Allemagne: les jobs mal payés pour les migrants?

Il n'est pas question de mettre en doute la position très claire d'Angela Merkel sur l'accueil des migrants, mais il faut reconnaître aussi que les besoins énormes de l'économie allemande lui facilitent la tâche.
Il n'est pas question de mettre en doute la position très claire d'Angela Merkel sur l'accueil des migrants, mais il faut reconnaître aussi que les besoins énormes de l'économie allemande lui facilitent la tâche. - © TOBIAS SCHWARZ - AFP

La hausse du coût du travail s'accélère en Allemagne. Au deuxième trimestre, elle a atteint 3,1 %, le pourcentage le plus élevé depuis plus de deux ans. Apparemment c'est une bonne nouvelle pour les pays voisins, mais il faut affiner l'analyse en tenant compte de l'arrivée massive des migrants.

Il faut tout d'abord comprendre exactement ce qui se passe chez nos voisins. Au début des années 2000, les lois Hartz ont profondément réformé le marché allemand du travail. Elles l'ont notamment dérégulé, durci les conditions de chômage et développé les emplois à bas salaires, les midi et mini jobs. Une cure d'austérité appliquée avec l'accord des syndicats qui a permis à l'Allemagne de restaurer sa compétitivité avant tout le monde. C'est ce que les voisins ont appelé la dévaluation compétitive.

Grèves et manifs

Ces mesures ont été très efficaces, c’est le moins qu’on puisse dire. La concurrence a senti passé le vent du boulet. Mais une telle austérité ne pouvait pas être durable. A un moment, les syndicats ont dit "ça suffit" comme l’explique Laurence Nayman, économiste au CEPII, le centre de recherche français sur l'économie internationale : " Depuis l’année dernière, l’Allemagne a eu des négociations salariales très serrées notamment dans le secteur des services. Le puissant syndicat allemand des services, Verdi, a organisé des manifestations et des grèves qui ont été de longue durée et assez violentes. Il a pu obtenir des augmentations de salaires assez conséquentes ce qui explique la hausse actuelles des coûts salariaux ".

Il y a un double effet: le relèvement des rémunérations brutes et des coûts non salariaux, comme par exemple la sécurité sociale et l'assurance-maladie. Avec comme conséquence que les produits made in Germany sont aujourd'hui plus chers ce qui fait l'affaire des pays concurrents.

Pas chers les migrants !

Voilà pour le principe s'il faut rappeler que la Belgique est un important fournisseur de l'Allemagne ce qui inverse un peu la perspective. Nous avons aussi intérêt à ce que l’économie allemande soit compétitive.

Mais en pratique, il y a une nouvelle donnée qui pourrait bien rendre caduque le raisonnement sur la compétitivité. La hausse des salaires est-elle vraiment une menace pour l'Allemagne? La réponse de Laurence Nayman : " Elle menacerait la compétitivité allemande s’il n’y avait pas cet afflux de gens qui fuient les guerres et les persécutions. Ces arrivées fournissent un bassin de main d’œuvre bon marché. Comme il s’agira de contrats individuels, les employeurs pourront payer ces travailleurs moins chers que les autres salariés ".

Sans réduire les mérites d'Angela Merkel dans son appel à la générosité vis-à-vis des migrants, on peut affirmer que leur arrivée est une vraie aubaine pour l'économie de la république fédérale. Les voisins européens, notamment la France, ne peuvent pas en dire autant, au-delà de toute réflexion sur l’obligation d’accueil.