L'ambiance était tendue ce midi sur la plateau du journal télévisé de 13h. Il faut dire que depuis que Joachim Lafosse a annoncé qu'il allait tourner un film sur ce dramatique fait divers, la polémique n'a pas cessé. L'affaire a même été portée en justice. Alors quand on aborde le sujet avec le réalisateur belge, ce n'est pas toujours bien accueilli.
A la question de ce lien inévitable entre cette histoire et son film, il répond : "Moi je n’ai jamais voulu rencontrer les protagonistes de l’affaire qui m’a inspirée, pour les protéger. C’était une manière pour nous de garder une distance, de pouvoir imaginer, inventer. On a fait une fiction. Moi je n’ai jamais été dans cette maison. Il se fait que j’ai été bouleversé par cette histoire et que je me suis dit : 'Tiens, au fond, j’ai la conviction que le cinéma peut servir à réfléchir sur ce qui amène à ça. Le cinéma, cela peut être une manière de faire le deuil, de réfléchir ensemble".
L’idée n’était donc pas de montrer une vérité judiciaire mais "de parler de l’humain", insiste Emilie Dequenne, "de ces rapports complexes que peuvent avoir les humains, des situations dans lesquelles ils peuvent se trouver, des relations tellement malsaines que parfois ils peuvent être poussés à commettre l’irréparable".
"Si on voulait faire de l’argent avec un film, j’irais faire une comédie avec Benoît Poelvoorde"
"C’est une fiction, il ne s’agit pas d’eux vraiment ! ", réagit le réalisateur quand Véronique Barbier reprend les propos de Bouchaïb Moqadem, le père des cinq enfants tués par leur mère, dans les journaux du groupe Sudpresse de ce mardi matin, qui estime que "le film dérange mes cinq martyrs dans leur sommeil".
"Il s’agit vraiment d’une femme, du combat d’une femme. On a voulu se tenir vraiment, strictement, à un scénario et c’est un film plein de respect. On ne prend le parti de personne", précise Emilie Dequenne.
Et Joachim Lafosse d'ajouter : "On a pas voulu faire un film qui excuse ou qui juge. On a essayé de faire comprendre avec ce film".
Quand à penser comme Bouchaïb Moqadem, qu'il ne s'agit que d' "une affaire de fric", Joachim Lafosse ne tient plus : "Franchement, si on voulait faire de l’argent avec un film, j’irais faire une comédie avec Benoît Poelvoorde ou je raconterais une autre histoire que celle-là. Il faut arrêter ! C’est difficile de convaincre les gens de venir voir une histoire comme celle-là. Nous, on l’a fait avec conviction en essayant d’être justes, d’être sensibles, sans être choquants, sans être vulgaires. Il se fait que partout ailleurs, en France, dans le monde entier, on nous a dit que les gens étaient bouleversés et moi j’ai l’intime conviction qu’une société, un pays, qui pense que l’art et le cinéma peut être un outil pour nous faire réfléchir et nous faire progresser et éventuellement nous faire faire le deuil ou nous permettre de comprendre, c’est une société qui est grande et j’espère que les spectateurs francophones vont être curieux de ce que nous avons voulu faire et qu’ils vont aller le voir car on ne peut parler que de ce qu’on a vu".
"Le prix a apaisé tout"
Interrogé en coulisses sur sa sélection à Cannes, Joachim Lafosse a avoué avoir un peu regretté que son film ne soit pas repris pour la Compétition.
"Je l’ai regretté un peu quand je l’ai appris, puis je m’y étais fait. Et puis, quand je suis arrivé à Cannes, je ne pensais plus à ça. Mais alors pendant tout le festival, les journalistes n’ont pas arrêté de nous dire pourquoi vous n’étiez pas en Compétition, il y a le niveau et tout ça. Mais bon, le prix a apaisé tout en fait. Puis les critiques de cinéma français ont adoré le film, la presse international a beaucoup aimé. Le film s’est vendu dans le monde entier".
"Il faut quand même se rendre compte, il faut le redire, ils (les organisateurs, ndlr) voient 1700 films, on est dans les 40 films sélectionnés dans la Sélection Officielle. Il y en a 20 en Compétition, 20 à Un certain Regard, moi je trouve ça formidable. Je ne veux pas être névrosé au point de dire que ce n’est pas bien sinon, je dois retourner me soigner", ajoute-t-il en souriant.
Pas de regret non plus pour Emilie Dequenne qui estime que "dès que le film était dans la sélection Un certain Regard, cela devient le off de Cannes. Cela devient une espèce de compétition underground. On a beaucoup parlé de cette sélection (...) Moi je me sentais bien à ma place dans cette compétition".
Et d'ajouter : "Avec des si et des pourquoi, on peut tout refaire. Mais c’était comme ça et je pense que c’était très bien. Moi je suis très heureuse en tout cas. Je trouve que ça a beaucoup de valeur de présenter un film en Compétition, 13 ans plus tard de repartir avec le même prix ou presque. Enfin, pour moi, je le prends exactement de la même manière dans un film belge en plus. Je crois que je ne vais plus jamais tourner qu’avec des Belges pour n’avoir que des prix d’interprétation toute ma vie et être à Cannes tout le temps. Je plaisante on ne fait absolument pas ce métier pour ça mais quand cela arrive c’est quand même la cerise qui est bien sur le gâteau".
Le prochain en Compétition à Cannes ?
Mais ce n'est que partie remise. Le réalisateur nous a également confié en avoir parlé avec Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, après la remise du prix. "Il m’a dit : ‘Voilà, bien venu dans la famille. Ce sera la prochaine fois’. Il m’a dit ça. Après je ne suis pas très paternaliste, je me doute bien qu’il trouvera des arguments s’il ne veut pas le prochain en compétition mais on va tout faire pour avoir la qualité pour y être".
Emilie Dequenne pourrait rejouer avec Joachim Lafosse
Un prochain film dans lequel on pourrait retrouver Emilie Dequenne. Joachim Lafosse, en tout cas, y pense très fort. Quant à Emilie Dequenne elle réserve sa réponse : "J’attends de voir, de lire surtout plus que de voir. Il faut que je lise le scénario même si j’ai très envie de travailler avec Joachim".
En attendant, l'actrice belge, primée à Cannes pour son interprétation dans "A perdre la raison", se prépare pour le tournage du prochain film d'Eric Rochant "Mobius" aux côtés de Cécile de France, de Jean Dujardin et de Tim Roth (qui était président du jury dans la section Un Certain Regard). "Ce sera une sorte de thriller, d’espionnage qui se passe dans la bourse, les banques. Je serai une espionne". Et si le rôle la motive "cela me fait peur aussi car c’est son métier, elle travaille pour la police, les services secrets, et c’est un vocabulaire que je n’ai pas l’habitude d’utiliser tous les jours".
C. Biourge




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de arlette Je n'ose pas écrire tout mais ce que je voudrais mais 'il y a longtemps je me suis aussi battue avec cette solution ultime dans la tête ... C'est une situation que je ne souhaite à personne d'en arriver à faire, mais je trouve très courageux qu'un homme tente de donner des explications à ce drame J'ai pas encore vu le film mais il est certain que j'irai le voir.
01-06-2012 17:55 |
de Ron Rien qu'à lire et entendre tous ces esprits suspicieux et juges de pacotille, qui n'ont PAS VU le film en question, ça me donnerait presqu'envie d'aller le voir 3 ou 4 fois, rien que pour faire un doigts d'honneur à tous ces moralisateurs bien-pensants qui parlent et "argumentent" sans même savoir de quoi ils parlent... Et si les enfants doivent se retourner dans leur tombe, ce serait surtout à cause de la polémique stupide et stérile qui est entretenue et alimentée juste par rapport au simple point de départ de l'inspiration du réalisateur, et ce, depuis le 1ER JOUR de l'idée du film, jusqu'à sa reconnaissance générale, excepté par tous ceux qui ne l'ont pas vu et restent bloqués dans leurs certitudes et a priori...
30-05-2012 13:39 |
de circé décidement la bêtise humaine n'a pas de limite!!!!!!!!
01-06-2012 17:10 |
de zinneke Qu'on fasse un film sur base d'un fait divers, pourquoi pas. Qu'on épouse la théorie de la défense de l'accusée principale (théorie pourtant battue en brèche par l'instruction et infirmée par la condamnation), c'est déjà moralement plus discutable mais soit. Mais alors, qu'on engage pour jouer les rôles principaux d'une part deux jeunes acteurs de talents, tout frais, jeunes et très mignons, et de l'autre un acteur connu pour ses rôles de tyran inquiétant, là NON: on verse dans la plus sordide manipulation des spectateurs. Il est incroyable qu'aucun critique n'ait relevé ce fait qui est ce qui me dégoûte de ce film. A ce titre, faite jouer Landru par Jean Dujardin tant que vous y êtes! Le talent d'Emilie Dequenne n'étant évidemment pas en cause (au contraire: entre de "bonnes" mains, elle suscite l'empathie pour son personnage - G.Lhermitte doit en frétiller d'aise dans sa cellule), plutôt son manque de discernement dans le choix de ses rôles.
30-05-2012 11:45 |
de cicé je ne suis pas tout à fait d'accord au sujet de l'argent que le film va rapporter. Je trouve indécent déjà l'idée de le faire et aussi les propos tenus par le réalisateur et Emilie Duquenne. Ont-ils un seul instant pensé aux cinq enfants sous la terre? Aucune souffrance, quelle qu'elle soit, n'excuse un tel acte. Je pense aussi qu'aller voir ce film est quelque part du voyeurisme, car il sera impossible de faire semblant de ne pas y voir cette femme. Quant à Emilie Duquenne elle devrait se tenir au courant de l'actualité qui en fait ces gros titres à cette époque!
30-05-2012 11:32 |