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La radio n'est pas morte, elle est en pleine évolution, dit Michel Serres

MEDIAS | Mis à jour le vendredi 28 mars 2014 à 9h33

  • Le numérique ne signera pas l'arrêt de mort de la radio, affirme, Michel Serres. Pour l'écrivain et philosophe français, invité de Matin Première ce vendredi à l'occasion des 100 ans de la radio, "le passage au numérique est aussi important que le passage de l'oral à l'écrit". C'est une troisième étape.

    Alors que la radio fête ce 28 mars ses 100 ans, Michel Serres affirme qu'on écoutera encore "probablement" la radio dans 100 ans, "parce que le média par oreilles est plus fondamental que le média par images, contrairement à ce que l'on croit". "L'aveugle est moins handicapé que le sourd parce que l'image est beaucoup plus faible que ce que dit le son", précise-t-il.

    En d'autres termes, "la radio a encore un bel avenir".

    "Une bascule de civilisation"

    Pour le philosophe français, "le passage au numérique est aussi important que le passage de l'oral à l'écrit" et parle de "trois révolutions" : "Le passage de l'oral à l'écrit, le passage de l'écrit à l'imprimerie, et aujourd'hui, le passage de ces deux stades-là au stade du numérique, c'est à dire celui que nous connaissons depuis déjà 1985-1990".

    Ces grandes transformations ont été, à chaque fois, décisives, poursuit-il. Il y a eu des "changements complets", surtout "du point de vue de la science, du point vue de l'enseignement, de la politique, du commerce (car au moment où on a inventé l'écriture, on a inventé la monnaie et quand on a inventé l'imprimerie, on a inventé les chèques). Du coup, les mouvements commerciaux et financiers ont été transformés. Donc la société entière a été transformée par ces deux évènements dont le numérique est le troisième".

    Et de conclure : "C'est une bascule de civilisation parce que non seulement les rapports et les relations entre les hommes sont transformés, mais le voisinage entre les hommes est transformé aussi et du coup, je crois qu'il n'y a pas une seule institution qui va sortir indemne de cette transformation-là".

    Obsolescence des institutions

    "Les institutions sous lesquelles nous sommes ont été créées à un moment où le monde n'était pas ce qu'il est devenu en ce moment. Or, ce qu'il devient en ce moment, c'est sous l'effet du numérique et les institutions sont anciennes par rapport à ça. Elles sont donc en grand partie obsolètes", précise-t-il encore.

    Les relations humaines changent

    Si les institutions vont devoir s'adapter à cette nouvelle ère, les relations humaines aussi changent : "Quand vous avez un rapport avec quelqu’un qui a accès à la connaissance, vous n'avez pas rapport à un ignorant. Les relations humaines changent, mais ce qu'on pense qui change surtout aujourd'hui, c'est la dette même de la personne qui travaille sur son ordinateur ou sur son portable. C'est à dire qu’on pense aujourd'hui, dans les sciences cognitives, que ce ne sont pas les mêmes neurones qui sont concernés que dans l'état précédent. Quand on est passé de l'oral à l'écrit, le cerveau lui-même a changé, la mémoire a changé, l'entendement a changé, la manière de penser des choses à changer. Et c'est ce qui nous arrive aujourd'hui. D'une certaine manière la tête ne sera pas la même".

    Le numérique : une bonne ou une mauvaise chose ?

    Par rapport à cette évolution qui est en cours, Michel Serres essaie de ne pas juger : "Cette choses-là est en train de se faire, essayons de la décrire et de la voir avec le plus de lucidité possible".

    "Les choses sont bonnes ou mauvaises selon qu'on les fait bonnes ou qu'on les fait mauvaises. C'est à nous de les faire bonnes. C'est à notre activité et à notre bonne volonté qu'il faut faire confiance", ajoute-t-il..

    "La virtualité est le propre de l'homme"

    A la question de savoir si le monde numérique n'est pas trop virtuel, il répond : "Nous sommes virtuels depuis très longtemps".

    "Madame Bovary a fait l'amour virtuellement beaucoup plus que réellement et Flaubert a fait tout un roman pour le dire. Mais au fond, nous sommes tous pareils, nous avons tous fait l'amour virtuellement plus que réellement. Nous sommes des animaux virtuels bien avant cette affaire-là. Et même je dirais volontiers que l'essence de l'homme est d'être virtuelle. Les animaux ne sont pas virtuels. Une vache est sur une herbe verte tandis que nous nous rêvons, nous imaginons, etc. La virtualité est le propre de l'homme, il n'y a pas de doute".

    Une révolution ne détruit pas complètement ce qui précède

    A ceux qui auraient des craintes par rapport une éventuelle disparition des formes plus classiques de la communication, Michel Serres rassure : "Ne croyez pas qu'une révolution détruise complètement ce qui précède. Ce n'est pas parce que nous avons écrit que nous avons arrêté de parler; ce n'est pas parce qu'on a imprimé qu'on a arrêté d'écrire; et ce n'est pas parce que nous avons un ordinateur qu'on arrête d'imprimer, puisque nous avons même une imprimante chacun à la maison. Donc, quelques fois, c'est cumulatif. Donc je ne crois pas que les anciennes relations disparaissent".

    "Un nouveau pouvoir"

    L'ère numérique ouvre un accès permanent à la formation et Michel Serres parle de "nouveau pouvoir" : "Petite poucette, l'héroïne du monde contemporain (dans son nouveau livre, ndlr), m'a fait découvrir ce que veut dire le mot 'maintenant' en langue française. 'Maintenant' cela veut dire 'aujourd'hui' mais cela veut dire aussi 'main tenant', 'tenant en main'. Et qu'est-ce qu'elle tient en main petite poucette ? Elle tient en main tous les lieux du monde par le GPS, toutes les informations par Wikipedia et à peu près tous les gens (il y a un théorème qui dit qu'en quatre appels, on peut avoir n'importe qui dans le monde). Et elle peut dire maintenant tenant le monde. Or qui pouvait dire cela dans l'histoire ? Auguste, empereur romain ? Louis XIV ? Un milliardaire ? Des gens exceptionnels ? Mais aujourd'hui, il y a trois milliards et demi de personnes dans le monde qui peuvent dire maintenant, main tenant le monde".

    "C'est quand même une nouveauté extraordinaire et qui fait rêver d'une utopie, disons démocratique, tout à fait nouvelle qu'il faudrait bien inventer", conclut-il

    D'où son optimisme : "Tout ce qui ouvre l'accès à la connaissance, pour quelqu'un qui a pour métier la connaissance, c'est quand même une chose bonne. Et d'autre part, tout ce qui accélère la possibilité d'une démocratie, est aussi une chose bonne".

     

    C. Biourge

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