Eric De Keuleneer: "Sauver les banques sera inopérant sans réformes"

Eric De Keuleneer: "Sauver les banques sera inopérant sans réformes"
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Eric De Keuleneer: "Sauver les banques sera inopérant sans réformes" - © Belga
Rédaction RTBF

Fallait-il sauver les banques espagnoles? Comment trouve-t-on des moyens aussi considérables (on évoque de 100 milliards d'euros) en pleine période d'austérité? Eric De Keuleneer, économiste et professeur à la Solvay Business School, a répondu à vos questions et interpellations lors de notre chat de 11h30.

L'Europe va donc venir à la rescousse des banques espagnoles. Une aide qui pourrait s'élever à 100 milliards d'euros. Ce plan d'aide sera le quatrième accordé à un pays de la zone euro depuis le début de cette crise fin 2009.

"Quand il faut sauver les banques (et il le faut) on trouve 1000 milliards en début d'année et là 100 milliards à des taux très faibles (3%) mais quand il faut sauver l’État, les soins de santé, l'éducation, etc., on propose des taux de 6 à 10%, c'est scandaleux ! Or, sans changer les traités européens on pourrait très bien financer au taux de 1% la dette de l'Espagne, de l'Italie ou de la Belgique", a affirmé l'économiste français Pierre Larrouturou dans Matin première ce lundi.

Le professeur d'économie de la Solvay Businnes School Eric De Keuleneer était votre interlocuteur pour en débattre dès 11h30.

"Les pertes ne sont pas (encore) à charge des contribuables européens"

"Ce n'est pas (encore) le contribuable européen qui prend en charge les pertes" des banques espagnoles a précisé le professeur d'économie en réponse à une question de Georch qui lui demandait où était passé l'argent perdu par ces institutions bancaires. "Les pertes des banques espagnoles résultent avant tout de pertes sur des promoteurs immobiliers. Quelques-uns se sont enrichis au passage, mais pour le reste il s'agit surtout de maisons et bureaux vides", a expliqué l'économiste.

A Paul, pour qui "c'est une honte absolue de gaspiller de l'argent public pour aider des banques privées", le professeur de la Solvay Business School précise que le problème est que "si les banques font faillite, les dépôts des citoyens sont perdus, et le système de paiement se grippe parce que la confiance disparait. La grosse anomalie est que les Etats ont jusqu'à présent sauvé les banques sans exiger de réforme en profondeur". Une réforme pour laquelle plaide d'ailleurs Eric De Keuleneer.

Les prises de position du collectif Roosevelt2012? "De bonnes propositions"

Interrogé par Fabrice quant à son sentiment par rapport aux propositions du collectif Roosevelt2012, notre invité se montre plutôt positif. "Ce sont globalement de bonnes propositions mais il faut aussi que l'Etat trouve ou retrouve les moyens d'assurer une bonne gestion publique pour des institutions publiques plus nombreuses. Ce serait un bon moyen de réduire le rôle des lobbys", juge cet expert.

C'est notamment en tant que membre de ce collectif que Pierre Larrouturou à appeler ce matin l'Europe à arrêter "les rustines" et à "éteindre les incendies" pour s'atteler à une véritable réforme qui puisse garantir à l'avenir de l'Europe.

Eric De Keuleneer est un peu plus nuancé, même s'il appelle lui aussi à des réformes structurelles et à plus de régulation. "C'est plus qu'un rustine mais pas beaucoup", juge-t-il à propos du plan d'aide européen à l'Espagne. "Il faudra une solution plus radicale pour solidifier le système bancaire", considère-t-il lui aussi. Et le professeur d'appeler à un "plus grand nombre de banques coopératives et de banques publiques" comme "partie de la solution". Il faut surtout une régulation qui fasse en sorte que "toutes les banques prennent moins de risques".

A la proposition d'un des participants au chat qui proposait d'en "revenir aux banques publiques" comme remède à la dérégulation, le professeur de l'ULB précise qu'il ne s'agirait pas de la panacée. "Cela peut être une partie de la réponse, mais il faut qu'elles soient bien gérées. Dexia était largement une banque publique...".

Julien Vlassenbroek

 

 

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