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L'édito

MATIN PREMIERE | jeudi 31 mai 2012 à 7h56

  • Edito européen d'Anne Blanpain.

    C'est un étrange référendum qui se déroule aujourd'hui en Irlande.

     

    Je viens de l'apprendre Georges, la direction de la RTBF organise un référendum sur ce que vous allez boire le matin dans votre émission, la question est simple, vous avez le choix entre du café ... et du café.

    Voilà, comme ça vous avez été un court instant dans la peau des Irlandais qui doivent se prononcer aujourd'hui sur une question presqu'aussi simple : Souhaitez-vous l'austérité ou l'austérité?

    Les Irlandais ont une certaine expérience des référendums sur les dossiers européens, en 2001 et 2008, pour les traités de Nice et Lisbonne, ils ont d'abord dit non, obtenu des garanties sur tel ou tel point puis ont fini par les approuver.

    Mais cette fois, les règles du jeu et le contexte ont changé.

    Les règles du jeu tout d'abord : jusqu'à présent, les Européens signaient et ratifiaient des traités européens. Logique me direz-vous et les traités européens ont besoin de l'unanimité pour entrer en vigueur. Quand un état disait non, tout le monde se précipitait à son chevet, qu'est-ce qu'on peut faire pour toi, il fallait renégocier, ou amender ou oublier comme on l'a fait avec la constitution après les non français et néerlandais.

    Le pacte budgétaire, ce n'est pas un traité européen, c'est un texte signé par 25 états, la République tchèque et la Grande-Bretagne n'en ont pas voulu.

    Et comme ce n'est pas un texte européen officiel, les 25 ont changé les règles : Il suffit de 12 oui pour qu'il entre en vigueur.

    Ca veut dire que les Européens se fichent de ce référendum?

    Non évidemment, ils préfèrent un oui irlandais. Parce que cela ferait mauvais genre d'avoir un non au seul référendum organisé sur le sujet. Le non irlandais serait sans arrêt brandi par les opposants au traité budgétaire dans tous les autres pays qui ne passent pas par le référendum.

    Mais officiellement un non ne bloquerait rien.

    D'autant que rejeter ce pacte qui organise la discipline budgétaire ne signifie pas échapper à l'austérité, une bonne partie de ce qui se trouve dans le traité a déjà été adopté par les états dont l'Irlande sous forme de directives ou de règlements.

    Et puis l'Allemagne a tenu à coincer les réfractaires. Pas de ratification du traité, pas d'aide européenne. L'Irlande a déjà obtenu des prêts à hauteur de 85 milliards d'euros, ceux-là ne seraient pas remis en cause en cas de non. Mais l'Irlande aura peut-être encore besoin d'un petit coup de pouce de ses partenaires dans les mois qui viennent. Et pour cela il faut dire oui. Aujourd'hui ou plus tard, parce que le référendum d'aujourd'hui pourrait en cas de non être suivi d'une autre consultation plus tard.

    Alors ce référendum présenté par le Premier ministre irlandais comme l'occasion de renforcer le lien entre l'Union européenne et l'Irlande ressemble surtout à un choix entre la peste et le choléra. Donner l'impression d'approuver une austérité présentée comme LA solution ou se priver d'une aide future sans doute incontournable qui de toutes façons ira de pair avec une austérité déjà en place.

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