Portugal: l'opposition de droite remporte la majorité absolue

Pedro Passos Coelho, leader du PSD, vote à Amadora, le 5 juin 2011
Pedro Passos Coelho, leader du PSD, vote à Amadora, le 5 juin 2011 - © Francisco Leong
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Le libéral centriste Pedro Passos Coelho devrait être appelé à former le nouveau gouvernement portugais chargé de mettre en œuvre le plan d'aide de l'UE et du FMI, après la victoire dimanche de son Parti social-démocrate (PSD) aux législatives anticipées.

Selon trois sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote, le Parti social-démocrate (PSD, centre-droit) a obtenu entre 37 et 42,5% des voix devant le Parti socialiste du Premier ministre démissionnaire José Socrates qui recueille entre 24,8 et 30% des suffrages.

Le PSD pourrait obtenir entre 102 et 121 élus sur les 230 députés du Parlement, l'ensemble de la droite parlementaire recueillant une nette majorité absolue, selon les projections des télévisions.

Malgré l'enjeu du scrutin qui survient en pleine crise financière, le taux de participation pourrait être exceptionnellement faible, entre 55 et 62%, selon les estimations.

Dimanche, le président de la Commission européenne et ancien Premier ministre portugais José Manuel Barroso avait appelé ses compatriotes à s'exprimer "massivement", estimant que ces législatives anticipées étaient "les élections les plus importantes" depuis celles d'avril 1975 qui ont consacré le retour de la démocratie.

Le président de centre-droit Anibal Cavaco Silva avait lui aussi souligné le caractère "décisif" de ce scrutin qui intervient "à un moment crucial" pour le Portugal, troisième pays de la zone euro victime de la crise de la dette, après la Grèce et l'Irlande l'an dernier.

José Socrates accusé d'avoir mené le pays à la banqueroute

Plus de 9,6 millions de Portugais étaient appelés à renouveler leur Parlement, dissous fin mars après la démission de José Socrates, désavoué par le rejet d'un quatrième plan d'austérité en moins d'un an.

Deux semaines plus tard, il avait été contraint d'en appeler à l'aide internationale, l'Etat portugais ne parvenant plus à se financer en raison de la hausse des taux d'intérêt exigés sur les marchés.

Lourdement endetté (160 milliards d'euros fin 2010), le Portugal a fini l'année 2010 en récession avec un déficit public à 9,1% du PIB et un chômage à plus de 11%.

Accusé par ses adversaires d'avoir mené le pays à la "banqueroute", José Socrates, 53 ans, au pouvoir depuis mars 2005, a rappelé pendant la campagne qu'il avait "lutté de toutes ses forces" contre le recours à une aide extérieure qui, selon lui, aurait pu être évitée si l'opposition, et en particulier le PSD, n'avait pas rejeté son plan d'austérité.

Contrairement à la Grèce et l'Irlande, au Portugal, tous les partis, à l'exception de la gauche antilibérale, se sont engagés à respecter strictement les conditions du prêt de 78 milliards d'euros négocié par le gouvernement démissionnaire en échange d'un programme de rigueur et de réformes sur trois ans.

En contrepartie, le futur gouvernement, qui pourrait entrer en fonction fin juin ou début juillet, devra réduire le déficit public de 9,1% du PIB l'an dernier à 5,9% cette année, et descendre à 3% d'ici 2013.

Pedro Passos Coelho, 46 ans, a même promis à plusieurs reprises d'aller "bien au delà" des exigences posées par la "troïka" (UE, FMI, BCE), notamment en matière de privatisations mais aussi de réformes du marché du travail, des services publics et des politiques sociales.

Soumis depuis plus d'un an à une dure cure d'austérité, les Portugais ont voté dimanche sans enthousiasme, ni illusions : "Personne ne va faire de miracles, aujourd'hui on vote parce qu'on est obligés, sinon on ne le ferait pas", confiait une sexagénaire, croisée dans le quartier bourgeois des Avenidas Novas à Lisbonne.

"Les miracles, c'est pour les saints, et même eux ne sont pas sûrs de réussir...", disait-elle.

AFP

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