Didier Bellens, grand patron et collectionneur de polémiques

Didier Bellens, grand patron et collectionneur de polémiques
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Rédaction RTBF

Depuis juin 2011, les polémiques se sont multipliées autour du personnage de Didier Bellens. Le patron de Belgacom a pourtant jusqu'ici résisté à toutes les tempêtes médiatiques et conservé la confiance du CA. Petit rappel des principaux dossiers liés au CEO qui ont fait la Une de la presse ces deux dernières années.

En juin 2011, Concetta Fagard, alors vice-présidente du groupe Belgacom et en charge du très stratégique département sponsoring et évènements, est contrainte de quitter Belgacom suite à des accusations de harcèlement moral.

Mais le même jour, l’annonce de la "fin de la mission" de la plaignante, Florence Coppenolle, directrice de la communication est également annoncé.

Un double départ qui avait déjà prêté à débats mais tout cela aurait pu en rester sans un nouveau coup de théâtre. Début septembre, Didier Bellens annonce en effet que Concetta Fagard va réintégrer l’entreprise en tant que conseillère personnelle du CEO.

Un retour que le patron de Belgacom initie malgré un rejet par le comité des nominations et des rémunérations du Conseil d’administration de l’entreprise.

Cette réintégration suscite alors une lourde polémique. La ministre des Entreprises publiques de l’époque, Inge Vervotte, juge cette réintégration incompréhensible.

Concetta Fagard au centre des polémiques

Florence Coppenolle, elle, envisage de porter l’affaire en Justice, estimant que cette réintégration jette le discrédit sur elle, en la désignant implicitement comme la fautive dans le différend qui l’oppose à la conseillère de Didier Bellens.

Pour comprendre l’acharnement mis par le patron de Belgacom à défendre sa conseillère quoi qu’il en coûte, il faut savoir que Concetta Fagard est une proche conseillère de Didier Bellens depuis l’an 2000. Elle travaille alors pour le RTL Group que dirige à l’époque Didier Bellens. Cette secrétaire, interprète de formation, va dès lors connaître une ascension professionnelle fulgurante.

Dès 2007, elle est propulsée au poste de vice-présidente du groupe, en charge du sponsoring. Une enquête de Paris Match relayée par le site de La Libre révèle qu’entre 2005 et 2010, la rémunération annuelle (hors frais de représentation et avantages) de la vice-présidente est passée de 61 710€ à 142 819€.

Lors de son licenciement en juin, elle aurait bénéficié, selon De Morgen, d’un parachute de 600 000€. Un chiffre contesté par Belgacom qui précise en outre au moment de sa réintégration que l’intéressée devra rembourser son indemnité.

Le Conseil d’administration menace de démissionner

Chez Belgacom, la nouvelle de la réintégration de Concetta Fagard passe également très mal auprès de hauts cadres. Quelques jours après l’annonce, Astrid De Lathauwer, responsable des ressources humaines et vice-présidente menace de démissionner. Cette dernière gérait, ad interim, la communication du groupe depuis le départ de Florence Coppenolle. Une mission dont il est alors question qu’elle soit dessaisie. Didier Bellens entendait alors la reprendre personnellement en main avec l’aide de Concetta Fagard elle-même.

Mais dans la foulée de la directrice des GRH, ce sera ensuite le Conseil d’administration de Belgacom dans son intégralité qui va menacer de démissionner si Didier Bellens ne revient pas sur sa décision.

Le CEO est alors clairement sur la sellette et son éviction est ouvertement évoquée.

Finalement, le 15 septembre 2011, Didier Bellens revient sur sa décision et annonce que le contrat de Concetta Fagard ne sera pas poursuivi. Fort de cette courbe rentrante mais également d’un bilan chiffré probant à la tête du groupe, Didier Bellens se maintient à la tête de Belgacom.

En mars 2012, le patron de l’entreprise publique autonome avait annoncé avoir déposé plainte pour identifier les auteurs des "fuites" concernant ce dossier et expliqué qu’il ne s’agissait que d’un "incident entre trois ou quatre 'ladies' du 'middel management', ce n'est rien par rapport aux 16 000 employés de Belgacom".

L'hémorragie des top managers

Mais si Didier Bellens reste, ce n’est pas le cas de sa directrice des ressources humaines. Astrid De Lathauwer quitte bel et bien l’entreprise. Et elle sera suivie quelques jours plus tard de Saskia Mermans, la directrice juridique du groupe. Cette dernière avait également mis en cause Concetta Fagard lorsque celle-ci avait été accusée d’harcèlement. Suite à cela, Didier bellens avait indiqué lors de l’évaluation de mi-année de 2011 qu’il avait désormais perdu  confiance en sa directrice juridique.

Des départs qui s’ajoutent à une longue liste de hauts dirigeants du groupe ayant quitté le bateau en une période de temps somme toute restreinte.

Outre Florence Coppenolle, Astrid De Lathauwer et Saskia Mermans, citons entre autres Mélanie Mc Cluskey (ancienne vice-présidente, partie en juin 2011), Grégoire Dallemagne (ancien vice-président, parti en avril 2011), Michel De Coster  (ancien vice-président, août 2010), Stijn Vander Plaetse (ancien vice-président, janvier 2011),…

Des sponsorings et une vente de bâtiment dans le collimateur de la Justice

En janvier, le quotidien flamand de De Morgen annonce que la justice se penche sur le sponsoring de certains évènements culturels et sportifs, notamment dans la région de Mons.

Le sponsoring d’évènements tels que Mons capitale culturelle 2015, le festival du film d’amour de Mons, le tournoi de tennis Ethias Trophy ou encore celui du club de football RAEC Mons, sont dans le viseur de la justice.

Le fait que le Yacht club de Nieuport, où mouille le voilier de Didier Bellens, soit sponsorisé à hauteur de 100 000 euros sur cinq ans, pose également question.

En juin 2011, l’administrateur-délégué de Belgacom est inculpé de corruption passive dans le cadre d’une enquête concernant la vente d’un bâtiment de Belgacom à une société immobilière privée.

La filiale de Belgacom, Connectimmo, l'a vendu à une société immobilière (Xelis Siva) dirigée par Edmée De Groeve. Cette ancienne membre du PS (exclue suite à une inculpation), ex-présidente de l’aéroport de Charleroi, ancienne présidente du CA de la loterie nationale et administratrice de la SNCB.  

De source judiciaire, on nous confirme que ces enquêtes sont toujours en cours.

Cependant, dans le cas du dossier de corruption passive, le conseil d’administration de Belgacom avait rapidement exprimé son soutien "unanime" au CEO, estimant qu’il s'agissait d'une "responsabilité par ricochet" mais que "les règles de gouvernance ont été respectées". Sur base d’un rapport du comité d'audit et de supervision, le CA était "parvenu à la conclusion que les intérêts de Belgacom sont totalement préservés".

Un salaire supérieur à 2 millions d’euros qui fait débat

Didier Bellens a gagné en 2011 quelque 2,6 millions d’euros bruts. Un montant comparable à ce qu’il avait obtenu en 2010.

"C'est choquant dans une entreprise publique. Il y faut un écart sain entre les petits et gros salaires", juge le député sp.a Dirk Van der Maelen en mars 2012.

MR et Ecolo mêlent bientôt leur voix au concert des contestations. "Malheureusement, les partis traditionnels et les différents ministres en charge des entreprises publiques ont préféré jusqu'ici se cantonner aux intentions et reporter à plus tard ces décisions pourtant urgentes pour limiter l'écart salarial et recréer la confiance du citoyen", déplorent notamment les députés verts Muriel Gerkens, Georges Gilkinet et Stefaan Van Hecke.

Le PS rappelle alors qu’une proposition de loi socialiste vise entre autres à limiter à 20 l'écart entre le salaire médian et le salaire le plus élevé dans une entreprise publique ou encore de plafonner les bonus à 30% du salaire fixe.

Dès janvier 2012, il était d’ailleurs question d’un avant-projet du ministre des entreprises publiques, Paul Magnette (PS), pour limiter le salaire des patrons desdites entreprises.

3,92 millions d’euros d’actions vendues

"Didier Bellens a vendu pour 3,92 millions d'euros d'actions propres, au prix unitaire moyen de 23,48 euros. Le CEO de l'opérateur historique a réalisé cette cession le 31 juillet, soit deux séances après les résultats semestriels en réaction desquels le cours avait flirté avec les 24 euros (23,97)", pouvait-on lire dans une dépêche Belga du 8 août 2012 qui reprenait une information de l’Echo.

Rien d’illégal dans cette opération mais la démarche pose évidemment question : le message envoyé lorsqu’un patron vend en masse des actions de sa propre entreprise est évidemment rarement de nature à donner confiance aux marchés.

Le refus de voir son salaire raboté

Face au projet de limitation du salaire des patrons des entreprises publiques, le groupe Belgacom envisage un recours et affirme que cette mesure lui coûterait 30 millions d’euros.

La nouvelle mesure une fois mise en place pourrait en effet signifier une diminution de l’ordre de 62% des émoluments de Didier Bellens.

Le Conseil d’administration de Belgacom prévient qu’il introduira un recours si cette mesure est actée car elle risquerait, estiment ses membres, de déclencher des départs dans la direction et de "décourager la classe dirigeante". Un discours qui passe mal dans l’opinion publique en pleine période de rigueur budgétaire.

Paul Magnette fait part de son étonnement face à cette annonce d’un recours "contre une loi qui n'existe pas encore". Surtout, il met en doute les affirmations de l'entreprise quant aux 30 millions que coûterait ce projet.

"Je dois expliquer aux USA pourquoi la Belgique veut tuer ses entreprises"

Le dernier épisode en date des polémiques suscitées par le patron de Belgacom est donc sa sortie de mardi dernier qui a notamment donné lieu au désormais célèbre "fuck you" de Bruxelles.

Des remous de plus qui ne coûteront cependant pas sa place au patron de Belgacom. Après avoir nié avoir tenu les propos qu’on lui prêtait, Didier Bellens a fait part de ses regrets. "Si les propos qui ont été repris dans la presse ont choqué ou offensé certains, je le regrette", a-t-il déclaré après s’être vu adressé les remontrances de Jean-Pascal Labille, l’actuel ministre des Entreprises publiques.

"Comme je l'ai fait sous-entendre dès le début, les déclarations de Didier Bellens sont choquantes et inacceptables et j'ai réagi publiquement. Je rappelle si besoin est qu'il faut tenir compte du fait que Belgacom est une entreprise publique autonome, avec tout ce que cela veut dire: c'est aux organes de gestion qu'il appartient d’évaluer le CEO", a rappelé le ministre PS ce jeudi devant la Chambre. Or, ces organes ont jusqu’ici continué de soutenir Didier Bellens et de se montrer satisfaits de ses résultats.

Julien Vlassenbroek