Aller directement au contenu principal

La BNB suggère une réforme de l'indexation, "nouvelle attaque"

ECONOMIE | Mis à jour le jeudi 28 juin 2012 à 15h48

  • La Banque nationale Belgique (BNB) a présenté jeudi une vaste étude sur l'indexation en Belgique dans laquelle figure une série de pistes en vue d'une éventuelle réforme du système d'indexation automatique des salaires. Le PS dénonce la "schizophrénie" de la BNB, la FGTB et la CSC dénoncent une nouvelle attaque tandis que le patronat appelle à la réforme.

    "Il s'agit d'objectiver et d'alimenter le débat", a expliqué le gouverneur de la BNB, Luc Coene, renvoyant in fine la balle aux partenaires sociaux et au gouvernement.

    L'étude, qui avait été lancée en février 2011 par le précédent gouverneur, Guy Quaden, propose sept "alternatives" au système actuel d'indexation automatique des salaires basée sur l'inde santé et analyse les avantages et inconvénients de ces alternatives. Les scénarii envisagés sont notamment une exclusion des produits énergétiques de l'indice-santé ; une indexation calculée en centimes plutôt qu'en pourcentage ; des accords "all in" ; ou encore le remplacement de l'indice-santé par une valeur fixe.

    La BNB ne se prononce toutefois pas en faveur d'une hypothèse plutôt qu'une autre, a assuré le gouverneur Luc Coene. "Ce n'est pas à la BNB qu'il revient de prendre des décisions politiques en la matière. Notre premier objectif est d'alimenter le débat qui de toute manière devra se tenir."

    Luc Coene a toutefois souligné l'importance de "prévenir plutôt que de guérir" et le fait que l'on se trouve actuellement dans un moment d'accalmie de l'inflation, propice pour préparer l'économie belge à affronter les chocs futurs. "Il ne faut pas se faire d'illusion, lorsque la reprise sera là, les prix des matières premières augmenteront et nous serons à nouveau confrontés à des problèmes", a-t-il averti.

    Ca va mettre à mal la paix sociale, dit le PS

    Mais, pour le PS, pas question de toucher à l'indexation des salaires. Le PS se dit interpellé par ce qu'il qualifie de décalage "flagrant" entre des constats jugés positifs de la BNB sur l'état de l'économie belge et les recommandations "drastiques" qu'elle formule.

    Ces constats prouvent que le travail du gouvernement, notamment sur la maîtrise des prix, est efficace, estiment les socialistes qui s'interrogent dès lors sur la disproportion des recommandations formulées par la BNB.

    "La meilleure réponse à apporter aux travailleurs et aux entreprises est de soutenir la relance économique et non de s'attaquer brutalement au pouvoir d'achat par une remise en cause de l'indexation", a souligné le président du PS, Thierry Giet.

    Le rapport de la BNB n'apporte donc rien de neuf au débat, si ce n'est le risque de mettre à mal le meilleur garant de la compétitivité des entreprises : la paix sociale, fustige le PS.

    "La BNB doit en effet être consciente qu'en évoquant une réforme du mécanisme d'indexation, en contradiction d'ailleurs avec l'accord du gouvernement, alors même que rien dans son étude n'indique une quelconque urgence, elle endosse une lourde responsabilité sur la détérioration du climat social", a-t-il averti.

    Même son de cloche du côté de la vice-Première ministre PS Laurette Onkelinx, qui note sur sa page Facebook : "En ce qui me concerne, il n'est pas question de toucher au mécanisme actuel qui remplit très bien sa mission, à savoir protéger le pouvoir d'achat des travailleurs quand il y a augmentation des prix".

    "Une nouvelle attaque", dénonce la FGTB

    Dans un communiqué, la FGTB estime que "la finalité de l'étude est manifestement de collecter les arguments en vue de revoir les modalités du système d'indexation actuel. La principale piste retenue est celle qui aligne l'indexation sur l'objectif d'inflation de la Banque centrale européenne, à savoir une inflation de 2% ou moins". Le syndicat juge qu'une telle mesure constituerait notamment "une violation des Conventions collectives de travail en vigueur et ferait immédiatement sauter la paix sociale". Selon la FGTB, cette piste serait également "en rupture radicale" par rapport à l'objectif de maintien du pouvoir d'achat du système actuel d'indexation des salaires.

    Le président de la FGTB, Rudy De Leeuw, qui siège par ailleurs au Conseil de régence de la BNB, prend nettement ses distances avec l'étude de la Banque. "Il ne cautionne ni la commande de cette étude, ni les recommandations qu'elle porte", précise la FGTB.

    "Faire payer la crise par la salariés", estime la CSC

    "Comme prévu et conformément aux recommandations européennes, l'étude fournit des arguments à ceux qui entendent faire payer la crise par les salariés et les allocataires sociaux alors que ces derniers n'en sont nullement responsables", réagit la CSC dans un communiqué.

    Plutôt que de baisser les salaires, le syndicat chrétien propose d'améliorer la compétitivité des secteurs sensibles à la concurrence en diminuant "efficacement et équitablement les charges salariales". La perte de recettes serait alors compensée "par une cotisation plus équitable sur les autres groupes de revenus".

    "En effet, ce ne sont pas les salaires qui sont trop élevés mais ce sont les charges sur les salaires et cela vient de ce que d'autres revenus ne contribuent pas correctement", poursuit la CSC, qui dit ne pas plaider pour une augmentation "mais bien pour une répartition plus équitable de la charge fiscale."

    La CSC estime encore qu'il vaut mieux traiter le problème de l'inflation "à la source", en comprimant les prix dans une série de secteurs.

    Enfin, le syndicat rappelle que les mécanismes d'indexation sont fixés par des conventions collectives de travail sectorielles qui relèvent de l'autonomie des partenaires sociaux.

    Rappelant que l'accord de gouvernement prévoit le maintien de l'indexation automatique des salaires, la CSC dit refuser "ces provocations stériles qui ne manqueront pas de s'intensifier dans les prochains jours".

    Le patronat, par contre, appelle à la réforme

    Selon les organisations d'employeurs, l'étude de la BNB démontre que le système actuel d'indexation "génère plusieurs effets pervers".

    "Lorsque l'économie belge est confrontée à un choc des prix externe (par exemple une forte augmentation du prix du pétrole), il engendre notamment un accroissement plus important que prévu des coûts salariaux et ainsi une détérioration de notre compétitivité et une perte d'emplois", soulignent dans un communiqué la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), l'Union wallonne des entreprises (UWE), l'Union des classes moyennes (UCM), le Voka et l'Unizo.

    Le patronat estime dès lors qu'il convient de mener dès à présent un dialogue constructif. "Le but doit être, comme l'ont recommandé la Commission européenne et d'autres instances internationales, d'arriver à une réforme en profondeur et structurelle de notre système d'indexation automatique, en éliminant au maximum les effets pervers actuels. Nous pouvons discuter de toutes les options, pour autant qu'elles mettent fin aux effets pervers qui détruisent les emplois et le pouvoir d'achat", concluent les organisations patronales.

    L'UCM a cependant précisé que "nous n'avons pas de position arrêtée sur la suppression de l'index car cela aurait une influence sur le pouvoir d'achat, ce qui aurait des conséquences sur les commerçants. Mais par contre, nous trouvons également peu raisonnable de faire de cette indexation automatique une règle intangible". Le sujet pourrait être "moins crispant si on revoyait l'importance de la fiscalité sur le travail et si on répartissait cette fiscalité autrement".

     

    Belga

    Voir
  • Vidéo précédente

    L'index dans le viseur de la Banque nationale

    Vidéo suivante
    • Cliquez pour visionner

      L'index dans le viseur de la Banque nationale

  • Luc Coene a présenté ses pistes pour réformer l'indexation
    Image précédente

    Luc Coene a présenté ses pistes pour réformer l'indexation

    BELGA PHOTO BRUNO FAHY
    Image suivante
    • Luc Coene a présenté ses pistes pour réformer l'indexation

      Luc Coene a présenté ses pistes pour réformer l'indexation

Les suggestions du jour

L'actualité en images

Toutes les vidéos de l'info
Les cours de la Bourse en temps réel

Vu sur le web

Dernière Minute