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INVITE : Eric Van Rompuy, député flamand (CD&V)
JOURNALISTE : Bertrand Henne
-Et l’invité, ce matin, je vous le disais, c’est Eric Van Rompuy, le député flamand, en ce jour de fête de la Communauté flamande sur fond de réforme de l’Etat et avec un Bart De Wever plus que jamais superstar. Voici le menu de votre interview, Bertrand Henne.
-BH : Exact ! Bonjour, Eric Van Rompuy !
-EVR : Bonjour !
-BH : Et bonne fête donc, puisque c’est le 11 juillet, fête de la Communauté flamande, vous l’avez dit Arnaud, et on a l’impression, Eric Van Rompuy, que chaque année, c’est un peu plus la fête de Bart De Wever. Tout tourne autour de lui dans les médias, vous n’avez pas cette impression-là ?
-EVR : Oui mais le fait est que, dans les sondages, la N-VA monte jusqu’à 40 % des voix de l’électorat flamand et, naturellement, tout le monde se demande ce qui va se passer demain parce que De Wever se prépare pour un " steeplechase " : le mayorat d’Anvers puis la présidence du gouvernement flamand. Et il mise maintenant de plus en plus sur une majorité absolue en Flandre pour devenir ministre-président. Et à ce moment-là, naturellement, le troisième but c’est la dislocation de la Belgique, la scission de la Belgique.
-BH : Il a vraiment ça en tête ? C’est sa stratégie ? 2014 : arriver en position de force pour négocier la fin de la Belgique ?
-EVR : Oui parce qu’il emploie encore le mot " confédéralisme ", mais, en fait, il est séparatiste, il veut être indépendant. Pendant le week-end, il a déclaré que quand l’euro va éclater -parce qu’il part de l’hypothèse que l’euro ne va pas survivre dans le contexte institutionnel actuel-, qu’on aura un euro du Nord et un euro du Sud, et que la Flandre doit être dans le sillage de l’Allemagne et qu’il faut d’abord se séparer de la Wallonie et être une Flandre indépendante pour suivre l’Allemagne dans l’euro. Donc il est totalement dans cette perspective et, maintenant, il veut viser les élections communales, d’abord, à Anvers ; puis en 2014, il veut avoir la majorité absolue en Flandre, et puis il veut la confrontation ultime pour la survie de la Belgique.
-BH : On a l’impression, vous parlez de " steeplechase ", de course de fond en tout cas, que rien ne vient enrayer la mécanique Bart De Wever. Il y a un gouvernement qui est enfin formé après plus de 500 jours de crise, qui fait des performances économiques un peu meilleures que la moyenne européenne, il y a une réforme de l’Etat qui doit être votée vendredi au Parlement, la scission de BHV, scission historique pour le gouvernement flamand, ça n’a pas l’air d’enrayer la mécanique De Wever. Il n’y a rien à faire ? En 2014, c’est quasi sûr, il va gagner ?
-EVR : Ce n’est pas encore sûr parce qu’il a encore 2 ans pour convaincre l’opinion publique belge mais aussi flamande que, comme vous l’avez dit, nous avons un gouvernement fédéral qui marche très bien en ce moment. Notre déficit est en dessous des 3 %. Quand on voit les marchés financiers, il y a quelques mois, nous étions à un taux de 5 ou 6 %, il a diminué jusqu’à moins de 3 %. Nous avons eu des réformes du marché du travail, toute la réglementation de la fin de carrière, et aussi du point de vue institutionnel, nous avons la scission de BHV, une grande réforme de l’Etat, 17 milliards de transferts compétences, une autonomie fiscale accrue ; donc nous avons beaucoup de palmarès, mais ce qui manque, c’est qu’on ne peut pas convaincre l’opinion publique. Il y a deux cause pour moi : le fait que Di Rupo est Premier ministre, c’est un fait mais il ne convainc pas l’opinion publique flamande ; et en deuxième lieu, ce sont aussi les hommes politiques flamands tels que Beke, Vanackere…
-BH : Votre président de parti, Wouter Beke.
-EVR : Oui, ce sont des gens remarquables et qui ont pris leurs responsabilités, qui ont en fait sauvé la Belgique, ils vont réaliser le programme flamand, mais ils ne sont verbalement pas assez agressifs pour contrer De Wever et les N-VA.
-BH : Oui, ils ne s’attaquent pas suffisamment à la N-VA. C’est ce que vous dites : les hommes politiques flamands ne s’attaquent pas suffisamment à la N-VA ? J’aimerais revenir à ce que vous disiez en premier lieu. Une des premières causes du fait que Bart De Wever est un peu inattaquable en Flandre, c’est le fait que le Premier ministre, wallon, socialiste, qui ne parle pas un néerlandais parfait, ne puisse pas assez, selon vous, aller dire à Bart De Wever que le bilan du gouvernement est bon, etc. C’est ça le problème pour vous ? Il n’arrive pas à convaincre en Flandre ? C’est un mauvais Premier ministre pour les Flamands ?
-EVR : Non, non, j’aime beaucoup Elio Di Rupo et je ne critique pas du tout sa personnalité, il fait aussi beaucoup d’efforts pour parler le néerlandais, et le bilan des six premiers mois, c’est un très bon bilan ; donc je ne critique pas Di Rupo en tant que Premier ministre mais je dis que, dans la communication, avec un De Wever qui met tout dans le contexte institutionnel… Quand on ferme les installations nucléaires, il dit " Tihange reste ouverte, et Doel est fermée… ". Quand il parle d’un gouvernement de taxes wallonnes, le fait qu’on ait des taxes, ce n’est pas à cause des francophones, c’est la Belgique.
-BH : Il a fait des erreurs de communication, c’est ça que vous dites ?
-EVR : Il fait une communication beaucoup plus directe et aussi au Parlement, en ce moment, c’est un gouvernement qui est dirigé par un francophone et De Wever exploite tout ça, et il faut être convaincant dans la communication, et ça c’est un problème, ce n’est pas une critique personnelle.
-BH : Donc, sur la forme plutôt que sur le fond, vous dites qu’Elio Di Rupo doit faire des efforts de communication si on veut que Bart De Wever soit battu en 2014 ?
-EVR : Oui parce qu’il fait de la polarisation entre Di Rupo et De Wever, donc il dit " quand vous votez, à Anvers ou à Gand, il faut voter pour le changement, " verandering ", et le changement, ça veut dire la fin de Di Rupo. Il fait une polarisation entre Di Rupo et lui-même, et la N-VA. Mais je demande aussi que les hommes politiques flamands, les jeunes leaders comme Vanackere, comme De Croo, comme Wouter Beke et comme Tobback, qu’ils fassent un effort pour convaincre l’opinion publique du bilan institutionnel et économique, et c’est ce qui manque en ce moment : que cette génération ne soit pas assez verbalement politique pour contrer.
-BH : Est-ce que le problème, ce n’est pas tout simplement que Bart De Wever est l’homme politique le plus doué de sa génération ? En tout cas, en matière de communication ?
-EVR : Oui, naturellement. Quand on a 40 % dans les sondages… Mais il est en train d’exagérer. Hier, par exemple, il a critiqué ouvertement le gouvernement flamand, il a critiqué le gouvernement dont il fait partie depuis 7 ans, et aujourd’hui, je lis dans les journaux " je n’ai formulé aucune critique lourde sur le gouvernement flamand dans mon discours du 11 juillet ".
-BH : Il dit qu’il a critiqué les lenteurs administratives.
-EVR : C’est de la pure foutaise ! Ces derniers mois, il fait des déclarations, les médias les reprennent, et alors quand il y a une critique dans les médias ou d’autres hommes politiques flamands, il dit " je n’ai pas dit ça, vous êtes cons, j’ai dit d’autres choses… " Il se croit de plus en plus au-dessus de toute forme de critique, et chaque critique est interprétée comme une attaque personnelle. Donc c’est typique aux leaders de devenir arrogants et prétentieux. De Wever, il a dit pendant le week-end : " je n’ai plus aucun contact avec Wouter Beke, ou avec Herman De Croo ou avec Tobback ", donc il ne parle plus avec les…
-BH : Il est en train de s’isoler.
-EVR : Il s’isole mais il fait encore partie du gouvernement flamand donc, la N-VA est dans le gouvernement flamand. Nous sommes, avec Kris Peeters, encore le plus grand parti au Parlement flamand avec 30 sièges, la N-VA n’en a que 12. Mais son ambition c’est, en 2014, d’être en position de force. Et ce qui l’intéresse maintenant, c’est la force électorale pour pouvoir avoir presque une majorité absolue en Flandre et être incontournable pour la formation du gouvernement flamand et puis commencer l’attaque contre la Belgique et mettre fin à l’Etat belge.
-BH : Est-ce que l’origine de tout ça, Eric Van Rompuy, si on prend un peu un recul historique, ce n’est pas que Bart De Wever a été mis sur orbite grâce au cartel que vous avez formé avec la N-VA à l’époque ? Est-ce que ce n’est pas ça l’origine du succès de Bart De Wever ? Vous lui avez mis le pied à l’étrier. A l’époque, c’était un tout petit parti qui n’arrivait même pas à faire 5 % et puis maintenant, en Flandre, il fait un million et demi de voix.
-EVR : Non, Monsieur Henne, la grande cause c’est qu’en 2007, au lieu de négocier une réforme de l’Etat normale, les francophones ont dit non. D’abord, Di Rupo a dit non, puis Milquet a dit non, puis la scission de Bruxelles-Hal-Vilvoorde maintenant s’est réalisée dans des conditions totalement acceptables pour les francophones et les néerlandophones. Si on avait négocié cela en 2007, et si on n’avait pas suivi Monsieur Maingain dans son non aussi… C’est là qu’il y a eu un blocage où l’opinion publique flamande a eu l’impression que les francophones ne voulaient pas une réforme de l’Etat, qu’ils ne voulaient pas une scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, et ça a amené à la fin du cartel. Ca a aussi donné lieu, en 2010, aux élections où De Wever a eu un succès énorme à cause de la non-scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Donc il y a naturellement eu le cartel, mais les francophones payent maintenant aussi les dégâts qu’ils ont causés eux-mêmes en 2007, en refusant toute réforme de l’Etat.
-BH : En même temps, s’il n’y a pas eu d’accord en 2007, c’est peut-être justement parce que Bart De Wever était déjà autour de la table via le cartel à l’époque et que ça bloquait toute forme de négociation. On ne va pas refaire l’histoire mais, enfin, c’est peut-être à l’origine du problème aussi.
-EVR : Oui, c’est une opinion qu’on peut discuter, je crois que c’est 50-50 à ce moment-là.
-BH : Est-ce que le succès actuel dans les sondages électoraux et dans les sondages de Bart De Wever, ce n’est pas la preuve que la Flandre ne sera jamais rassasiée ? Il y aura vendredi un vote du premier paquet de la réforme de l’Etat avec la scission de BHV, on a l’impression que ça ne suffira déjà pas, qu’il faut déjà aller plus loin. Vous vouliez quasi parler de la séparation de la Flandre ? Est-ce que ça ne donne pas raison aux francophones qui disent " vous voyez, on a beau faire toutes les réformes de l’Etat qu’on veut, de toute façon, il faudra toujours aller plus loin " ?
-EVR : Tout dépend des résultats de 2014, moi je ne suis pas complètement défaitiste sur le fait qu’en 2014, les partis traditionnels ne pourraient plus avoir une majorité en Flandre, parce que, naturellement, une majorité absolue pour la N-VA c’est naturellement autre chose. Avoir 40 % dans aux élections, dans les sondages, c’est peut-être possible mais…
-BH : Vous pourriez vivre avec cette réforme de l’Etat pendant 20 ans ? La Flandre pourrait se satisfaire de cela ?
-EVR : Oui mais, d’abord, il faut encore exécuter cette réforme de l’Etat, il faut encore la voter. 17 milliards de transferts de compétences, une autonomie fiscale qui sera aussi doublée ; il faut encore exécuter tout cela parce que ça va prendre encore une année et demie, et avec cette réforme, je crois que le pays peut trouver un nouvel équilibre institutionnel, mais il faut convaincre l’opinion publique flamande que la machine fonctionne et que l’Etat belge peut prendre les bonnes décisions pour sauver notre bien-être.
-BH : Et il n’est pas trop tard ? Il n’est pas encore trop tard ?
-EVR : Il n’est jamais trop tard mais il faut beaucoup plus de combativité de la part de la jeune génération politique, et c’est une de mes tâches. Je suis un peu le nestor du Parlement flamand, après 30 ans de Parlement.
-BH : Vous êtes l’aiguillon.
-EVR : Oui, j’essaye maintenant aussi, et ça me réussit quand même un peu ces dernières semaines, de retrouver une combativité qui défend le bilan de ce gouvernement, qui défend les réformes de l’Etat, qui défend aussi la scission de BHV, et j’espère que le 11 juillet, ce n’est pas un jour de deuil -parce que pour De Wever, c’est vraiment un jour de deuil-, je crois que c’est un jour d’espoir. Et le ministre Peeters a convaincu ces dernières semaines que vraiment on est sur le bon chemin, qu’on peut mener une politique qui puisse contrer tout ce négativisme de De Wever.
-BH : En dix secondes, est-ce qu’avec la scission de BHV qui doit avoir lieu demain, c’est la fin des problèmes linguistiques en périphérie ? Est-ce que vous avez l’impression que c’est fini, qu’on a tourné une page de l’histoire ?
-EVR : On a tourné une page de l’histoire et j’espère qu’aussi, du côté francophone, on veut respecter ces accords et qu’on ne recommence pas le cinéma des bourgmestres et tout le contentieux de la périphérie qu’on a vécu pendant 7 ans. J’espère que les forces tranquilles francophones dans les périphéries puissent être les vainqueurs aussi pendant les élections communales.
-BH : Merci, Eric Van Rompuy.




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de UnCitoyen Ah Monsieur Van Rompuy... Vous qui pendant des années avez refusé de nous écouter, nous, pauvres francophones ne respectant pas la loi démocratique selon laquelle la majorité doit forcément avoir tous les droits, surtout si elle paie. Pourtant, nous vous avons averti des dangers de la NVA. Mais non, vous avez préféré considérer votre alliance comme nécessaire à la réalisation de vos projets d'une Flandre plus forte, plus indépendante et moins solidaire. Et maintenant que le méchant Bart vous fait un enfant dans le dos et menace vos mandats, vous venez pleurnicher chez les francophones, affirmant qu'il est un danger pour la Belgique??? Mais enfin, vous savez bien que chaque communauté ne peut plus rien au-delà de la frontière linguistique... C'est bien ce que vous vouliez, non?
11-07-2012 08:50 |
de henri pirenne Petite question à votre invité : sait il qu'après la bataille des éperons d'or, il y a eu un "match retour", en août 1304 à Mons en Pévèle, bataille au terme de laquelle le roi Philippe le Bel a taillé les communiers flamands en pièces et imposé un traité à ce point rigoureux que la ville de Bruges en payait encore les conséquences 20 années plus tard ?
11-07-2012 08:47 |
de LHEUREUX Oui, c'est le "non" francophone qui a fait l'engrais de la NVA ! Les Flamands ont vu rouge, n'en déplaise aux francophones dont je suis.
11-07-2012 08:34 |
de Beatrice Cateaux. SI les francophones ont manqué une occasion en 2007, pourquoi votre Kris peeters a-t-il pris la N_VA dans son gouvernement alors que ce parti était 5ème dans ls reésulttats électoraux, on voit le résultat maintenant ; Pourquoi Peeters critique-t-il le gouvernement di Rupo et pourquoi Wouter Beke et vous m^mene dites vous pas à l''opinion flamande que DE Wever raconte des foutaises et ment pour endormir la Flandre ?
11-07-2012 08:23 |
de Yvan On ne peut qu'être d'accord avec Monsieur Van Rompuy sur le sujet de l'absence de communication de la jeune génération flamande et du gouvernement fédéral. Pendant que BDW utilise des techniques de communications bien connues et employées dans les années 30 chez un de nos voisins, rien n'est fait pour redonner fierté aux belges par rapport au plan d'assainissement budgétaire qui donne de bons résultats. On dirait que le monde politique belge au federal est définitivement incapable de s'élever et de communiquer au niveau d'une nation et reste désespérément au niveau régional. Tout bon pour la stratégie à long terme de BDW.
11-07-2012 08:20 |