Gardez bien ces chiffres en tête tandis que je vous lirai ma chronique, Pascal : il y a, en Région bruxelloise, environ 35000 demandes de logements non rencontrées et, au rythme actuel des constructions sociales, il faudrait cent ans, me dit José Garcia du Syndicat des locataires, pour résorber l'existant.
Hier, j'ai nomadisé à 300 mètres de chez moi, Pascal. Je vous ai déjà dit que le monde était partout. Alors, pourquoi pas non plus à 300 mètres de chez moi, sur cette place en pente douce qui s'appelle Morichar ? Au coin de cette place, il y a un immeuble qui abrita jusqu'il y a quelques mois le bureau des contributions directes de Saint-Gilles.
Sur la façade maintenant, il y a un calicot : « C'est vide, donc j'occupe » et sur la boîte aux lettres, celle-là même qui recevait ma déclaration fiscale, un plaisantin a affiché : « « Ici, on distribue directement vos impôts en logements ».
La réquisition a commencé lundi dernier. Quarante familles avec enfants y participent. Des mal logées, des expulsées, des sans abris, des sans papiers. Certaines sont déjà là. Et toutes les places déjà réservées. Tiens, voilà justement des postulants. Trois femmes, cinq enfants. La chose qui étonne, c'est le manque de valise. Ne cherchez pas les meubles non plus, Pascal, il n'y en a pas encore. Chez Soraya, 4 ans dans la rue, et son petit Abdel de 6 mois qui sont déjà installés dans 50m2, juste deux lits de camp. Pour le reste, on attend. On compte sur les gens.
En occupant ce lieu, ils croyaient benoîtement que l'ancien immeuble des impôts appartenait à l'Etat. Mais non, c'est à une société offshore basée au Panama, paradis fiscal. Vous auriez voulu écrire une fable postmoderne, Pascal, vous n'auriez pas fait mieux. Peut-être même n'auriez-vous pas osé cette rencontre radicale entre un Etat qui récolte les impôts et une société offshore qui ne veut pas en payer sous l'œil de ceux qui devraient en bénéficier.
Mais attendez, il y a un moment où la fable se transforme en parabole. Des tas de gens, ignorants du déménagement des contributions, grimpent encore les marches de l'accueil avec leur enveloppe brune à la main. On leur indique la nouvelle adresse. Aux plus embarrassés, on donne un coup de main. Thierry Balsat, secrétaire général de l'ONHU, ça veut dire Observatoire National de l'Habitat et de l'Urbanisme, a rempli ainsi une quarantaine de déclarations, ces derniers jours.
Et tout à coup, vous vivez un grand moment de gratuité. Une sorte de déclaration de citoyenneté directe. Ce qu'on appelle vraiment une contribution à la chose publique et au bien commun. La parabole alors est complète. Leurs impôts, en vérité, ils les ont déjà payés. Et leur loyer aussi, d'ailleurs. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.
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Commentaires
a tous ceux qui veulent apporter leur soutien a l action de morichar ou a d autres vous pouvez me contacter au 0487 631 713 ou passer a la place morichar no 30...
merci pour votre soutien et surtout pour vos commentaires des plus rassurants.
bien à vous
thierry balsat
@PH
Merci pour les infos.
Parce que parfois, voyez-vous, lorsque l'on débarque dans une institution censée s'occuper d'adultes ou d'enfants démunis, on se voit curieusement signifier que, non, votre électroménager n'est pas aux normes d'économie d'énergie, non, votre mobilier n'est plus très "tendance" ou, non, vos jeux ou jouets n'intéressent pas nos enfants.
Il est bien connu qu'un bébé orphelin ou placé par le juge, qu'une femme battue ou que tout autre adulte en détresse exige un écran plat XXL derrière génération, un frigo iso machin chouette ou un couffin uniquement conçu par un célèbre designer italien...
@ Gabrielle, le plus simple est encore de passer place Morichar. ou de contacter le syndicat des locataires ou l'Observatoire national de l'Habitat et de l'urbanisme... @ Patrice, Hé, oui, il y a des gens pour qui le filet social ne procure aucun tissu.@ Jean-Louis Leroy, il y a 1.200.000 m2 de bureaux vides à Bruxelles, dont un certain nombre à l'Etat quoique, comme on l'a vu, les apparences sont parfois trompeuses...@ Jean-Luc Gaspard, que non, on n'oubliera pas, et que oui, Rochefort est trouvable assez rapidement par l'autoroute, @ Isabelle M, la rue de Flandre est aussi un arrêt, trouvable assez rapidement par le métro. A lundi, PH
Avec vous, c'est toujours un" lundi au solieil" tant vous illuminez nos journées par les Lumières de l'Humanisme...merci cher Paul!
Le père de l'enfant de Soraya (quatre ans dans la rue et un Abdel de six mois ) est-il aussi dans la rue depuis quatre ans?
Et la pauvre Soraya, elle a accouché où, il y a six mois? Et son enfant, il a été déclaré dans quelle commune?
Et le C.P.A.S., il fait quoi? Il attend que Soraya soit mère de famille nombreuse pour lui trouver un logement? Mais peut-être que Soraya est sans papiers et là le C.P.A.S. n'intervient peut-être pas?
De quelle manière faire parvenir à Madame Soraya et son enfant, ou aux autres personnes, des meubles ou petites choses pour faciliter leur quotidien?
Juste une idée: et si la démocratie permettait d'orienter ses impots en fonction de ses desiderata?
Mais je n'ai rien dit, of course... après le post-moderne, cela ferait partie du post-démocratie.
Allez belle journée et aussi bonne chance pour la destination de vos impôts
On en apprend des choses en lisant les programmes électoraux. Ainsi celui de la Lijst Dedecker pour Bruxelles (http://www3.lijstdedecker.com/docs/LDD_BRUSSELS_PROGRAMMA.pdf) propose-t-il de taxer les immeubles laissés vides par leur propriétaire - hum ! pas très libéral ça. On y apprend aussi que dans la majorité des cas ce méchant propriétaire est...l'état !
Est-ce que ça ne mériterait pas une petite enquête et un billet, camarade Hermant ?
Eh oui, Monsieur Leroy...
De nos jours, il devient indispensable d'avoir un bagage culturel, historique, social... pour ne pas céder aux sirènes du populisme le plus détestable et crier "Tous pourris" !
Celui qui possède un tel bagage sait que le populiste est plus pourri encore que tous les politiciens véreux réunis.
Relisons de toute urgence l'Histoire pour éviter d'en revivre les chapitres les plus noirs...
Du moins, telle est mon analyse : critique, dans le beau sens du terme.
300 mètres, c'est aussi la distance qui sépare mon domicile d'un autre lieu surréaliste : une maison, laissée à l'abandon pendant plus de 12 ans, et qu'un ancien SDF, Jeroen, est en train de retaper de la cave au grenier.
Le propritéaire des lieux, cette fois, n'est pas une société panaméenne, mais le CPAS de la Ville de Bruxelles.
Le projet de Jeroen ? En faire un lieu de rencontre avec, au rez-de-chaussée, une galerie d'art (snobinards s'abstenir) et aux étages, des chambres pour y loger des sans abris.
Au bout de 6 mois, comme convenu avec la Ville de Bruxelles, l'affaire est passée devant le juge de paix qui a octroyé à Jeroen un bail de 5 ans, sans l'ombre d'une discussion. Mais le CPAS a fait appel.
Un type qui s'en sort tout seul, ça fait un peu désordre, vous comprenez...
Dans quelques semaines, le deuxième jugement sera rendu.
Si vous passez par la rue de Flandre, en plein coeur de Bruxelles... allez lui rendre visite, au n°100. Il vous parlera de son projet bien mieux que moi.
Et en attendant, allez découvrir ce reportage qui a été tourné sur lui, en décembre dernier.
http://www.vimeo.com/2920989
C'est l'histoire d'un gars un peu fou, mais dans cette société post-moderne, on se demande parfois qui est le fou et qui est le sage...
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