"On a deux voiles qui nous masquent la vue", nous dit-il. "C'est, d'une part, le sentiment que les jeunes sont meilleurs que nous en technologie. Ce qui est totalement faux. L'usage qu'ils ont des technologiques est très basique. Même avec un traitement de texte, ils s'en sortent probablement moins bien que les plus anciens". Ce qui serait logique puisque ces derniers ont souvent dû tout apprendre pas à pas.
"D'autre part, on pense qu'ils savent utiliser Google or chaque fois que j'ai des étudiants, des "masters 1", quand je leur montre Google Scholar, Google Book, ils ne connaissent absolument pas". Plus surprenant: "Même dans le Google simple, la technique de recherche n'est pas au point. Quand les étudiants font des recherches sur les voitures, ils vont taper "voiture" alors que "voiture" ça peut se dire "automobile", "petite voiture", "BMW". Ils n'y pensent même pas".
Une connexion internet ne signifie pas une compétence de recherche
L'ULB a fait dernièrement une enquête sur les compétences documentaires des étudiants qui s'inscrivent dans le supérieur. Celle-ci démontre que si l'on teste leur capacité à trouver et à traiter de l'information, le score des étudiants est de 8/20. Très mauvais donc. Or, parmi les 1600 étudiants testés, plus de 90% avaient une connexion internet à domicile. Le fait d'avoir une connexion internet à domicile ne développe donc pas la capacité à rechercher de l'information. François Frédéric insiste "Ce n'est pas tellement un problème technique. Le problème, c'est de savoir chercher. Il faut savoir se poser une question. Qu'est ce que je cherche? Quels sont les mots clés? Ça relève de la méthodologie de la recherche, pas de la technologie."
Plus ennuyeux : les jeunes sont persuadés de savoir chercher
"Avant, quand les gens ne savaient pas utiliser un ordinateur ou chercher en bibliothèques, ils l'avouaient. Maintenant, ils sont persuadés qu'ils savent. Eux-mêmes ne sont pas conscients qu'ils ne savent pas et si on ne les convainc pas du contraire, ils ne viendront jamais demander".
Naïvement, on a l'impression que Google fonctionne bien et livre des réponses correctes. Insuffisantes selon François Frédéric car "pour bien chercher, il faut déjà beaucoup connaître. Ça demande une énorme culture pour être un bon chercheur".
Isabelle Franchimont