Le Tax freedom day dénonce la pression fiscale: un calcul abusif?

Tax freedom day: "On ne paie pas pour l'État mais pour ses services"
Tax freedom day: "On ne paie pas pour l'État mais pour ses services" - © Tous droits réservés

Le jour de libération fiscale en Belgique, c'est ce jeudi. Le principe: à partir de ce jour de l'année, en théorie, tout votre salaire va dans votre poche. Le tax freedom day de l'Institut Économique Molinari a ses partisans, qui y voient l'occasion de dénoncer la pression fiscale en Belgique. Ses opposants aussi, pour qui ce n'est qu'une vue de l'esprit - et encore - tronquée.

218 jours, c'est le temps qu'il a fallu à chaque salarié belge pour payer à l’État l'intégralité de ses impôts sur le revenu du travail et les taxes. Ce jeudi à minuit, commencera donc le jour dit de "libération fiscale" à partir duquel il va pouvoir disposer totalement de son salaire. Une date symbolique qui résulte d'un calcul qu'explique Gil Meurisse, avocat fiscaliste au Barreau de Mons. "Lorsqu’on décompte l’impôt sur les revenus, les cotisations sociales ainsi que la TVA, il apparaît qu’après une certaine date le Belge peut enfin commencer à profiter pleinement de son salaire comme il le souhaite en épargnant ou en consommant".

L’occasion pour beaucoup de dénoncer une imposition très lourde en Belgique: "Les contribuables belges sont très vite taxés à un taux de 50 % auxquels s'ajoutent, bien entendu, les additionnels communaux".

"On achète des services à l'État"

Un calcul et un symbole que conteste fortement Giuseppe Pagano, professeur d’économie à l'Université de Mons. "Quand on dit que, jusque aujourd’hui on travaille pour l’État ce n’est pas vrai. On achète, par les impôts que nous donnons à l’État, un certain nombre de services que nous devrions acheter auprès des institutions privées s’ils n’étaient pas rendus par l’État".

Un réconfort plus moral que réel estime le professeur d'économie pour qui tout cela n'a finalement qu'un intérêt folklorique.

Un calcul remis en question

Un avis que rejoint Luc Peillon, journaliste économique pour Libération. Notre voisin français avait "fêté" son jour de libération fiscale le 29 juillet dernier et, pour lui, il est "totalement faux de dire, comme le souligne cette étude (réalisée par "pseudo institut économique" Molinari, selon son expression, ndlr), que le pouvoir d'achat 'réel' des ménages débute après la libération fiscale".

"La très grande majorité des prélèvements est immédiatement réinjectée dans l’économie, sous forme de subventions aux entreprises, mais aussi d’aides sociales revenant directement dans le revenu disponible des ménages."

Un autre problème se pose, le calcul retenu par l'institut. "Première chose : l’institut prend comme référence l’imposition du salaire moyen, qui inclut donc à la fois celui du smicard et du millionnaire… Une moyenne très malvenue en cette matière, où le niveau d’imposition dépend fortement du montant et de la nature des ressources."

"Énormités méthodologiques"

Ensuite, il "inclut des prélèvements comme l’impôt sur le revenu, les cotisations salariales ou encore la TVA, mais aussi… les cotisations patronales". En Belgique, le montant de base des cotisations patronales est actuellement de 32,44 % (même si le gouvernement Michel a décidé de faire passer ce taux à 25% à l'avenir), ce qui "fait bondir le taux d'imposition". Sans cela, notre pays serait a priori mieux classé que des pays tels que le Luxembourg, l'Allemagne ou encore l'Autriche, qui pratiquent des taux nettement inférieur, et se voient dès lors fiscalement "libérés" plus tôt.

Et Luc Peillon de conclure : "L’accumulation des énormités méthodologiques et des conclusions qui en sont tirées confinent de fait cette étude à de la – mauvaise – propagande libérale. (...) Un mauvais service rendu au libéralisme qui, quoi qu’on en pense, mériterait, pour le sérieux de ses thèses, des défenseurs moins fantaisistes".