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Dépressions et suicides en Grèce: "une situation de guerre"

ECONOMIE | Mis à jour le lundi 4 juin 2012 à 11h25

  • "Je sens mes patients beaucoup plus tendus, plus stressés. Leurs revenus baissent. Les gens sont plus énervés dans les relations de voisinage, du quotidien. Ceux qui travaillent sont très angoissés et présentent de nombreuses tensions musculo-squelettiques", confie Dimitri, un ostéopathe athénien.

    "Avant, la moitié de mes patients venaient pour des traitements de bien-être et d'entretien. Maintenant beaucoup arrivent en crise aiguë. Ils ont le dos bloqué ou ne peuvent plus marcher". Pour lui, pas de doute: l'interminable crise de la dette, son cortège de mesures d'austérité et la récession qui s'aggrave laissent des empreintes profondes sur les corps.

    "Souvent ils ne comprennent pas pourquoi ils sont dans cet état et me disent qu'ils n'ont pas fait de faux mouvement ni porté de lourde charge", continue l'ostéopathe. "Puis dans la conversation, j'apprends qu'ils risquent de perdre leur travail, que leur fils a vu son salaire réduit de moitié et qu'il ne peut plus payer son loyer".

    Alors que le monde financier est suspendu aux mesures d'austérité, aux verdicts de la troïka et des agences de notation ou à la position des banques créancières, la crise de la dette et son lot de difficultés quotidiennes font des ravages dans la tête des Grecs. Une augmentation des dépressions et des suicides l'atteste.

    Forte augmentation des suicides

    Toute la Grèce a été bouleversée le 4 avril par la mort d'un retraité de 77 ans qui s'est tiré une balle dans la tête en pleine place Syntagma, théâtre de manifestations et de troubles depuis le début de la crise.

    "Je ne trouve pas d'autre solution pour en finir dignement avant de commencer à faire les poubelles pour me nourrir", avait écrit le malheureux dans sa lettre d'adieu.

    Malade du cancer et vivant seul, il accusait l'Etat de l'avoir privé de ressources par les coupes imposées aux pensions de retraites, et assimilait le gouvernement actuel à celui mis en place par les occupants nazis en 1941.

    Au premier semestre 2011, le nombre de suicides en Grèce a augmenté de 40% par rapport à la même période de 2010, selon le ministère de la Santé. Les journaux rapportent régulièrement les cas de désespérés mettant fin à leurs jours car incapables de s'en sortir financièrement.

    Des faits choquants dans un pays où l'Etat est certes défaillant et au bord de la faillite, mais où la solidarité familiale comble généralement la plupart des carences.

    Les chiffres doivent néanmoins être relativisés. La Grèce, à l'image des autres pays d'Europe du Sud, affiche un taux de suicide beaucoup plus bas que les pays du nord. En 2009, le taux de mort par suicide y était de 3 pour 100.000 habitants, moins du tiers de la moyenne européenne.

    Le pays semble par contre plus dépressif qu'ailleurs. Toujours selon le ministère de la Santé, un homme grec sur quatre et une femme sur trois sont déprimés. Dans le monde, la moyenne est d'environ un homme dépressif sur huit et une femme sur cinq.

    La ligne d'assistance pour les urgences-dépression fait état d'un bond du nombre d'appels liés à la crise. Ces appels représentaient 28,7% du total au premier semestre 2011, contre 14,3% un an plus tôt.

    La peur de l'avenir

    "Je ne dors plus", avoue Petros (son prénom a été changé), importateur et distributeur de mobilier qui possède plusieurs magasins à Athènes. Ces derniers mois, il a dû procéder, la mort dans l'âme, à des licenciements, du jamais vu dans son entreprise familiale.

    "Je vais aussi devoir réduire les salaires. Même nos clients traditionnels sont partis, et nous avons bien du mal à voir comment assurer demain", dit-il. Son inquiétude va au-delà de sa situation personnelle. "Je me demande comment vont faire les gens après l'été, lorsque l'abaissement des salaires va se généraliser dans les entreprises", lâche cet homme, le regard fixe et le visage creusé.

    "Situation de guerre"

    La crise ne fait pas que rendre les Grecs malades. Elle les empêche aussi de se soigner. Cure d'austérité oblige, le budget de la Santé publique a été amputé d'un quart depuis 2009. "C'est une situation de guerre", n'hésite pas à dire Yorgos Kalliabetsos, chef de la clinique de pathologie de l'hôpital de Volos, dans le centre du pays.

    Les salaires des médecins ont été rognés de 25%. Les gardes ne sont plus payées, les infirmières se font rares et les ruptures de stocks de matériel médical sont fréquentes. "Mon service doit souvent accueillir 45 patients avec 35 lits", se plaint le docteur Kalliabetsos.

    "Depuis les dernières réformes qui imposent aux non-assurés de payer pour l'accès aux soins, nous avons de plus en plus de patients qui s'inventent des urgences pour se faire examiner, faute d'argent pour s'offrir une réelle consultation", abonde Meropi Manteou, pneumologue à l'hôpital Sotiria, un des grands établissements d'Athènes.

    "On arrive encore à se débrouiller pour faire passer les plus démunis entre les mailles du filet, mais pour combien de temps encore?". Elle relève aussi une progression des maladies liées à la pauvreté, comme la tuberculose.

    Côté santé mentale, la situation est tout aussi catastrophique. Les restrictions budgétaires ont entraîné la fermeture de plusieurs structures psychiatriques. Le tiers des programmes d'aide aux toxicomanes ont été supprimés. Ce qui a conduit à un net développement des infections au virus du sida.

    Alexis, un journaliste de 46 ans, est suivi depuis 2006 par l'Okana, un organisme qui dépend du ministère de la Santé et qui offre aux toxicomanes des produits de substitution. Il a dû patienter quatre ans avant d'être pris en charge mais il s'estime chanceux. "La plupart de ceux qui demandent à intégrer ces programmes sont morts quand l'Okana finit par les appeler!", dit-il.

    La crise a aussi favorisé l'apparition d'une nouvelle "drogue des pauvres", peu coûteuse: la "sisa". Les effets de cet euphorisant à base de méta-amphétamines, dix fois moins cher que l'héroïne, sont terribles: peau noircie, plaies sur la tête et le corps, comportement ultraviolent...

    "Une consommatrice a même poignardé une de mes patientes", raconte le docteur Emilios Katsoulakos, psychiatre dans un dispensaire d'Athènes. "Contre ces drogues, on n'a pas de produit de substitution".

    AFP

    Derniers commentaires

    • de Olivier Levert Cet article est terrible. Retour de maladies graves, suicide par absence de perspectives, rupture des solidarités, désespoir social, égoïsme des super-riches, j'ai l'impression qu'on en revient au 19e siècle, à Dickens et Zola. Il ne manque plus que les guerres nationalistes et la boucle sera bouclée...Le cours actuel de l'Europe est totalement régressif au lieu d'être progressif pour les peuples et les gens. "Au nom du Pèse, du Fisc et du Saint-bénéfice" : c'est vrai. On a raté l'Europe sociale et on a permis en Europe des ruptures "néo-libérales" avec ce qui était le pacte social européen à l'issue de la 2e guerre. Nos politiques ont défailli totalement en s'agenouillant devant les banques en 2008. Aujourd'hui, c'est l'Espagne qui, après la Grèce, va entrer dans le tourbillon. Politiques, réveillez-vous, et empêchez cette régression !

      05-06-2012 11:28 | Répondre

    • de J-P G Pays du sud, où il fait bon vivre (dolce farniente) : Grèce, Italie, Espagne. Cela me rappelle la fable de la cigale et la fourmi.

      04-06-2012 23:19 | Répondre

    • de lopyarud L'Europe ne vit qu'avec une seule prière qui ce termine par: " Au nom du pèse, du fisc et du sacro-saint bénéfice" Amen

      04-06-2012 18:12 | Répondre

    • de paul07 il y a pousser les gens à prendre leurs responsabilités et de l'autre les pousser au suicide, ce que l'on fait là est cruel c'est comme mettre en belgique des gens sous le seuil de pauvreté sans penser un seul instant à leurs familles, à leurs enfants. on est devenu des monstres!!!! et vous savez ce que la nature fait aux monstres, elle finit par les éliminer!

      04-06-2012 16:20 | Répondre

    • de Llau Bienvenue dans le monde des Bisounours... Je pense que personne ne veut de ce monde, chacun tend au bonheur, à la liberté... La symbiose, cette synergie que tu décris (et je fais aussi référence à ton commentaire dans l'article de Thierry Bodson) est utopique ; la solidarité que tu mentionnes est merveilleuse dans ses principes mais non-applicable dans cette vie grouillante, fourmillante et écrasante quand l'occasion se présente. Struggle for Life est probablement le maître mot de notre époque... Bon trop à dire...je laisse tomber

      04-06-2012 19:27 | Répondre

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    • de Olivier Levert Cet article est terrible. Retour de maladies graves, suicide par absence de perspectives, rupture des solidarités, désespoir social, égoïsme des super-riches, j'ai l'impression qu'on en revient au 19e siècle, à Dickens et Zola. Il ne manque plus que les guerres nationalistes et la boucle sera bouclée...Le cours actuel de l'Europe est totalement régressif au lieu d'être progressif pour les peuples et les gens. "Au nom du Pèse, du Fisc et du Saint-bénéfice" : c'est vrai. On a raté l'Europe sociale et on a permis en Europe des ruptures "néo-libérales" avec ce qui était le pacte social européen à l'issue de la 2e guerre. Nos politiques ont défailli totalement en s'agenouillant devant les banques en 2008. Aujourd'hui, c'est l'Espagne qui, après la Grèce, va entrer dans le tourbillon. Politiques, réveillez-vous, et empêchez cette régression !

      05-06-2012 11:28 | Répondre

    • de J-P G Pays du sud, où il fait bon vivre (dolce farniente) : Grèce, Italie, Espagne. Cela me rappelle la fable de la cigale et la fourmi.

      04-06-2012 23:19 | Répondre

    • de lopyarud L'Europe ne vit qu'avec une seule prière qui ce termine par: " Au nom du pèse, du fisc et du sacro-saint bénéfice" Amen

      04-06-2012 18:12 | Répondre

    • de paul07 il y a pousser les gens à prendre leurs responsabilités et de l'autre les pousser au suicide, ce que l'on fait là est cruel c'est comme mettre en belgique des gens sous le seuil de pauvreté sans penser un seul instant à leurs familles, à leurs enfants. on est devenu des monstres!!!! et vous savez ce que la nature fait aux monstres, elle finit par les éliminer!

      04-06-2012 16:20 | Répondre

    • de Llau Bienvenue dans le monde des Bisounours... Je pense que personne ne veut de ce monde, chacun tend au bonheur, à la liberté... La symbiose, cette synergie que tu décris (et je fais aussi référence à ton commentaire dans l'article de Thierry Bodson) est utopique ; la solidarité que tu mentionnes est merveilleuse dans ses principes mais non-applicable dans cette vie grouillante, fourmillante et écrasante quand l'occasion se présente. Struggle for Life est probablement le maître mot de notre époque... Bon trop à dire...je laisse tomber

      04-06-2012 19:27 | Répondre

    • de Anonymous L'Europe d'autrefois devait empêcher les peuples de s'entretuer, c'était le but poursuivi par ses fondateurs. Mais l'Europe d'aujourd'hui, elle, elle tue les gens, elle les pousse au suicide, elle les plonge dans la criminalité en provoquant la misère partout où elle passe. Allez, c'est pas si grave que ça, les gens, on va juste mettre quelques drapeaux en berne, s'occuper des cafetières qui consomment trop, et puis on chantera du Beethoven pour se remonter le moral ... "O Freunde, nicht diese Töne ! Freude ! Freude ! FREUDE !"

      04-06-2012 13:35 | Répondre

    • de Neg8 Démonstration que l'argent a plus de valeur que l'humain. Voici l'état de notre société et de notre système en 2012. Espérons que ce 21 décembre soit la "fin d'un monde" et en l'occurence de ce système!

      04-06-2012 13:30 | Répondre

    • de Mike D'un côté, je suis d'avis que les Grecs ont vécu pendant des années au-dessus du niveau de vie auquel ils auraient pû aspirer en s'endettant de manière effroyable. Cela ne pouvait donc pas durer. D'un autre côté, on ne peut pas mettre toute un pays à genoux sur une si courte période. Il faut selon moi faire un pacte à moyen et long terme avec les Grecs. Il doivent sortir de l'ornière de l'endettement (et prendre les mesures budgétaires nécessaires), mais nous devons leur donner plus de temps que ce qui est demandé aujourd'hui. Le mal a été fait et on ne réparera pas la machine en quelques mois ou quelques années. Je suis certain que les créanciers de la Grêce devront "repasser à la caisse" d'une manière ou d'une autre, sous peine de voir un drame humain se dérouler sous nos yeux.

      04-06-2012 12:09 | Répondre

    • de Michel Pour dire que les grecs ont vécu au dessus du niveau de vie... Je pense que vous n'avez pas mis les pieds en grece durant au moins ses 20 dernières années ou alors comme touriste. Il y a, bien entendu, des quartiers riches mais il y a beaucoup de quartiers plus pauvres. La grande partie des habitants vivent à la limite du seuil de pauvreté ! Les anciens dirigeants vivaient bien... pas les gens. Les dirigeants Européens et les journalistes pro Europe, vous feront croire que l'Europe est pour les pauvres ou la classe moyenne... Sauf que partout en Europe il y a de moins en moins de travail et de plus en plus de ministres.

      04-06-2012 12:56 | Répondre

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