Marion Underwood reçoit un demi-million de SMS par mois. Il y a quatre ans, elle a convaincu près de 200 adolescents de lui ouvrir les portes leur monde. A chacun, elle a donné un smartphone Blackberry et abonnement illimité. En échange, tous leurs SMS, photos et emails sont lus par son équipe de chercheurs, à l'université de Dallas.
On peut se demander si, se sachant surveillés, les jeunes n'ont pas tendance à s'autocensurer. Le Professeur Underwood ne le pense pas. Elle en veut pour preuve que de nombreux messages contiennent des termes grossiers et 6 ou 7% un langage sexuel. Bien sûr, une confidentialité totale a été promise aux ados. L'équipe de Marion Underwood a été exemptée de l'obligation légale de rapporter des délits dont elle aurait connaissance, comme la détention de drogue. Des juristes expriment tout de même des réserves car si les participants ont tous accepté d'être espionnés, ceux avec qui ils correspondent par messagerie n'ont pas eu leur mot à dire.
Depuis quatre ans, certains adolescents ont abandonné (notamment parce qu'ils préféraient un iPhone à un Blackberry, dit Underwood). Il en reste 175. Certains weekends, ils échangent plus 40.000 messages. C'est un peu la limite du système. Les chercheurs sont noyés ! Ils n'arrivent pas encore à analyser en profondeur le comportement des jeunes.
Leurs recherches apportent tout de même un éclairage supplémentaire sur l'adolescence, sur la façon de nouer des liens d'amitié, sur la découverte de la sexualité ou sur les risques qu'ils prennent. A vrai dire, les premières conclusions ne sont pas très surprenantes. On notera quand même que l'étude tord le cou au cliché selon lequel les filles seraient beaucoup plus bavardes que les garçons. En tout cas, ils envoient à peu près le même nombre de SMS : en moyenne 110 par jour.
D'autres sociologues ou psychologues ont demandé à pouvoir utiliser cette formidable base de données pour leurs recherches. Mais les règles de confidentialité fixées ne permettent pas de partager les informations. "Les agences de publicité ont certainement déjà embauché des hackers ukrainiens pour pirater ces données", plaisante le site Gawker.
Cet été, l'étude sera étendue à tout ce que les ados postent sur Facebook. Les ¾ des américains de 12 à 17 ans y ont un compte. Un quart s'y connecte plus de dix fois par jour. Facebook contribue à développer ses relations sociales mais, paradoxalement, il peut aussi générer un sentiment de solitude en raison des constantes comparaisons sociales qui sont faites avec les autres utilisateurs.




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