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L'Espagne s'achemine sans doute vers un nouveau dérapage budgétaire

ECONOMIE | vendredi 21 septembre 2012 à 7h17

  • Même si elle en a fait la priorité numéro un de sa politique économique, l'Espagne devrait, selon les analystes, rater son objectif de déficit public en 2012, freinée dans ses efforts par la récession et la mauvaise situation financière de ses régions.

    "Actuellement personne ne croit que (le pays) sera capable de remplir son objectif" d'un déficit à 6,3% du PIB fin 2012, déjà assoupli face au plafond initial de 5,3%, note Alberto Roldan, directeur du département d'analyse boursière de la maison de courtage Inverseguros.

    "C'est quelque chose que l'on retrouve dans l'ensemble des prévisions" du marché, confirme Jesus Castillo, spécialiste de l'Europe du Sud chez Natixis, qui s'attend à un déficit de "7,5-8%".

    Si cette prédiction se confirme, l'Espagne, quatrième économie de la zone euro, fera donc figure de récidiviste, après avoir largement dépassé l'objectif fixé en 2011: au lieu des 6% promis, le pays a affiché un déficit de 8,9%.

    Et le dérapage pourrait même avoir été plus important encore: "Il y a des rumeurs selon lesquelles il pourrait y avoir une révision à la hausse du déficit de l'an passé", raconte Marian Fernandez, stratégiste à la banque Inversis, qui évoque un nouveau chiffre de "9,2-9,4%".

    Le pays n'a pourtant pas ménagé ses efforts dans ce domaine, qu'il considère comme sa "priorité numéro un", selon le ministre de l'Economie Luis de Guindos.

    Augmenter les impôts et la TVA, réduire les allocations chômage, sacrifier la prime de Noël des fonctionnaires: le gouvernement conservateur a multiplié les mesures de rigueur, suscitant une forte protestation sociale. Son espoir, récupérer ainsi 102 milliards d'euros d'ici 2014.

    Mais "il y a un effet de spirale récessive qui se met en place", note Jesus Castillo, car "ces mesures ont un effet sur la croissance, ce qui du coup va avoir un effet sur le déficit", citant l'exemple de la hausse de la TVA, qui freine la consommation et donc les recettes fiscales.

    Alors que le gouvernement table sur un recul du PIB de 1,5% en 2012, le FMI prévoit 1,7%, la Commission européenne 1,8% et Natixis 2%.

    Et il ne faut pas oublier l'autre danger qui menace le déficit espagnol : les 17 régions autonomes, coupables en 2011 des deux tiers du dérapage budgétaire.

    Elles représentent le "principal facteur de risque", prévient la Fondation d'études d'économie appliquée (Fedea) dans une étude, prévoyant un déficit des régions de 2,2% à 4% du PIB, bien au-dessus des 1,5% fixés par Madrid.

    A fin juin, celui-ci était de 0,77% (0,9% sans compter les avances budgétaires de l'Etat central), mais c'est dans la seconde partie de l'année que se concentrent leurs dépenses: l'an dernier, elles étaient passées en six mois d'un déficit de 1,21% à 3,34%.

    L'Etat central présentait lui, fin juillet, un déficit de 4,6% du PIB, supérieur au plafond fixé pour 2012 (4,5%).

    Et au-dessus de lui plane encore une sombre perspective: si le chef du gouvernement Mariano Rajoy veut être fidèle à sa promesse électorale, il doit revaloriser en novembre les pensions de retraite, pour suivre la montée de l'inflation, ce qui devrait lui coûter quelque 4 milliards d'euros selon les médias... de quoi creuser encore le déficit de 0,4 point.

    Une mauvaise nouvelle, alors que le pays est sous pression des marchés et d'une partie de ses partenaires européens pour demander son sauvetage financier. Il refuse de se décider tant qu'il n'aura pas l'assurance que les conditions demandées en échange ne porteront que sur la réduction du déficit.

    Dans ce contexte, "toute déviation par rapport à la feuille de route fixée est très dangereuse pour l'Espagne" et lui enlève une partie de sa capacité de négociation, prévient Alberto Roldan.


    AFP

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