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Chronique : Paul en ski

03.03.09 - 05:10

Le Premier ministre fait savoir dans la presse qu'il en a marre du catastrophisme ambiant et annonce par la même occasion qu'il a passé six jours au ski sans tomber une seule fois.

Il précise qu'il en est très fier. Moi non plus, je ne suis pas tombé une seule fois au ski ces six derniers jours, mais j'avoue que j'avais un truc pour ça, il m'a simplement suffi de ne pas en faire. Je dis ça, c'est pas pour taquiner, c'est juste pour dire que tout dépend d'où on voit les choses et de comment on les regarde.

Hier, je vous disais quelques mots du rapport des experts du Laboratoire Européen d'Anticipation Politique et de la manière dont ils voyaient les conséquences et les suites de la crise boursière, économique, financière, sociale, etc.. que nous vivons. Et j'ai employé des mots comme dislocation géopolitique mondiale, guerres civiles, armes à feu, et j'ai cité une échéance, même : le dernier trimestre de cette année. C'était du catastrophisme ambiant où je ne m'y connais pas. Qu'en aura pensé le Premier ministre ?

Il y a quelques jours, j'avais à peu près la même discussion avec des amis et auditeurs : est-ce que les médias n'aggraveraient pas la crise, par hasard ? Est-ce qu'ils ne se repaîtraient pas de la situation, est-ce qu'ils n'auraient pas, allez savoir, une inclination perverse au pire ? Est-ce qu'à la place de ces annonces apocalyptiques, ils ne devraient pas plutôt créer de la confiance ?

Ah, la confiance ! Mais quoi, nous faisons tout ce que nous pouvons pour la rétablir, cette confiance. Les bistrots sont pleins, les cinémas aussi, même au resto il y a du monde. La difficulté avec la confiance, c'est qu'elle doit être réciproque. Les investisseurs de Wall Street n'ont toujours pas confiance, entend-on après le discours d'Obama. Sans doute, mais le problème c'est que nous non plus, nous n'avons pas confiance dans les investisseurs de Wall Street. Ah, s'il vous plaît, montrez-nous un investisseur de Wall Street ! Ça va au bistrot, au ciné ou même au resto, un investisseur de Wall Street ?

Et puis, qui sont exactement les prédicateurs de malheur, je vous le demande ? Ceux qui allaient serinant en septembre dernier que tout allait bien, qu'il fallait par exemple acheter des actions Fortis et vite encore avant qu'elles ne crèvent un plafond supplémentaire, ou bien ceux qui, voyant venir les subprimes et les fonds toxiques, tiraient un signal d'alarme qui n'a arrêté aucun train ?

Aussi bien, on dirait que tout se joue aujourd'hui entre cela : entre la confiance et l'anticipation. Et là, je dois bien dire que le Premier ministre m'a étonné. En remettant en main propre à Angela Merkel, lors du sommet européen de dimanche, la lettre qu'il lui avait écrite à propos d'Opel et de General Motors, il a carrément anticipé la grève de la Poste. C'est peut-être parce qu'il n'avait pas confiance ? Allez belle journée et puis aussi bonne chance.


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Commentaires

Moi aussi, cher Paul Hermant, je jubilais en vous écoutant ce matin, sur l'autoroute qui m'emmenait au Parlement Européen assister à un colloque sur la "Laïcité de l'Union Européenne" et comme tout était encore bouché, j'ai jubilé davantage en écoutant de 8h40 à 9h00 Christian Arnsperger nous parler de l''Ethique de l'existence postcapitaliste" et moi, je mets "mes deux mains à couper" que cette éthique-là triomphera sur ce capitalisme moribond car s'il est une morale qui ne peut souffrir d'aucune mise à mort, même à crédit, c'est celle de la Justice sociale portée tel un flambeau par les partisans, dont je suis, de la décroissance contrôlée!

Surtout, Monsieur Hermant, continuez votre chronique quotidienne. Malgré le plaisir de vous écouter, il m'arrive de ne pouvoir quitter mon lit. Mais, il y a Internet. Je crois que vos collègues n'apprécieront pas mon point de vue, mais vous êtes la seule "plume" en Belgique. Avant vous il ne restait que Luc Honorez maintenant muet Dieu sait pourquoi ? Retraite ou éviction ?.
Alors, par la qualité et l'humour de vos propos, continuez à me charmer avec votre voix.

Bonjour Mr Hermant,
il y a quelques mois je vous parlais d'une jeune femme d'une vingtaine d'années en sainte jusqu'aux dents à Dinant et qui vivait dans des conditions pas possibles et pour laquelle le bourgmestre ne voulait rien faire sous prétexte qu'elle allait faire " tache" en ville et empêcher les commerces de bien fonctionner. Et bien bonne nouvelle la voilà relogée dans des conditions qui n'ont rien à voir avec son ancienne caravane. elle a depuis mis au monde une splendide petite fille. Bravo !
Bonne nouvelle ou mauvaise nouvelle ??? Qui a aidé cette jeune femme, un particulier, un contribuable, ou comme on pourrait s'y attendre " le pouvoir local " ? Bonne nouvelle ou mauvaise nouvelle ??? C'est un particulier, un simple contribuable qui a pris sur lui et qui a résolu le problème. La ville n'a rien fait, il fallait, semble t'il, coûte que coûte protéger le système, protéger les commerces. Il semblerait que dans cette charmante petite ville le pouvoir en place soit peut-être plus soucieux de l'économique que du bien être de ses citoyens, remarque à laquelle ils pourraient répondre que sans économique il n'y a pas de bien être, nous entraînant ainsi vers un faux débat destiné à entretenir la toute puissance de "l'économique". Il serait très facile de leur répondre que seul l'homme est sa propre fin, que le capitalisme, l'économie et tout le reste ne sont pas une fin mais un moyen. Mais revenons à notre bonne ou mauvaise nouvelle, c'est une bonne nouvelle pour l' Homme, c'est sans doute une moins bonne nouvelle pour le pouvoir en place qui essayera de la minimiser, de la relativiser, peut-être de créer un autre événement qui viendra occulter celui-là. Mauvaise nouvelle car le système doit donner l'apparence d'une éthique correcte et de sa capacité à résoudre les problèmes, à les anticiper, mauvaise nouvelle car si le bon peuple commence à mettre la tête sous l'eau et à regarder la partie cachée de l'iceberg, qu'en sera t'il de leur toute puissance à ces gens là ?
Toute ressemblance de cette histoire avec des événement récents ...
Une peut-être solution : arrêter de confondre la fin et les moyens, une autre peut-être : éssayer que les générations futures deviennet vraiment adultes.
en vous souhaitant tout le bonheur du monde, recevez mes salutations
Christian

"Too big to fail" disaient-ils. :-)

Je vous entends jublier dans le poste, camarade Hermant, vous exultez ! Et moi je suis en train de lire "Mort à crédit", de Céline, et je mesure à chaque page tout le bien-être que le capitalisme a apporté en un siècle dans les démocraties libérales. Régulièrement il y a eu des crises, à l'éclatement de la bulle internet, cétait enfin la fin du capitalisme honni ! Lors de la crise asiatique, pour sûr, c'en était fini du capitalisme. Las, la fin du capitalisme, c'est toujours pour demain. Mais moi je veux bien resigner pour cent ans, et des deux mains !

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