La garantie bancaire de 100 000 euros est impossible à honorer

La garantie bancaire de 100 000 euros est impossible à garantir
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La garantie bancaire de 100 000 euros est impossible à garantir - © RTBF
Rédaction RTBF

Invité de Matin Première pour analyser la situation à Chypre, l'économiste Etienne de Callataÿ estime que Chypre et l'Europe n'avaient pas vraiment d'autres choix. Le problème, selon lui, est que dans le système financier actuel, on soutient les mauvaises banques au détriment des autres. Il estime que c'est au client de se soucier de la qualité de sa banque. Et d'ajouter : "Cette garantie que nous donnons aujourd'hui de 100 000 euros, nos Etats sont bien incapables de l'honorer, c'est une garantie qui est purement virtuelle".

Pour Etienne de Callataÿ, il est "excessif" de parler d'un hold-up sur l’épargne des Chypriotes ou d'une confiscation étatique des dépôts. "Quand un Etat est confronté à de très grandes difficultés, il doit prendre des mesures et parfois des mesures extrêmement déplaisantes", dit-il.  

"Dans une situation aussi dramatique que celle de Chypre aujourd’hui  on a laissé s'installer un système financier particulièrement peu sympathique pour ne pas dire sentant franchement mauvais. On aurait pu penser à faire quoi ? Simplement à ne pas résoudre les problèmes et dire que les bébés qui vont naître vont hériter d'une dette encore plus importante ? Ce n'est pas souhaité. On aurait pu penser à demander plus d'impôts. Ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise idée mais on sait que le système de prélèvement d'impôts à Chypre est loin d'être idéal et donc on a pensé à cette taxe sur la patrimoine. Le problème que j'ai avec elle c'est qu'elle porte sur certaines formes de patrimoine et deuxièmement, qu'elle est peu différenciée, du moins dans la première version que l'on a entendue", analyse-t-il.

100 000 euros de garantie, c'est trop ?  

Le fait que l'on parle, à présent, d'une immunité jusqu'à 100 000 euros, est "plus acceptable", selon lui, même s'il trouve cela "généreux". Avant, cette garantie était limitée à 20 000 euros, dit-il, "cela responsabilisait l'épargnant" qui devait se renseigner sur l'établissement bancaire avant de lui confier plus de 20 000 euros.

De toute façon, "vous savez bien que cette garantie que nous donnons aujourd'hui de 100 000 euros, nos Etats sont bien incapables de l'honorer, c'est une garantie qui est purement virtuelle. Si tous les clients d'une grande institution financière de ce pays se présentent parce qu'il y a des problèmes avec leur institution, nous serons bien entendu incapables d'honorer tous ces engagements"
 
Une situation qui était prévisible
 
L'économiste ne comprend pas non plus comment on a laissé faire. Selon lui, "on savait que Chypre était un système financier instable et on l'a tout de même admis dans l'Union, comme la Grèce dont on savait qu'elle trichait"
 
Mais le pire, dit-il, c'est le manque de clarté actuel autour de cette annonce. "On a un texte floue qui descend de la marge et cela, c'est très mauvais (...) c'est pire qu'un peu de flottement". Il y a un risque de "bank run" (les gens risquent de vider leurs comptes en banque, ndlr) jeudi si cela ne se précise pas, dit-il. 
 
Les mauvaises banques devraient disparaître
 
"Dans le système économique, lorsqu'il y a une entreprise qui fait un meilleur produit que l'autre, et bien l'autre doit disparaître et c'est au service du consommateur, du travailleur, de l'actionnaire. On voit comment les bénéfices de l'opération se répartissent dans le système financier actuel, ce n'est pas comme ça que cela se passe. Aujourd'hui les mauvais sont tenus à bout de bras et on peut penser qu'ils bénéficient même d'un avantage et je ne voudrais pas être vilain à ce point-là mais les institutions financières qui aujourd'hui rémunèrent plus généreusement que les autres les livrets d'épargne en Belgique ne sont peut-être pas nécessairement les plus solides ni les meilleures", explique Etienne de Callataÿ. 
 
Quant à savoir s'il considère la garantie bancaire de 100 000 euros comme un bonus pour les mauvais élèves, il répond : "C'est à la fois une incitation pour le client de ne pas se soucier de la qualité de sa banque et donc effectivement un bonus pour les moins bons".  
 
Budget et TVA sociale
 
L'économiste s'est également prononcé sur les mesures budgétaires à prendre en Belgique. Pour lui, "il faut d'abord penser en terme de mesures dites structurelles, ce qui va à moyen-long terme donner du  boulot à nos enfants et stimuler la croissance dans notre pays, une croissance durable. Il faut ensuite penser en termes de réductions des dépenses. Mais je pense qu'à un horizon aussi bref, l'impôt devra être mobilisé et du côté de l'impôt, là où il y a une grande masse et où c'est le moins mauvais en terme d'activités, c'est la TVA". Et de préciser que cela ne servira à rien d'augmenter la TVA si on maintient l'indexation des salaires telle quelle. 
 
Faut-il ralentir la rigueur ? 
 
Enfin, s'il se prononce en faveur d'un ralentissement de la rigueur, il faut le faire au niveau européen, dit-il.
 
Etienne de Callataÿ parle de discours "démagogique" en Belgique. "La petite Belgique seule ne peut pas se permettre, elle, de faire de la relance. Donc si on veut faire quelque chose, c'est plutôt plaider la cause d'une harmonisation européenne en matière de stratégie économique", conclut-il.  
 
 
C. Biourge
 
 
 

 

 


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