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Faut-il inscrire la laïcité dans notre constitution ?

MISE AU POINT | Mis à jour le dimanche 18 novembre 2012 à 14h32

  • Un simple sapin de Noël stylisé annoncé sur la Grand-Place de Bruxelles a suffi à provoquer un raz-de-marée de protestations parmi ceux qui veulent y voir une agression contre nos valeurs les plus ancrées. Une polémique qui pose la question de notre capacité à vivre ensemble face à la montée des intégrismes. Alors faut-il inscrire la laïcité dans notre constitution?

    Pour Nadia Geerts (Réseau d'action pour la promotion d'un Etat laïque), "l’histoire du sapin de Noël" est la réédition d’un fait qui s’était déroulé il y a deux ans lors du retrait d’un sapin de Noël du Palais de Justice. Lui aussi avait provoqué une marée islamophobe. Pour Nadia Geerts, "cette radicalisation traduit un agacement face aux politiques qui ne font rien pour lutter contre le radicalisme".  

    Mais cela relève aussi, selon elle, du délire et du sentiment  de complot ressenti par une partie de la population. Un délire qui mène, explique Sarah Turine (Ecolo), à une radicalisation inquiétante. "On découvre le rôle d’une nouveau média où tout va vite sans permettre le contrôle d’une information. Et (cela mène) finalement, à la stigmatisation d’une population qui n’est pas concernée".

    Tommy Scholtès, attaché de presse des évêques de Belgique rappelle d’ailleurs que l’histoire du sapin de Noël n’a rien de religieux et se rassure en constatant  qu’il est toujours possible de voir "une superbe crèche sur la Grand-Place de Bruxelles que viennent contempler des milliers de touristes chaque année."

    Yacob Mahi, imam et professeur de religion islamique se déclare, lui, inquiet de la récupération de cet épisode par des radicaux ainsi que par une certaine islamophobie qui s’est exprimée. A propos du parti Islam qui veut instaurer la sharia en Belgique, Yacob Mahi reconnaît que l’instrumentalisation du nom "islam" a de quoi inquiéter: "je ne sais pas ce qu’est la loi islamique et ce parti n’est pas le représentant de l’Islam. Si un tel parti outrepasse les limites de la loi, il existe des outils juridiques pour le poursuivre ".

    Pour Rachid Madrane du PS, il faut être ferme sur les "illuminés qui ne représentent qu’eux-mêmes. Mais les interdire n’est pas une solution car il faudrait alors interdire tous les partis extrémistes et les renvoyer dans la clandestinité ".

    Richard Miller, sénateur MR, ressent cette peur dans une partie de l’opinion publique. "Je suis choqué d’entendre que le parti islam peut exprimer son désir d’instauration de la peine de mort et de la sharia. La démocratie doit pouvoir se défendre contre ses ennemis".

    Vous avez dit "laïcité" ?

    L'invité le plus favorable à l’inscription de la laïcité de l’Etat dans la Constitution, Olivier Maingain, reproche au monde politique de refuser d’aller jusqu’au bout d’un débat de fond:  "Il y a des courants d’opinions à ce point radicalisés que nos valeurs fondamentales pourraient être remises en cause". Et de citer l’égalité des femmes et des hommes que l’on attaque déjà, selon lui, par des formes de ségrégation comme les cours de gymnastique ou de natation séparés.

    Pour le président du FDF, il est primordial d’inscrire nommément le principe laïcité de l’Etat pour ancrer le fait que l’autorité de la loi est " supérieure à quelque loi religieuse ou morale que ce soit. Quand on n’ose pas les mots, on n’ose pas les idées ", lance-t-il à l’adresse de Sarah Turine en insistant sur le fait qu’il existe des "valeurs intangibles".

    Cette proposition d’inscrire le mot laïcité au fronton de notre Constitution suscite cependant des avis très variés.Si Nadia Geert partage largement les idées du président du FDF, Francis Delpérée, sénateur cdH, juge cet ajout totalement inutile: "La Belgique est déjà un pays laïque. L’égalité de l’homme et de la femmes est inscrite dans la loi fondamentale, de même que l’indépendance réciproque de l’Etat et de l’Eglise ".

    Pour le constitutionnaliste,  une proclamation supplémentaire n’aurait pas de sens. Et surtout, il craint que l’on ouvre ainsi la boîte de Pandore : "Une telle modification reviendrait à revoir le financement des cultes, de l’enseignement et des hôpitaux". Un avis partagé par le professeur de religion musulmane et par Rachid Madrane (PS) qui craint de relancer la guerre scolaire: "La laïcité  à la française n’est pas possible. Il est inutile de rallumer un brûlot. Pour le reste: l’euthanasie ou le mariage gay, nous sommes bien plus loin que les Etats laïques". 

    Richard Miller a tenté de trouver une sorte de "compromis linguistique" en proposant d’introduire le principe de "neutralité" de l’Etat plutôt que celui de laïcité. "Ce qui est dérangeant dans l’Etat actuel de la constitution est qu’il faut déduire le principe de neutralité  des textes légaux. Il vaudrait mieux les préciser", estime le sénateur MR, moins favorable au terme "laïcité" qui peut être compris de manière différente dans son acceptation politique ou philosophique.

    Faire prêter serment aux candidats à une élection

    Olivier Maingain milite encore en faveur de l’obligation, pour un candidat  à des élections de souscrire aux textes de la Constitution avant de pouvoir se présenter sur des listes. Il est rejoint sur ce point parNadia Geerts pour qui les deux élus du parti Islam "représentent  quand même 6 000 électeurs.  Il faut un cordon sanitaire  comme il en existe t autour de l’extrême droite ".

    Cours de religion : stop ou encore ?

    Un autre sujet polémique porte sur le cours de religion.  Et encore une fois, les propositions brillent par leur éclectisme.  Francis Delpérée défend le projet de la ministre cdH  Marie-Dominique d’introduire dans les cours philosophiques untronc commun évoquant l’histoire des religions et des libertés fondamentales. Un point sur lequel achoppe pourtant Rachid Madrane: " Les enfants seraient alors divisés en sous-groupes. Je préfère un cours unique sur les valeurs universelles données par un seul professeur. Ce serait un cours de citoyenneté ". Et alors que le mouvement laïc veut tout simplement créer un cours commun,  Richard Miller (MR) évoque un cours de philosophie enseignant aux enfants les origines de nos valeurs actuelles.  

    Enfin, logique avec sa position, Olivier Maingain dit reconnaître le rôle joué par la religion dans notre culture, mais appelle à évoluer: "Laissons un espace pour l’enseignement des religions en dehors du cursus scolaire, mais introduisons un cours d’histoire des philosophies ". Preuve qu'il sera difficile de concilier tous les points de vue.

     

    Jean-Claude Verset

    Présenté par Olivier Maroy, le débat de Mise au point réunissait

    Sarah Turine, Ecolo

    Olivier Maingain, président des FDF

    Richard Miller, sénateur MR

    Francis Delpérée, sénateur CDH

    Tommy Scholtès, attaché de presse des évêques de Belgique

    Yacob Mahi, imam et professeur de religion islamique

    Nadia Geerts, initiatrice du Réseau d'action pour la promotion d'un Etat laïque

    Rachid Madrane, représentant du PS

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    Derniers commentaires

    • de pelemele " Lui aussi avait provoqué une marée islamophobe." Islamophobe ? Quel rapport avec l'islam ?

      23-01-2013 10:52 | Répondre

    • de pascal Il est préalablement nécessaire de passer au crible de la raison toutes les croyances. L’existence de la matière est une croyance dogmatique. Le matérialisme ontologique est enseigné fallacieusement comme rationalisme. Ce matérialisme fonctionne comme une religion. Le démiurge n’y est plus un dieu personnel mais l’hypothétique « matière », dieu impersonnel (mythique) plus satisfaisant pour le narcissisme commun que ses prédécesseurs. Les notions physiques inventées par le mental humain de ces derniers siècles y sont présentées comme fondements historiques du cosmos donc antérieures à l’humain et la pensée : anachronisme flagrant ! Astérix n’est pas l’ancêtre d’Uderzo. Cette ontologie et cette cosmogonie dogmatiques ne sont pas plus rationnelles que leurs cousines religieuses. Avant d’imposer aveuglément la laïcité, il serait plus sage de commencer par définir clairement ce qui distingue la religion de la raison.

      20-11-2012 08:38 | Répondre

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      Séquence décalée de K. Dero - MAP 18/11

      Une séquence de Kevin Dero, Nelly Mériguet et Michel Hanquet. Thème du débat: la laïcité, le vivre-ensemble et les religions.

    • Mise au point du 18/11/2012

      REVU ET CORRIGE : l'actualité décortiquée par Pierre Kroll, Christian Carpentier et Eric Boever L'INDISCRET : Paul Magnette, ministre des Entreprises publiques et futur bourgmestre de Charleroi. MISE AU POINT : "Un Etat laïque pour protéger nos valeurs ?" Polémique autour du sapin de Noël de la Grand Place de Bruxelles, indignation avec l'arrivée du parti Islam qui prône l'instauration de la loi islamique ... l'actualité relance cette question : le vivre-ensemble est-il condamné ? Face à la montée des intégrismes et des radicalismes, faut-il s'inquiéter pour nos valeurs démocratiques ? Pour certains, il est temps de faire rempart contre les dérives religieuses et d'inscrire la laïcité dans la Constitution. Qu'est-ce que cela pourrait changer concrètement ? Faut-il y voir une menace pour la liberté des cultes ? La notion de neutralité n'est-elle désormais plus suffisante ? Polémique aussi autour des cours de religion : faut-il les supprimer, les remplacer par des cours de philosophie ?

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    • de pelemele " Lui aussi avait provoqué une marée islamophobe." Islamophobe ? Quel rapport avec l'islam ?

      23-01-2013 10:52 | Répondre

    • de pascal Il est préalablement nécessaire de passer au crible de la raison toutes les croyances. L’existence de la matière est une croyance dogmatique. Le matérialisme ontologique est enseigné fallacieusement comme rationalisme. Ce matérialisme fonctionne comme une religion. Le démiurge n’y est plus un dieu personnel mais l’hypothétique « matière », dieu impersonnel (mythique) plus satisfaisant pour le narcissisme commun que ses prédécesseurs. Les notions physiques inventées par le mental humain de ces derniers siècles y sont présentées comme fondements historiques du cosmos donc antérieures à l’humain et la pensée : anachronisme flagrant ! Astérix n’est pas l’ancêtre d’Uderzo. Cette ontologie et cette cosmogonie dogmatiques ne sont pas plus rationnelles que leurs cousines religieuses. Avant d’imposer aveuglément la laïcité, il serait plus sage de commencer par définir clairement ce qui distingue la religion de la raison.

      20-11-2012 08:38 | Répondre

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