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Mischaël Modrikamen (PP): "Le FN n'est pas un parti d'extrême-droite"

MISE AU POINT | Mis à jour le dimanche 29 avril 2012 à 15h59

  • Partout en Europe, les partis populistes, voire extrémistes, ont le vent en poupe. Pourquoi? Avec quelles conséquences? Réunis sur le plateau de Mise au Point ce dimanche, plusieurs représentants de la scène politique belge ont notamment tenté de comprendre pourquoi l'extrême-droite ne perçait pas au sud du pays.

    Les populistes européens volent de succès en succès. En France, lors du premier tour du scrutin présidentiel, Jean-Luc Mélenchon et, surtout, Marine Le Pen, ont obtenu des scores exceptionnels. Au point que Nicolas Sarkozy semble aujourd’hui chercher à récupérer les voix du Front national, le président-candidat soulignant d’ailleurs que la présidente du FN était, à ses yeux, compatible avec la démocratie.

    "Nicolas Sarkozy est obligé de mener une campagne pour séduire un certain nombre d’électeurs du Front national s’il veut être élu, c’est un fait", affirme Alain Destexhe (MR). Le député dénonce toutefois le procès fait à Nicolas Sarkozy par la gauche, "en le renvoyant en permanence au fascisme, au racisme, à Pétain. Cela crée encore plus d’électeurs d’extrême-droite."

    Mais la gauche belge, elle, n’hésite pas à critiquer cette tentative de séduction du candidat UMP. "Ce n’est pas la première fois", réagit Marie Arena (PS). "Nicolas Sarkozy, dès le départ, a crédité les thèses de l’extrême-droite. (…) Il ne doit dès lors pas s’étonner de voir un score aujourd’hui tel que celui-là. Quand on met les personnes dos à dos, les communautés dos à dos, quand on a un discours anti-intégration, quand on met en avant le fait qu’on est contre certaines personnes dans son propre pays, on banalise le discours de l’extrême-droite", regrette la sénatrice, qui parle de "dérapages non-contrôlés".

    Les propos de M. Modrikamen provoquent un tollé

    Et Mischaël Modrikamen de voler au secours de l’extrême-droite française. "Marine Le Pen est bien évidemment compatible avec la République, tout comme monsieur Mélenchon est compatible avec la République", affirme le président du PP. Et de préciser que, selon lui, le FN n’est pas un parti d’extrême-droite : "Certainement pas. C’est un parti de rupture, peut-être populiste. Il y a eu certainement des racines d’extrême-droite mais le changement est amorcé, il n’est pas terminé et on est en train d’assister aujourd’hui à un véritable basculement parce que l’on répond à une série de préoccupations qui ne sont plus traitées, qui ont été délaissées par les partis traditionnels."

    Des propos qui font évidemment réagir les autres invités de l’émission Mise au Point. "Nous expliquer que Marine Le Pen est totalement compatible avec la République est extrêmement dangereux", glisse l’Ecolo Jean-Michel Javaux. "Moi, je distingue le parti des gens qui ont voté pour ce parti. (…) J’ai rencontré beaucoup de gens qui ont affirmé qu’ils votaient pour le Front national parce qu’ils étaient déçus, notamment de Sarkozy, notamment de la politique qui a été menée. Il faut pouvoir leur apporter des réponses qui soient progressistes, démocratiques. (…) Et je rappelle que c’est monsieur Modrikamen qui a amené Laurent Louis au parlement. Il faut donc aussi à un moment donné se rappeler des dangers."

    Anne Delvaux appelle quant à elle à ce qu’on arrête "de donner une image policée de Marine Le Pen. Je la côtoie au Parlement européen, elle a des discours qui flattent les angoisses citoyennes, des discours xénophobes." "C’est un programme qui répond aux angoisses", rétorque Mischaël Modrikamen.

    De nouveaux discours très efficaces

    Pour le coordinateur de l’observatoire belge de l’extrême-droite, Marine Le Pen appartient à une droite radicale et populiste qui émerge actuellement partout en Europe. "Mais cette droite radicale populiste est constituée de l’extrême-droite traditionnelle, le Front national a été fondé par d’anciens collaborateurs", rappelle Manuel Abramowicz (resistanceS.be). Certains évoquent pourtant une rupture avec ces racines. "On a affaire à un Front national qui est un cheval de Troie, qui est en train de s’infiltrer dans le champ politique et je ne vous dis pas l’aspect nocif de son programme pour l’ensemble de la population. C’est un danger public pour les libertés collectives et individuelles des citoyens."

    Spécialiste de l’extrême-droite et professeur de science politique, Jérôme Jamin (ULg) note toutefois un changement de discours, entièrement stratégique mais particulièrement efficace. "Au lieu de dire ‘Je suis contre les étrangers, je suis contre les Musulmans’, elle (Marine Le Pen, NdlR) va dire ‘Je suis pour l’égalité homme/femme’, elle va aller emprunter au féminisme et à la laïcité et, à ce titre, va s’en prendre aux Musulmans. (…) Au final, des valeurs propres à la laïcité et au féminisme sont récupérées par des partis d’extrême-droite."

    Voter pour le FN, "c'est cautionner ce qu'il dit"

    Rebondissant sur les propos du Néerlandais Geert Wilders, pour qui "Le Coran, c’est Mein Kampf", le président du Parti Populaire attaque l’Islam politique, "qui présente des aspects fascistes", et dénonce "la prétendue révolution, le Printemps arabe, qui est en train de tourner en automne". "Vous généralisez, c’est un scandale", lui lance Jean-Michel Javaux. "On ne peut pas dire que le Coran, c’est Mein Kampf", intervient Alain Destexhe.

    Les millions de voix récoltées par le FN sont-elles autant de vote d’adhésion ou constituent-elles plutôt un appel aux partis traditionnels ? "Le seul vote de contestation qui existe, c’est le vote blanc ou l’abstention", rappelle le journaliste français Olivier Basile, directeur de Reporters sans Frontières. "À partir du moment où vous votez pour quelqu’un, vous cautionnez ce qu’il dit. (…) Est-ce qu’il y a six millions de fachos en France ? Non, une partie, ce sont des électeurs fachos, l’autre non."

    Le populisme, une rhétorique à assumer

    Mais le populisme n’est certainement pas l’apanage de l’extrême-droite. Beaucoup dénoncent ainsi les discours du leader du Front de gauche français, Jean-Luc Mélenchon. "J’ai envie de dire que le populisme de gauche aujourd’hui, c’est tout simplement la gauche", réplique Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB. "Bravo", sourit Alain Destexhe.

    "Le populisme, ce n’est pas une idéologie, c’est une rhétorique qui, en général, considère que la légitimité vient du peuple et le discours est orienté contre des élites, syndicales, politiques, administratives", précise Jérôme Jamin. "Cette rhétorique se greffe ensuite sur une idéologie : le communisme peut être populiste, la droite peut être populiste, la gauche peut être populiste, … Si on dit que le populisme, c’est l’extrême-droite, toute forme de contestation sera immédiatement taxée d’extrême-droite et sera sans légitimité. (…) Le mot ‘populisme’ n’est pas aussi grave que le mot ‘extrême-droite’ et il faut peut-être parfois l’assumer."

    "Aujourd’hui, on parle de populisme, il y a quelques années, on aurait parlé de démagogie", enchaîne Manuel Abramowicz. Pour lui, le populisme est toutefois plus présent à droite de l’échiquier politique. "Les populistes de droite extrême sont des ‘y a qu’à’, qui ne sont jamais contents, ni sur le plan B ni sur le plan A, des gens extrêmement méchants, donc dangereux."

    Un cordon sanitaire qui fait débat

    "Le populisme existe partout", confirme le sénateur Rik Torfs (CD&V). "Le populisme, c’est la construction d’une vérité qui plaît aux gens, qui plaît aux électeurs."

    Et l’élu flamand d’analyser la situation au nord de notre pays. À ses yeux, c’est le cordon sanitaire et l’absence, lors des débats, de certaines idées et certains propos qui ont permis le succès de la N-VA et d’autres partis.

    Certains s’interrogent parfois lorsqu’ils analysent les chiffres de l’extrême-droite en Belgique francophone. "J’ai la modestie de croire qu’à un moment donné, nous avons eu de gros problèmes, en éthique, en gouvernance, en transparence, et que non seulement on a identifié les problèmes mais qu’on y a apporté des réponses. (…) C’est en partie pour cela qu’il n’y a pas eu de montée de l’extrême-droite", avance Jean-Michel Javaux.

    Un réservoir pour l'extrême-droite en Wallonie

    Alain Destexhe pointe toutefois les limites du débat politique en Belgique et estime qu’on ne peut y débattre de tous les sujets. Le député MR évoque notamment les thèmes de l’insécurité ou de l’immigration. "Ce n’est aujourd’hui pas possible dans les partis francophones à l’exception du MR d’aborder sereinement ces débats", lance-t-il. Suffisant pour provoquer la colère de ses collègues. Qui dénoncent son … populisme. "Quand quelqu’un du MR fait une remarque sur l’immigration, c’est du populisme ; quand c’est monsieur Moureaux qui traite quelqu’un de Goebbels, ça peut éventuellement passer", souffle le député libéral.

    Mischaël Modrikamen dénonce lui aussi le fait qu’on ne puisse plus, aujourd’hui, "parler de certains thèmes alors que les gens constatent dans la rue les méfaits de ces thèmes". Et de se lancer dans un long discours particulièrement radical: "Les gens sont agressés dans la rue, les enfants dans les métros ont peur", affirme-t-il notamment avant de critiquer la politique d’immigration et de proposer une liste de "solutions".

    Le cordon sanitaire suffit-il à expliquer l’absence de l’extrême-droite en Belgique francophone ? "Non", répond Olivier Basile. "La seule raison, c’est que pour l’instant, elle a toujours été dirigée par des pieds-nickelés. Le jour où elle sera représentée par quelqu’un qui aura véritablement le charisme pour le faire et qui sera populiste, vous verrez qu’il y a, malheureusement, un réservoir."

    PIAB

     

    Olivier Maroy et Thomas Gadisseux recevaient ce dimanche midi : Jean-Michel Javaux, Ecolo, bourgmestre d'Amay ; Alain Destexhe, député bruxellois MR ; Marie Arena, PS, sénatrice ; Rik Torfs, sénateur CD&V ; Mischaël Modrikamen, président du Parti Populaire ; Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB ; Jérome Jamin, professeur de science politique ULg ; Manuel Abramowicz, RésistanceS.be - observatoire belge de l'extrême-droite ; Olivier Basile, directeur Reporters sans frontières ; Anne Delvaux, députée européenne, cdH.

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    • de Mc Le populisme est une accusation dont se servent les politiciens au pouvoir (et ceux qui les soutiennent) contre ceux qui leur reprochent de ne pas se servir de leur pouvoir dans l'intérêt du peuple.

      30-04-2012 12:03 | Répondre

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    • de Mc Le populisme est une accusation dont se servent les politiciens au pouvoir (et ceux qui les soutiennent) contre ceux qui leur reprochent de ne pas se servir de leur pouvoir dans l'intérêt du peuple.

      30-04-2012 12:03 | Répondre

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