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Les Belges ont raison de privilégier le compte d'épargne, malgré le taux

MISE AU POINT | Mis à jour le dimanche 16 décembre 2012 à 15h35

  • 230 milliards sont placés sur des comptes d'épargne : un record historique ! Pourquoi les Belges jouent-ils à ce point les écureuils ? Le compte d'épargne, garanti par l'Etat et défiscalisé, est-il pour autant le meilleur placement ?

    Le débat de Mise au Point animé par Olivier Maroy posait ces questions : quels sont les bons plans pour faire fructifier son argent ? Faut-il éviter les actions et les obligations ? Les conseilleurs ne sont pas les payeurs : à qui peut-on faire confiance ? Les placements proposés par les institutions financières sont-ils assez transparents ? Que font les banques avec ce véritable trésor ? Ces 230 milliards sont-ils suffisamment investis dans l'économie belge ? Les banques jouent-elles vraiment leur rôle de soutien aux entreprises et aux ménages ? Sont-elles trop gourmandes et trop frileuses quand il faut octroyer des crédits ? De nombreux responsables politiques le clament : il faut mobiliser l'épargne pour relancer notre économie. Comment concrètement ?

    Sept Belges sur dix déclarent épargner

    Les Belges épargnent plus que la moyenne européenne et plus que ce que l’économie peut absorber. Mais l’épargne rapporte peu : les taux d’intérêt sont actuellement inférieurs à l’inflation : 2,65% au maximum mais le plus souvent 0,75 à 1% dans les grandes banques. Or l’inflation est à 2,9%...

    "On s’appauvrit en laissant son argent sur un compte d’épargne. Mais les gens paient pour la sécurité", dit François Mathieu, rédacteur en chef de "Mon argent" (L’Echo). "Et on annonce une croissance zéro en zone euro, donc les taux ne vont pas monter l’année prochaine." "Les épargnants perdent beaucoup moins qu’avec des placements exotiques ou des obligations d’Etat à 10 ans", remarque Jean Walravens, économiste et auteur de "Ce que votre banquier ne veut pas que vous sachiez". "Le Belge moyen n’a pas tort de laisser son argent sur un compte d’épargne pour l’instant." Mais de quels Belges parle-t-on ? "230 milliards sur les comptes d’épargne en Belgique, pour 4 millions de familles, cela fait 60 000 euros par famille en moyenne. Or le Belge ‘médian’ a en général 15 000 € de capital. Ce sont donc beaucoup de gens fortunés qui ont de l’argent sur ces comptes d’épargne. Sept ou huit comptes éventuellement, ce qui n’est pas légal mais toléré par le Ministre des finances depuis longtemps… "

    Comment contrer le d’intérêt bas des grandes banques ?

    Jean Walravens : "Les gens devraient être moins passifs : profiter des primes de fidélité, chercher de meilleurs taux au sein de la même banque." Il ajoute "qu’à son avis, en cas de grosse catastrophe, l’Etat n’est pas réellement en mesure d’assurer la garantie de 100 000 euros par compte."

    Michel Vermaerke, administrateur délégué FEBELFIN explique que si les taux hypothécaires sont bas c’est aussi que le taux de rentabilité de l’activité bancaire en Belgique est faible : "Moins de 1%", assure-t-il.

    Il existe un manque de transparence du fonctionnement de la rémunération des comptes d’épargne, fait remarquer Olivier Maroy. Bruno Colmant, économiste et ancien président de la Bourse de Bruxelles réplique : "Les choses ont changé, un effort significatif a été fait depuis 6 mois. Et une nouvelle réforme aura lieu l’an prochain".

    Que font les banques avec le magot des Belges ?

    Financent-elles des projets à l’étranger ou investissent-elles dans l’économie belge ? D’après Georges Gilkinet, député fédéral Ecolo, "les banques internet, clairement, utilisent hors du pays l’épargne des Belges. Il existe un manque de transparence sur ce que font les banques avec l’argent de l’épargne. Sur le risque notamment de placement sur des marchés financiers mondiaux."

    Jean-Claude Marcourt, PS, ministre wallon de l'Economie insiste : "Il faut en effet ramener l’épargne des Belges vers l’économie réelle, se mettre autour d’une table avec les banques pour créer des produits qui le permettent. Les banques financent l’économie mais pas assez, on pourrait faire beaucoup mieux. Le principe du livret ‘B’ - comme Belgique – est d’ailleurs une proposition du PS." Michel Vermaerke, administrateur délégué FEBELFIN renchérit et assure "que des réunions ont déjà eu lieu pour mettre en place ce livret."

    Jean Walravens surprend l’assistance avec cette déclaration : "Je ne suis pas pour la transparence totale, il faut laisser faire le marché. Quand l’Etat intervient trop ou quand des économies du type communiste fonctionnent sans banque, on a vu dans le passé que ça a mal tourné. Je ne désire pas intervenir dans ce que font les banques. Mais par contre elles devraient être interdites de prise de risques."

    Bruno Colmant, économiste et ancien président de la Bourse de Bruxelles confirme : "Les placements risqués ont conduit à des dérives comme les subprimes, mais c’est fini aujourd’hui, c’est réglementé."

    L’accès au crédit est devenu difficile

    Le Ministre bruxellois de l’économie Benoît Cerexhe épingle le fait que les PME ont un accès beaucoup plus difficile au crédit qu’auparavant, d’où la nécessité de mettre en place des mécanismes de financement public. "Mais on fait le nécessaire !", réagit Michel Vermaerke. Il cite quelques chiffres : "Depuis le début de la crise, 80 milliards d’euros ont été récoltés sur les carnets d’épargne et 87 milliards de crédit ont été accordés ! C’est vrai que certaines banques investissent ailleurs mais il faut croire au projet européen, il y a toujours eu un excédent d’épargne en Belgique."

    Conseils pour améliorer son épargne

    Selon François Mathieu, "le compte d’épargne est un moyen d’avoir de l’épargne sécurisée et disponible. Il y a des alternatives : il faut diversifier. Ce que je ne ferais pas c’est acheter des obligations d’Etat car les taux sont très faibles."

    Pour Bruno Colmant, "l’inflation va montrer, donc les taux aussi, et les personnes qui ont de l’argent sur des comptes d’épargne vont en profiter peu à peu. Mais si on veut un taux meilleur que 1% il faut considérer des placements un peu plus risqués : les actions ont rapporté 15% cette année. L’économie est en train de repartir."

    Le ministre Marcourt insiste : "Le premier conseil à donner aux consommateurs : ne prenez pas des produits que vous ne comprenez pas !" Jean Walravens renchérit : "Il y a un manque d’éducation du public et d’information sur les produits toxiques peu clairs. En diversifiant, on sécurise. Vous avez 50 000 € dont vous n’avez pas besoin tout de suite : mettez 25 000 sur un compte d’épargne, et achetez 15 000 € en actions, les plus diversifiées possibles : une sicav qui couvre le marché mondial."

    Pour conclure

    Un consensus général s’installe entre les intervenants sur la nécessité pour l’Etat d’encadrer la relation entre banques et épargnants d’une part et banques et emprunteurs d’autre part (PME) afin de réinjecter cet argent dans l’économie réelle locale.

    Patrick Bartholomé

    Présenté par Olivier Maroy, ce débat réunissait :

    Charles Michel, président du MR

    Jean-Claude Marcourt, PS, ministre wallon de l'Economie

    Benoît Cerexhe, ministre bruxellois de l'Economie - CDH

    Georges Gilkinet, député fédéral Ecolo

    Michel Vermaerke, administrateur délégué FEBELFIN

    Christophe Wambersie, secrétaire général UCM

    Bruno Colmant, économiste et ancien président de la Bourse de Bruxelles

    François Mathieu, rédacteur en chef de "Mon argent"

    Jean Walravens, économiste et auteur de "Ce que votre banquier ne veut pas que vous sachiez"

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    • de Fort Triste Lors de l'affaire fortis le ministre des finances de l'époque a déclaré que les petits actionnaire de fortis savaient à quoi ils s'exposaient et maintenant on nous demande de recommencer cela et de réinvestir en bourse ;il n'en est pas question

      06-01-2013 11:14 | Répondre

    • de Zorglub Un grand économiste (je ne sais plus qui) a dit que plus le taux d'épargne est élevé, plus il y a un manque de confiance des citoyens dans leur gouvernement. Il suffit juste de voir l'endettement des habitants dans les pays anglo-saxons... Eux, ils croient encore dans leur économie ! Arrêtons de gober les paroles édulcorées de nos dirigeants qui vivent à crédit depuis des lustres ! Heureusement que nous avons l'Euro, sinon, il y aurait déjà belle lurette que certains auraient fait exploser l'inflation en faisant tourner la planche à billets pour éponger la dette abyssale de l'état... Et nous serions allés acheter notre pain avec une brouette de billets sur le dos des épargnants... Si la Belgique a un bon score dans les agences de notation, c'est parce que l'épargne est presque aussi haute que la dette ! Enfin, il y a quelques années, car depuis nos dirigeants ont rajouté quelques milliards avec Dexia et autres folies.

      17-12-2012 17:29 | Répondre

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      Résumé du Mise au Point

  • Le conseil du ministre Marcourt : "N'achetez pas des produits d'épargne que vous ne comprenez pas."
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    Le conseil du ministre Marcourt : "N'achetez pas des produits d'épargne que vous ne comprenez pas."

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    • Le conseil du ministre Marcourt : "N'achetez pas des produits d'épargne que vous ne comprenez pas."

      Le conseil du ministre Marcourt : "N'achetez pas des produits d'épargne que vous ne comprenez pas."

    • de Fort Triste Lors de l'affaire fortis le ministre des finances de l'époque a déclaré que les petits actionnaire de fortis savaient à quoi ils s'exposaient et maintenant on nous demande de recommencer cela et de réinvestir en bourse ;il n'en est pas question

      06-01-2013 11:14 | Répondre

    • de Zorglub Un grand économiste (je ne sais plus qui) a dit que plus le taux d'épargne est élevé, plus il y a un manque de confiance des citoyens dans leur gouvernement. Il suffit juste de voir l'endettement des habitants dans les pays anglo-saxons... Eux, ils croient encore dans leur économie ! Arrêtons de gober les paroles édulcorées de nos dirigeants qui vivent à crédit depuis des lustres ! Heureusement que nous avons l'Euro, sinon, il y aurait déjà belle lurette que certains auraient fait exploser l'inflation en faisant tourner la planche à billets pour éponger la dette abyssale de l'état... Et nous serions allés acheter notre pain avec une brouette de billets sur le dos des épargnants... Si la Belgique a un bon score dans les agences de notation, c'est parce que l'épargne est presque aussi haute que la dette ! Enfin, il y a quelques années, car depuis nos dirigeants ont rajouté quelques milliards avec Dexia et autres folies.

      17-12-2012 17:29 | Répondre

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