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Grèce: Antonis Samaras a trois jours pour former une coalition

ECONOMIE | Mis à jour le lundi 18 juin 2012 à 16h22

  • La bourse d'Athènes s'est envolée ce lundi après la victoire de la droite. Antonis Samaras, chef du parti Nouvelle-Démocratie, a estimé ce lundi qu'un gouvernement "de consensus national", devait être formé "immédiatement", après avoir été reçu par le président de la République grecque, Carolos Papoulias.

    Antonis Samaras, chef du parti grec de droite Nouvelle-Démocratie, a lancé lundi des consultations pour la formation qu'il espère "immédiate" d'un gouvernement d'union nationale

    "Le consensus national est un impératif réclamé par tout le monde, il faut résoudre la question (de la formation d'un gouvernement) immédiatement", a dit Antonis Samaras, vainqueur des législatives de dimanche mais sans majorité absolue.

    Le chef de l'Etat, Carolos Papoulias lui a confié en mi-journée un mandat "exploratoire" de trois jours pour former un cabinet d'union qu'il estime "impératif" dès lundi, et entamer des contacts avec les autres partis.

    "Je vais tenter de former un gouvernement de salut national avec les partis qui croient à l'orientation européenne du pays et croient à l'euro", a dit Antonis Samaras, se disant prêt à renégocier le plan de rigueur imposé par les bailleurs de fonds internationaux.

    Après s'être entretenu avec Antonis Samaras, son rival Alexis Tsipras a sans surprise affirmé que sa formation anti-austérité ne participerait à un gouvernement d'union sous la houlette de la ND. Les deux hommes n'étaient même pas parvenus à s'entendre pour un débat télévisé lors de la campagne.

    "Le gouvernement doit être formé rapidement (...) avec la ND comme noyau dur car le peuple l'a choisi", a-t-il dit, soulignant que Syriza assumerait le rôle du parti principal d'opposition en "exerçant le contrôle sur le gouvernement".

    Antonis Samaras rencontrera dans la soirée Evangelos Vénizélos, le chef du parti socialiste, PASOK, rétrogradé à la troisième place, avec 12,46% et 33 des sièges.

    Bourses en hausse

    Les milieux d'affaires en Grèce espéraient lundi la formation rapide d'un gouvernement d'union nationale pour relancer d'urgence la machine économique totalement grippée par l'incertitude politique.

    Les bourses européennes saluent ce lundi prudemment la victoire de la droite en Grèce en ouvrant en hausse dans le sillage de l'Asie, sans véritable euphorie. Vers 09h15, Paris gagnait 1,04%, Londres 1,13%, Francfort 1,09%, Madrid 0,92% et Milan 0,55%. le BEL 20, lui, progressait de 1,03% à l'ouverture. La bourse d'Athènes a accéléré sa progression et a gagné 6,48% à 596,94 points dans les premiers échanges lundi.

    Après avoir ouvert en hausse de 0,69%, l'indice Athex a vite accentué sa hausse, gagnant 3,18% avant d'atteindre 6,48%, les investisseurs saluant la victoire de Samaras qui a provoqué un soupir de soulagement dans toute l'Europe.

    Premières à réagir, les places financières asiatiques avaient auparavant nettement profité du vote grec. Tokyo a gagné 1,77% et Sydney 1,96%.

    Sur le marché des changes, l'euro s'appréciait légèrement face au dollar à 1,2696 dollar contre 1,2644 vendredi soir, tandis que sur celui de la dette, les taux d'emprunt de l'Italie et de l'Espagne, fragilisées par leur secteur bancaire, baissaient légèrement.

    Sortir de l'ornière

    Plusieurs heures auront été nécessaires pour départager les deux partis arrivés en tête du scrutin, six semaines après le début d'une crise politique sans précédent. Et le moins que l'on puisse dire, à entendre les Grecs eux-mêmes, est que rien ne dit que le pays sortira bientôt de l'ornière.

    La porte-parole du ministère de l'Intérieur a annoncé la victoire des Conservateurs du parti d'Antony Samaras, avec 29,5% et 128 sièges au futur Parlement. Il bat de 2,5% le Syriza d'Alexis Tsipras qui a reconnu la défaite de sa formation de gauche.

    Cela dit, on peut attendre une opposition active de cette gauche radicale qui continuera de combattre la mise en œuvre du plan d'austérité qui devrait être défendu par une coalition conservatrice / socialiste. Le Parti socialiste Pasok a confirmé son échec, tombant de 44% voici quelques années à environ 12% aujourd'hui. D'autres partis pourraient entrer dans la coalition alors que le monde politique réclame que soit rapidement rattrapé le temps perdu.

    Notons que la formation nazie Aube dorée a maintenu, elle, son score du 6 mai dernier, environ 7%.

    L'Europe rassurée

    Ces résultats vont bien évidemment soulager l'Europe qui s'inquiétait d'une victoire de la Gauche radicale et de sa volonté de remettre en cause le plan de sauvetage du pays. Quitte à fermer les yeux sur une population qui souffre fortement de 5 ans de récession et dont elle ne voit pas la sortie du tunnel.

    Dès les premières estimations des élections législatives grecques connues, Berlin a envoyé le signal d'une inflexion dans sa position traditionnellement intransigeante à l'égard des réformes à mener pour renforcer la compétitivité de l'économie grecque en pleine crise.

    "Je peux bien imaginer que nous discutions de nouveau des délais" pour la mise en œuvre du programme de réformes négocié par Athènes avec l'Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international en échange de son sauvetage financier, a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle.

    Il a souligné que la Grèce avait connu "une paralysie politique ces dernières semaines en raison des élections". "Les citoyens normaux ne doivent pas en être les victimes, notamment ceux qui ont déjà dû supporter des coupes drastiques", a estimé Guido Westerwelle tout en martelant qu'il n'y aura "aucun chemin en dehors des réformes".

    Etalement des mesures d'austérité?

    En Belgique, l'ancien ministre des Finances Didier Reynders a aussi affirmé qu'il existait "une marge de dialogue possible sur les délais de mise en oeuvre" du mémorandum conclu entre Athènes et ses créanciers.

    Le député européen Louis Michel s'est déclaré favorable à un étalement dans le temps du programme d'austérité en Grèce.

    L'UE devrait avoir "la sagesse de déserrer un peu l'étau de la rigueur par rapport à la Grèce", a-t-il déclaré sur Twizz radio. "Si Monsieur Samaras ne peut pas compter sur un peu plus de souplesse de la part de l'Allemagne et de l'Europe, ça risque d'être mal compris.  Je pense qu'il faut maintenant envoyer des signaux un peu positifs", selon lui.

    Il ne s'agit pas de changer le fond du programme, a précisé Louis Michel, qui envisage plutôt "un étalement, un phasage, qui soit plus flexible".

    L'eurodéputé se déclare par ailleurs soulagé que le parti anti-austérité Syriza ne l'ait pas emporté. "A part le fond avec lequel je ne suis évidemment pas d'accord, il y a aussi la méthode de son leader (Alexis Tsipras). C'est un populiste qui dit ce que les gens veulent entendre ou ce qui va dans le sens de la facilité", estime-t-il

    "Il faut que les Européens accompagnent les Grecs vers la croissance, il faut de la discipline mais il faut aussi de l'espoir", a renchéri le ministre français des Finances Pierre Moscovici.

    Les dirigeants européens qui ne cachaient pas leur préférence pour le dirigeant de droite Antonis Samaras, ont été rassurés par sa victoire face au leader de la gauche radicale Alexis Tsipras. Antonis Samaras semblait dimanche soir en mesure de former avec tous les partis pro-euro le gouvernement d'union nationale qu'il appelait de ses vœux.

    Félicitations allemandes

    La chancelière Angela Merkel lui a rapidement téléphoné pour le féliciter de "son bon résultat". Elle a déclaré qu'elle "partait du principe que la Grèce allait respecter ses engagements européens".

    Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a salué "la décision des électeurs grecs de poursuivre la mise en oeuvre de réformes économiques et fiscales profondes".

    Les ministres des Finances de la zone euro ont souhaité "la formation rapide d'un nouveau gouvernement grec qui mette en oeuvre le programme auquel la Grèce et la zone euro se sont engagées en début d'année", dans un communiqué de l'Eurogroupe.

    Soulagé par ces résultats qui écartent le spectre d'une sortie de la Grèce de la zone euro, l'Eurogroupe "attend que les institutions de la troïka (les principaux bailleurs de fonds de la Grèce) retournent en Grèce dès qu'un nouveau gouvernement sera en place (...) et se préparent au premier examen de la situation du pays, dans le cadre du second plan d'aide".

    Le FMI a d'ailleurs annoncé qu'il se tenait "prêt à discuter avec le nouveau gouvernement" grec tandis que les présidents de l'Union européenne Herman Van Rompuy et de la Commission européenne José Manuel Barroso ont promis d'aider Athènes. "Nous continuerons à soutenir la Grèce", ont-ils dit dans un communiqué commun diffusé à Los Cabos (Mexique) où un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du G20 devait débuter lundi.

    Alors qu'Antonis Samaras prône "une renégociation" du plan de rigueur imposé au pays depuis deux ans par les créanciers, Alexis Tsipras, souhaitait "l'annulation" de ce plan.

    Des élections qui ne changent rien

    Pour certains, les nouvelles élections législatives ne changent pas la donne: "Une sortie de l'euro pour la Grèce est inévitable", affirme l'économiste Geert Noels (Econopolis) lundi dans Het Nieuwsblad. Selon lui, ce processus de sortie a déjà débuté. "L'enjeu des élections législatives était seulement de voir si cela se ferait de manière ordonnée ou pas", affirme-t-il.

    Ainsi, les Grecs n'arrivent déjà plus à l'heure actuelle à payer les entreprises en espèces. "Des entreprises belges comme UCB ou Agfa-Gevaert n'ont pas eu d'autres choix à un certain moment que de se faire payer en obligations d'Etat. Aujourd'hui, elles en accusent les pertes", précise l'économiste.

    Geert Noels souhaite aussi tordre le coup à l'idée que le Belge moyen n'a pas perdu le moindre euro en raison de la situation en Grèce. "Nous avons déjà perdu au moins 3 à 4 milliards d'euros en fonds de pension et autres dans lesquels se retrouvaient des obligations grecques qui ne seront que partiellement remboursées."

    RTBF avec agences

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