A l'automne dernier, ces "indignés américains" campent dans le sud de Manhattan. Ils multiplient les actions. Ils dénoncent les diktats du libéralisme et les dérives du monde de la finance. Le 1er octobre, plusieurs milliers de manifestants envahissent l'emblématique pont de Brooklyn. La police intervient. 700 manifestants arrêtées. Parmi eux: Malcom Harris. Activiste et l'éditeur d'un magazine sur Internet. Inculpé pour trouble à l'ordre public, Harris se défend en affirmant qu'il pensait que la manifestation avait été autorisée à emprunter le pont. La police prétend que ses tweets prouvent, au contraire, qu'il savait que les manifestants avaient ordre de rester sur le trottoir. Twitter a refusé de fournir spontanément les messages incriminés. Même effacé, un tweet reste sur ses serveurs. Hier soir, justice lui a ordonné de fournir tous les tweets échangés par Harris de septembre à octobre.
"Faites attention à ce que vous tweetez. Ce que vous donnez au public, appartient au public. Les réflexions que vous gardez pour vous-même, n'appartiennent qu'à vous. Envoyer un tweet, c'est comme crier par la fenêtre", écrit le juge, motivant en 11 pages sa décision. Toute la question est là. A qui appartiennent les messages que vous postez sur les réseaux sociaux ? Sont-ils protégés par les législations sur le respect de vie privée ? Les règles de fonctionnement de Twitter stipulent que les utilisateurs restent propriétaires de leurs contenus. Le juge dit l'inverse.
La question n'est pas si anecdotique et ne se résume pas au cas de Malcom Harris. Rien qu'au premier semestre 2012, Twitter a reçu 850 requêtes de gouvernements exigeant des informations sur des utilisateurs (une grosse partie venant des Etats-Unis). La firme de San Francisco promet de défendre ses internautes et leurs droits. Twitter examine les recours possibles. Le site a obtenu gain de cause sur un point. La législation ne l'oblige pas à conserver la trace des tweets plus de 180 jours. Twitter pourrait donc prétendre qu'il n'a plus les messages réclamés. Cette affaire est suivie avec une certaine inquiétude par les associations de défense des droits civils et des libertés sur internet, car elle devrait influencer les futurs jugements de cas similaires aux Etats-Unis.




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