Les Belges sont les plus riches d'Europe: un constat à nuancer

Les Belges thésaurisent, et investissent
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Les Belges thésaurisent, et investissent - PHILIPPE HUGUEN - Belga
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Si l'on en croit les chiffres d'Eurostat pour l'année 2011, les Belges sont les plus riches des Européens avec un patrimoine financier moyen des ménages de 67 158 euros, soit un record. Population âgée et immobilier relativement peu onéreux expliquent ce chiffre. Mais un quart de la population reste dans une situation financière difficile.

Fin 2012, le patrimoine financier des ménages atteignait 981 milliards d'euros. Si l'on déduit les 210,9 milliards de dettes, la richesse financière "nette" des Belges s'élève encore à 770,2 milliards d'euros.

Cela ne concerne néanmoins que le patrimoine financier. La Banque nationale de Belgique a évalué la valeur du patrimoine immobilier des ménages belges à un peu plus de mille milliards d'euros.

"Le Belge est très bien loti par rapport à la moyenne européenne", commente Philippe Defeyt, économiste et président du CPAS de Namur (Ecolo). Les revenus financiers en Belgique représentent trois fois le montant des revenus disponibles. En comparaison, ce montant n’est que deux  fois supérieur aux revenus disponibles des ménages allemands.  

Cela s’explique entre autres par les actifs accumulés pendant longtemps par les générations précédentes, à un taux élevé, ajoute Philippe Defeyt. Et puisque le prix de l’immobilier était relativement faible, les Belges ont pu placer leur argent disponible, après avoir payé leur prêt hypothécaire, dans d’autres produits. "Récemment", ajoute–t-il, " les Belges ont pris conscience que (…) le taux de remplacement des salaire à la pension était relativement faible par rapport à d’autres pays ; et depuis une quinzaine d’années, ils investissent dans des fonds de pension".

Un chiffre comparable à celui des années avant la crise financière

Jean Hindriks, professeur d’économie à l’Université catholique de Louvain (UCL) n’est pas étonné par ces chiffres : "Cette tendance est connue depuis longtemps", commente-t-il. Le patrimoine (correction - Ndlr) financier net des Belges en 2006 s’élevait déjà à 737 milliards d’euros, soit à peine moins qu’en 2012 ; alors qu’en 2008, année où les effets de crise financière se sont faits ressentir, ils se montait à 650 milliards. "On a récupéré la baisse", observe-t-il.  "Le Belge épargne beaucoup ; et c’est une sorte de bouclier pour le financement de l’Etat".

Malgré tout, il ne s’agit pas de dire que tout le monde est concerné à la même hauteur par cette richesse. "L’âge moyen des Belges a augmenté", ajoute Jean Hindriks. "Ce sont notamment ceux qui sont les plus âgés, qui font partie de la génération qui a pu emprunter à des taux négatifs dans les années septante, qui ont eu un emploi à vie, et qui ont vu les crises de l’Etat financées par l’emprunt ", qui disposent en majorité de ces revenus.

Une richesse aidée par le patrimoine, et très mal répartie

Et, de fait, cette richesse est très inégalement répartie. Philippe Defeyt rappelle que les écarts de revenus du patrimoine sont beaucoup plus élevés que ceux des autres revenus. "Les 10% les mieux lotis détiennent à ce titre 50% du patrimoine", insiste Philippe Defeyt.  Et "un quart de la population est dans une situation financière difficile, ou est susceptible de tomber dans la précarité".

Jean Hindriks estime quant à lui que cette caractéristique financière "devrait interpeller les décideurs politiques quant à aller chercher l’argent là où il se trouve". Le succès de l'opération de bons d’État lancée par l'ancien premier ministre Yves Leterme est là pour plaider en ce sens, estime-t-il.

W. Fayoumi, avec Belga


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