Charles Michel recadre son porte-parole pour des propos "inacceptables"

Charles Michel rappelle son porte-parole à l'ordre pour des propos "inacceptables"
3 images
Charles Michel rappelle son porte-parole à l'ordre pour des propos "inacceptables" - © Tous droits réservés

Le Premier ministre Charles Michel s'est efforcé lundi de couper court à une polémique qui prenait de l'ampleur à propos d'un incident survenu la semaine dernière entre son porte-parole francophone et une équipe de la RTBF à propos de la couverture de la visite d'Etat du président turc d'Etat Recep Tayyip Erdogan en Belgique, face aux critiques des associations de journalistes.

La liberté de la presse doit être "absolue", a affirmé Charles Michel lundi soir à l'agence Belga à propos de cet incident, ajoutant qu'il avait rappelé son porte-parole, Frédéric Cauderlier, "à l'ordre" pour des "propos inacceptables", tout en attribuant cet épisode à une "perte de sang froid" dans un contexte "sécuritaire tendu".

La FEJ dénonce les "tentatives d'intimidation" du cabinet Michel

La Fédération européenne des journalistes (FEJ) avait dénoncé auprès du Conseil de l'Europe les "tentatives d'intimidation répétées" du cabinet du Premier ministre à l'encontre d'un journaliste de la RTBF dans le cadre de la couverture de la visite d'Etat du président turc Recep Tayyip Erdogan à Bruxelles la semaine dernière.

Les faits remontent à mardi dernier, mais n'ont été rendus publics que ce samedi, dans l'émission 7 à la Une. Recep Erdogan et Charles Michel se sont adressés à la presse, au château de Val Duchesse, en interdisant aux journalistes de poser des questions. "Ce genre de communication unilatérale devrait tout simplement être boycotté par la presse", a commenté le secrétaire général de la FEJ, Ricardo Gutiérrez. "Les journalistes sont là pour poser des questions au nom de la société civile. Les museler est un réflexe pitoyable", a-t-il ajouté.

Selon la FEJ, qui se fonde sur les images tournées, le porte-parole de Charles Michel, Frédéric Cauderlier, a "menacé" ce journaliste, Tristan Godaert. "La liberté de la presse doit être absolue", a répliqué lundi soir le Premier ministre, dans une déclaration à Belga.

"J'ai rappelé à l'ordre mon porte-parole" et "je lui ai dit que ses propos sont inacceptables sur le fond et sur la forme", a ajouté Charles Michel, tout faisant état d'"un contexte sécuritaire tendu".

Il a assuré que son cabinet n'était pas intervenu auprès de la hiérarchie de la RTBF pour faire pression sur la chaîne publique, qui a diffusé samedi soir un reportage sur les coulisses de la rencontre, mardi dernier, à Val Duchesse, entre MM. Michel et Erdogan.

On y voit le journaliste de la RTBF Tristan Godaert tentant d'interpeller le Premier ministre, mais sans succès. Plus tard, alors que Recep Erdogan s'installe dans sa voiture officielle, une autre journaliste de la RTBF, Aline Delvoye, lui demande pourquoi le journaliste Mohammed Ismael Rasool était toujours détenu en Turquie. Sans aucune réponse.

"Le truc n'a pas intérêt à passer sur antenne"

Les images de la RTBF montrent ensuite le porte-parole de l'ambassade de Turquie à Bruxelles, Veysel Filiz, commenter les "incidents" avec l'attachée de presse de Charles Michel, Aurélie Czekalski. Cette dernière lance une première menace au journaliste de la RTBF : "J'enverrai un mail à Jean-Pierre Jacqmin (le directeur de l'information de la RTBF). Si ça passe, on a un sérieux problème".

Toujours selon la FEJ, qui se fonde sur les images tournées, le porte-parole de Charles Michel, Frédéric Cauderlier, a ensuite "menacé" à son tour Tristan Godaert : "Le truc n'a pas intérêt à passer sur antenne. C'est clair ? Si elle (NDLR: Aurélie Czekalski) est dans le sujet, c'est une erreur grave et ça ne restera pas sans suites. Tu as envie de travailler comme ça ? Continue à travailler comme ça, mais ça ne durera pas longtemps avec nous. Je te le dis franchement", l'entend-on dire.

Protestation de l'AJP

L'Association des Journalistes professionnels (AJP) a aussi écrit au Premier ministre pour dénoncer deux atteintes à la liberté de la presse et juge que pressions et menaces à l'encontre des deux journalistes de la RTBF sont inacceptables : "Vos services ne peuvent s'arroger ni la direction des choix éditoriaux de la RTBF, ni le droit d'intimider des journalistes au travail".

L'AJP demande aussi de ne pas abuser de l'appellation de "conférence de presse" vu qu'aucune question n'a pu être posée, contrairement aux usages.

Le porte-parole du Premier ministre réfute toute tentative d'intimidation

Le porte-parole de Charles Michel, Frédéric Cauderlier, a réfuté lundi toute tentative d'intimidation : "Je peux reconnaître que le ton tenu n'est peut-être pas approprié", a-t-il affirmé à Belga, parlant d'un climat "relativement tendu" en raison des mesures de sécurité entourant une telle visite et du retard sur le timing établi et de "risque d'attentat bien réel" lors d'une telle visite - qui avait aussi provoqué peu auparavant des altercations physiques entre les services de sécurité belges et turcs.

Frédéric Cauderlier a ajouté que même des journalistes turcs d'opposition avaient été autorisés, au nom de la liberté de la presse, à assister à la déclaration du Premier ministre et du président turc - ce qui ne semblait pas du goût des autorités d'Ankara.

Le porte-parole de Charles Michel a toutefois dénoncé le comportement de l'équipe de la RTBF travaillant pour l'émission 7 à la Une et de son journaliste (Tristan Godaert, ndlr) "qui ne respectait absolument pas les règles" fixées avant cet entretien. Frédéric Cauderlier a souligné qu'il avait voulu protéger le droit à l'image d'une collaboratrice du cabinet.

Il a affirmé que le cabinet du Premier ministre n'avait pas exprimé de reproche a posteriori à la RTBF et assuré qu'il n'y avait eu "aucun contact" entre les deux parties entre le tournage (mardi) de la séquence et sa diffusion (samedi).

Dans l'entourage du Premier ministre on nous explique que sur des événements tels que ceux-là (la visite, sensible, d'un chef d'Etat dont la sécurité doit être assurée), "les journalistes qui s'accréditent doivent respecter les règles logistiques de base. Lorsqu'on demande d'attendre dans tel endroit ou de ne pas dépasser telle limite, ce n'est pas parce qu'on est contre la liberté de la presse. Cela tient à des règles élémentaires d'organisation et de sécurité", indique une source proche du dossier. 

Enfin, la séquence en question et son montage sont dénoncés comme "fallacieux". Les menaces qui émanent des collaborateurs du Premier ministre ne sont pas liées aux propos du porte-parole de l'ambassade de Turquie, assure-t-on au sein du cabinet Michel.

Selon notre source, lorsque Frédéric Cauderlier évoque "une erreur grave" qui "ne restera pas sans suite", il ne vise donc pas le fait d'avoir filmé les propos du porte-parole turc. Il faisait référence à un problème de droit à l'image : sa collaboratrice, Aurélie Czekalski avait demandé à plusieurs reprises à ne pas être filmée, demande qui n'aurait pas été respectée. Elle apparaît floutée dans le reportage.

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir