Pour Ahmed al-Tayyeb, le cheikh de l'autorité, "Al-Azhar et tous les musulmans refusent catégoriquement l'insistance d'une publication française à publier des caricatures portant atteinte à l'islam et à son prophète".

Il a ajouté que de tels actes "invitant à la haine au nom de la liberté sont totalement rejetés", en soulignant "la nécessité que la liberté s'arrête aux limites de la liberté d'autrui".

La France prend des mesures de sécurité

Mercredi, la France a également renforcé la sécurité de ses représentations à l'étranger.

Les ambassades et les écoles françaises d'une vingtaine de pays musulmans seront fermées ce vendredi, jour de prière, pour éviter toute violence suite à la publication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo.

Une mesure qui s'appliquera jeudi en Égypte pour les écoles et centres culturels français. "Même si aucune menace spécifique n'a été constatée" dans le pays, précise le consulat dans un e-mail destiné à la communauté française.

Le site de Charlie Hebdo piraté

Le site internet de Charlie Hebdo est "bloqué car piraté" après l'annonce de la publication de caricatures du prophète Mahomet, a annoncé mercredi Charb, le directeur de l'hebdomadaire.

La parquet de Paris a ouvert une enquête suite à ce piratage, confiée à la Brigade d'enquête sur les fraudes aux technologies de l'information (Befti), suite à une plainte de l'hebdomadaire pour intrusion dans un système automatisé de données.

"Apparemment, c'est une attaque encore plus massive qu'en 2011", époque où Charlie Hebdo avait déjà publié des caricatures du prophète, a ajouté Charb à propos du piratage. Il avait auparavant rappelé : "Ça fait un an qu'on est protégé par la police depuis l'incendie des locaux, si c'est la condition pour s'exprimer librement en France, on sera protégé par la police comme la police protège la liberté des Français", a-t-il affirmé.

La publication de caricatures de Mahomet déclenche la polémique.

Sur Facebook comme sur Twitter, opposants et soutiens de Charlie Hebdo publiaient des centaines de commentaires évoquant ces nouvelles caricatures, parfois avec des propos très violents. La page Facebook de l'hebdomadaire mise en ligne mardi soir avec la Une du journal comptait à 10h00 près de 1.700 messages contre 940 deux heures plus tôt.

Beaucoup de commentaires mettaient en avant la liberté d'expression: "Je déteste Charlie Hebdo mais je milite pour leur liberté d'expression. C'est ça la République démocratique", estimait un internaute sur Twitter.

"Liberté d'être con !"

"J'aime Charlie Hebdo quand il se moque du Pape ou de l'Islam. Parce que la critique des religions est indispensable à la démocratie", commentait un autre. "Soutien à Charlie Hebdo. Devons-nous accepter le chantage à la terreur dès qu'une critique ou caricature touche leur religion ?", réagissait une jeune Lyonnaise sur Facebook.

Mais pour d'autres, "la liberté de la presse a bon dos pour faire vendre du papier". "Il y avait la liberté d'expression, là, Charlie Hebdo, vous venez d'inventer la liberté d'être con !", estime un autre twitto.

Et certains étaient encore plus virulents: "Donc Ayrault conseille de porter plainte contre Charlie Hebdo... J'envisage les bennes à vomi en fait". "Provocateurs, cyniques et bêtes surtout. Les salafistes et Charlie hebdo étaient faits pour s'entendre", jugeait un adepte de Facebook.

Laurent Fabius, "préoccupé", déplore la publication

Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, a défendu la liberté d'expression tout en déplorant l'initiative de l'hebdomadaire satirique dans le contexte actuel.

"Est-ce que c'est pertinent et intelligent dans ce cadre la de mettre un peu d'huile sur le feu ? La réponse est non", a déclaré Laurent Fabius. "Je suis très préoccupé parce que je suis le chef de la diplomatie et, quand j'ai vu cela, j'ai évidemment envoyé des instructions pour que dans tous les pays où cela peut poser des problèmes, on prenne des précautions de sécurité particulières", a ajouté le ministre, qui en a appelé à la "responsabilité" de chacun.

Le conseil du culte musulman condamne "un acte islamophobe"

Dans un communiqué, Mohammed Moussaoui, président du CFCM, qui représente la religion musulmane auprès des pouvoirs publics en France, condamne "avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe" et "lance un appel pressant aux musulmans de France à ne pas céder à la provocation".

"Profondément attaché à la liberté d'expression", le CFCM exprime néanmoins "sa profonde inquiétude face à cet acte irresponsable qui, dans un contexte très tendu, risque d'exacerber les tensions et de provoquer des réactions préjudiciables".

"Rien ne peut justifier l'insulte et l'incitation à la haine, souligne le président du CFCM, qui"lance un appel pressant aux musulmans de France à ne pas céder à la provocation" et les "exhorte à exprimer leur indignation dans la sérénité avec des moyens légaux".

Intouchables

La couverture de Charlie Hebdo, signée du dessinateur Charb, représente un musulman dans un fauteuil roulant poussé par un juif orthodoxe, avec chapeau et papillotes, sous le titre "Intouchables 2", allusion au film éponyme.

En pages intérieures figurent des dessins représentant Mahomet. Cette publication intervient alors que la diffusion sur l'internet d'extraits du film "Innocence of Muslims" ("L'Innocence des musulmans") a déclenché des manifestations anti-américaines, parfois meurtrières, à travers le monde musulman.

Sous protection

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a fat part de sa "désapprobation face à tout excès (...) dans le contexte actuel" et appelé à "l'esprit de responsabilité de chacun".

Le ministre de l'intérieur Manuel Valls a renforcer la sécurité autour des locaux de l'hebdomadaire. La rédaction du journal satirique avait été détruite en novembre dernier par un incendie criminel après la parution d'un numéro spécial sur les élections en Tunisie.

Le directeur de la publication, Charb, est sous surveillance policière depuis. Il a reconnu que ces nouvelles caricatures pouvaient provoquer la "polémique". Auprès de nos confrères du Monde, il se justifie en expliquant que "si on commence à se poser la question de savoir si on a le droit de dessiner ou pas Mahomet, si c'est dangereux ou pas de le faire, la question d'après ça va être 'est-ce qu'on peut représenter des musulmans dans le journal ?', puis la question d'après ça va être 'est-ce qu'on peut représenter des êtres humains dans le journal ?', etc., et à la fin on ne représentera plus rien, et la poignée d'extrémistes qui s'agitent dans le monde et en France aura gagné".

RTBF avec AFP et Belga