Attentats de Bruxelles: comment la rédaction a vécu le 22 mars

Ophélie Fontana a retrouvé l'un de ses messages écrits le 22 mars 2016.
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Ophélie Fontana a retrouvé l'un de ses messages écrits le 22 mars 2016. - © Tous droits réservés

Comment ont réagi les journalistes de la newsroom en apprenant l’attentat survenu à l’aéroport de Bruxelles-National, puis celui de la station Maelbeek à Bruxelles? Comment les rédactions ont-elles géré le flux d'information et fait le tri entre les faits et les rumeurs sous la pression du direct? Et aussi, comment vit-on personnellement ces attentats qu'il faut commenter et quelle sont les erreurs à ne plus commettre? Lors d’un Facebook Live transmis sur le site de la RTBF, les internautes ont pu poser leurs questions à ceux qui ont traité l’événement, depuis la salle de rédaction ou sur les lieux des attentats. Parmi les participants, Christophe Grandjean, qui fut le premier journaliste à annoncer à la radio les attaques à Zaventem, Jean-Pierre Jacqmain, directeur de l'Information, et Justine Katz qui suit l'enquête de près depuis un an.

 

Christophe Grandjean se souvient de la première annonce. " A la fin du journal de 8H00, une alerte s’affiche pour annoncer ‘une explosion à l’aéroport’, sans préciser lequel. Très vite on me confirme que c’est bien à Bruxelles-National. Il est alors 8h15, mais on n’en connaît pas encore la cause."

Après l’appel d’un témoin, la rédaction vérifie l’information auprès du porte-parole de l’aéroports. "Sur le moment-même surgit une grosse poussée d’adrénaline. On essaie de se rassurer en pensant que c’est une explosion de gaz mais après quelques secondes, un petit déclic nous dit qu’on doit faire le job’ et l’on donne les infos à l’antenne." Et lorsque, à 9h11, une bombe explose à la station Maelbeek, le doute n’existe plus sur l’existence d’un attentat.

Dures leçons d’une sombre journée

Pour le directeur de l’info Jean-Pierre Jacqmain, ces attentats étaient les pires circonstances que l’on puisse redouter. "Dans ce cas-là, Il faut penser à ne pas ajouter de la panique à un événement déjà angoissant et ne pas ajouter de la douleur à ceux qui la connaissent déjà… On ne voulait pas donner sur antenne le nombre des victimes car on savait que ce nombre allait évoluer. " Toujours pour ne pas exposer les gens, la rédaction a aussi évité de diffuser certaines images. "Quand on prend l’antenne en permanence, on risque de dire des choses inexactes. Et parfois on l’a fait. Nous avons des témoignages de personnes qui ont appris la mort d’un proche par les médias. Il faut éviter cela."

Comment les journalistes se protègent-ils?

De nombreux internautes demandent comment les journalistes peuvent se protéger dans de telles circonstances. "En se disant que nous allons faire un travail qui va ‘un peu’ protéger les gens ", répond Jean-Pierre Jacqmain qui se souvient que le soir de l’attentat, il a eu la conviction que dans les jours suivants, certaines des victimes seraient des personnes de son entourage. Et ce fut le cas: "C’est très dur et, pourtant, le matin, il faut reprendre notre fonction".

"Nous avons tous des émotions et des craintes pour des proches", ajoute Justine Katz. "Mais à l’antenne on se met en mode automatique. On se met dans sa bulle. Ce n’est que le soir que l’on laisse remonter les émotions. Dans le Chaud, il n’y a pas de place pour les émotions."

Le filtre de l’information

Le danger du direct est, sous la pression et l’afflux de données, d’annoncer tout et son contraire. Le  22 mars, une équipe de 5 ou 6 journalistes de la RTBF recoupait chaque information. " L’important n’était pas d’être les premiers, mais de ne pas utiliser le conditionnel ", explique le directeur de l’info. " Nous voulions vérifier tout. Il y avait l’information la plus rapide, mais aussi la plus fiable. Ainsi, nous n’avons pas diffusé l’annonce d’une explosion près de la VUB. En fait, elle n’avait aucun lien avec les attentats ".

C’est un travail d’équipe entre le studio, l’équipe qui vérifie l’info et ceux qui sont sur le terrain, confirme Justine Katz. " On a créé un groupe WhatsApp dans lequel nous partageons nos informations. Même sur le plateau, on restait connectés entre nous… Notre ligne de conduite est d’être très calme même si une édition spéciale dure 12 heures. C’est obligatoire pour pouvoir séparer le vrai du faux. " Car l’effet de panique crée des rumeurs. Comme cette fausse explosion à la stations Simonis.

Que pourrait-on améliorer?

Pour Jean-Pierre Jacqmain, la réponse est dans la vérification accrue des images sur twitter. " Il faut réconcilier le fait de prendre l’antenne pour communiquer, tout en vérifiant 1000 fois les informations. Les victimes ont des familles, prévenues par les autorités, mais aussi des amis, des compagnons qui ne sont pas informés. Il ne faut pas abandonner ces gens. C’est pourquoi je pense que la prise d’antenne sur de longues périodes est nécessaire dans ces circonstances. C’est indispensable pour accompagner les gens. " Justine Katz se souvient d’images publiées, montrant l’explosion dans l’aéroport. Il s’agissait en réalité d’une vidéo d’attentat filmée dans un aéroport russe. " Nous avons retiré l’image de l’antenne, c’était une erreur. "

Ce qui marque aujourd’hui Justine Katz, ce sont les témoignages des victimes ou des secouristes qui, aujourd'hui encore, sont tous marqués par ces événements. " Un an après, il y a encore beaucoup de souffrance, mais aussi la volonté d’aller de l’avant, même si, pour certains, c’est très difficile.""

 

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