Vous avez un mot tendre ce matin pour l'Europe.
Je trouve, Georges, que nous sommes trop durs avec les Européens, beaucoup trop durs et moi la première. On souligne sans arrêt qu'ils se divisent sur
tout, la Syrie, le climat, l'argent, l'agriculture, la fiscalité, les transports, mais en fait sur le principal ils sont d'accord. Depuis quelques semaines, touchés par la grâce, les 27 n'ont qu'un mot à la bouche, tous le même : la croissance. Francois hollande, avant lui Mario Monti et encore avant lui David Cameron, plus récemment le très austère président de la banque centrale européenne Mario Draghi, la toute aussi austère chancelière allemande, tous veulent la croissance. Les Européens sont tellement d'accord sur la croissance que c'en est émouvant, cet esprit de famille retrouvé.
Presque trop beau pour être vrai Anne.
Au-delà du mot lui même, les Européens sont en fait toujours aussi divisés, comme ils le sont depuis 4 ans sur la gestion de la crise. Ce que Mario Draghi appelle la croissance c'est notamment un assouplissement des règles encadrant le travail, exactement ce que prévoient les plans d'austérité espagnols portugais et grecs et qui heurtent de front une autre conception de la croissance. Celle qui prévoit une intervention publique pour soutenir la relance. De quoi faire hurler ceux qui estiment que ces mesures vont creuser le déficit et donc remettre en cause la sacro sainte austérité. Au milieu de tout cela il y a un Mario Monti qui choisit un mélange des deux. Bien sur l'Italie reste fragile et paye toujours très cher pour emprunter mais ce n'est pas la catastrophe annoncée juste avant l'arrivée de Mario Monti même si le nombre de suicides en Italie explose. Une fois de plus, la solution aux problèmes individuels se trouve sans doute au niveau collectif. Les rumeurs évoquent une idée de plan de relance préparé par la commission. Un plan de 200 milliards d'euros, mélange de fonds publics via la banque européenne d'investissements et de fonds privés. L'idée est de profiter de la crise pour moderniser l'Europe, ses réseaux d'énergie poussifs et d'un autre âge, ses réseaux de transports encore prisonniers des frontières, de supprimer réellement les frontières pour les travailleurs qui veulent s'exiler, de poursuivre une austérité nécessaire dans des pays qui sont décidément trop endettés et trop dépendants des marchés tout en donnant un peu d'espoir aux Européens. Mais il suffit de dire que de l'argent sera dépensé au niveau européen pour que les radins entament leur traditionnel discours sur cet argent qui serait plus utile au niveau national. La commission elle même a freiné des 4 fers en disant qu'il n'y avait rien de neuf en matière de croissance sinon des plans dont tout le monde hélas se moque, qui s'appellent stratégie de Lisbonne ou EYOUtwentytwenty. Tout simplement parce que les états membres ont décidé une fois pour toutes qu'il valait mieux tenter de s'en sortir seuls plutôt que de tester une seule fois la méthode collective. Le prochain sommet consacré à la croissance devrait sans doute répéter pour la centième fois des objectifs nationaux que personne ne respecte mais l'honneur sera sauf, l'union aura parlé de croissance.




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