Caterpillar: syndicats et ministres craignent un agenda caché

1 400 emplois vont disparaître chez Caterpillar
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1 400 emplois vont disparaître chez Caterpillar - © ERIC LALMAND - AFP
Rédaction RTBF

Les gouvernements fédéral et wallon et les syndicats veulent voir clair dans le plan industriel annoncé par la direction de Caterpillar à Gosselies. Les ministres apporteront leur soutien aux représentants des travailleurs afin qu'ils obtiennent les éclaircissements souhaités. A l'issue d'une réunion organisée à la résidence du Premier ministre, les uns et les autres n'ont pas caché leur inquiétude à l'égard d'un agenda caché de la direction qui préparerait la fin du site.

Le Premier ministre a reçu jeudi pendant deux heures les représentants des travailleurs de Caterpillar à Gosselies en compagnie de la ministre fédérale de l'Emploi, Monica De Coninck, et des vice-présidents du gouvernement wallon, Jean-Claude Marcourt, Jean-Marc Nollet et André Antoine.

"Comme eux, nous sommes dubitatifs sur ce plan industriel. Comment assurer la pérennité de Caterpillar à Gosselies avec une telle restructuration? " s'est demandé Jean-Claude Marcourt espérant voir dans ce plan autre chose que la "chronique d'une mort annoncée".

Les syndicats ont informé les ministres présents de la situation de l'entreprise et des travailleurs. Ils ne se bercent toutefois pas d'illusions sur la marge de manoeuvre du pouvoir politique dans ce genre de dossier.

"Aujourd'hui, M. Di Rupo a un maximum d'informations mais il ne faut pas être naïf: on connaît la limite du politique dans ce genre de situation", a soupiré Antonio Cocciolo, président de la FGTB Métal Hainaut-Namur.

Le 7 mars, aura lieu le premier conseil d'entreprise dans le cadre de la loi Renault. Les syndicats pourront poser leurs questions à la direction de l'entreprise.

"La direction nous dit qu'avec le plan, ils vont tenir la route pendant des années. Je n'en suis pas convaincu. Je suis syndicaliste, pas dirigeant d'entreprise, mais l'expérience que j'ai acquise me montre que ce plan ne tient pas la route", a ajouté Antonio Cocciolo.

Aux yeux des syndicats, le plan exposé jeudi matin paraît bien maigre. A les entendre, il paraît impossible de faire tourner encore l'entreprise avec une telle réduction de personnel.

"Nous avons reçu un plan très fin, qui tient en 24 pages. Nous pensons qu'il y a un agenda caché: vider l'entreprise pour qu'elle ne soit plus rentable", a souligné Etienne Habay, secrétaire permanent de la CGSLB.

"Nous craignons le pire pour après 2015", a renchéri, Jean-Marie Hoslet, secrétaire provincial de la CSC Métal.

Au-delà du seul dossier de Caterpillar, chacun a appelé à la définition d'une véritable politique industrielle européenne.

"Dossier par dossier, on voit des pans entiers de l'industrie qui disparaissent en Europe", a fait remarquer le responsable de la FGTB Métal.

Plus tôt dans la journée, les hommes politiques avaient tenu à affirmer leur soutien, notamment via Twitter. "Solidarité totale avec les travailleurs et preuve de la nécessité absolue d'une réindustrialisation de l'union européenne", écrit sur le réseau social le ministre président wallon, Rudy Demotte (PS).

Le ministre de l’Économie, Jean-Claude Marcourt (PS), annonce qu'il prendra contact avec les syndicats et la direction "pour examiner le fondement de la restructuration" et toute piste alternative. "Le cataclysme Caterpillar, une fois de plus, montre à quel point il est urgent et indispensable de repenser la politique industrielle au niveau européen", ajoute-t-il dans un tweet. "Il y a la sécheresse des chiffres et il y a, aussi et surtout, les drames humains qu'ils recouvrent", dit-il également.

Position partagée par le ministre wallon des Pouvoirs locaux, Paul Furlan (PS): "Il faut maintenant une réaction urgente l'Europe sinon ce sera le désert économique", dit-il, toujours sur Twitter.

Le Comité de développement stratégique de Charleroi, a été convoqué par Paul Magnette (PS), en sa qualité de bourgmestre de Charleroi, et Olivier Chastel (MR)- le ministre fédéral du Budget est parmi les membres du Comité. Ce dernier rassemblant syndicalistes, chefs d'entreprise et politiques, se réunira vendredi matin pour examiner les conséquence de l'annonce de la direction de Caterpillar.

André Antoine (cdH): "Je veux explorer toutes les pistes"

Interrogé sur les ondes de Bel RTL, André Antoine affirme qu'il rencontrera la direction et les syndicats pour faire le point sur la situation. Quant à une éventuelle aide publique si le plan de l'entreprise prévoit des prépensions, André Antoine consent qu'il "faudra en discuter, immanquablement, du fait même de la pyramide des âges des travailleurs" de Caterpillar mais "nous n'en sommes pas encore là".

"Moi, je veux explorer toutes les pistes. Caterpillar, c'est plus que les 850 emplois, c'est un grand symbole de l'économie de la région de Charleroi, de l'économie wallonne. C'est très important que nous puissions, avec la direction et le monde syndical qui a toujours été très responsable au sein de Caterpillar, dégager des pistes d'avenir", ajoute-t-il.

Il insiste sur l'importance d'accorder "une considération première pour les travailleurs", qui sont, selon lui, victimes également d'une dépréciation en Europe "parce que Caterpillar, à y bien regarder, c'est une chute des commandes pour notre continent."

Ecolo veut une réaction du gouvernement fédéral

La co-présidente d'Ecolo Emily Hoyos a plaidé pour un "sursaut du gouvernement fédéral et de l'Europe". "Cette décision est d'une grande violence pour les travailleurs touchés, directs et indirects, et leurs familles", réagit-elle. "Après Ford Genk, après Arcelor Mittal, et avec maintenant Caterpillar, ce sont des milliers de travailleurs qui doivent difficilement se dire que 'la crise, c'est pire ailleurs', comme d'aucuns tentent de leur faire croire."

Au delà du choc, Ecolo estime qu'il est "inadmissible de se résigner à une impuissance dans laquelle les remèdes périmés proposés par l'Europe et le gouvernement fédéral nous plonge". "Que va dire le Premier ministre à ces travailleurs? Va-t-il leur dire, droit dans les yeux, que ce qui les attend, c'est la dégressivité de leurs allocations de chômage s'ils ne retrouvent pas rapidement un emploi?" Le sursaut politique réclamé par Ecolo doit viser à empêcher "tout dumping fiscal, environnemental et social à l'intérieur de l'Europe".

Le président du PS Paul Magnette s'est insurgé contre le plan présenté.. Paul Magnette, qui s'exprime au nom de son parti, estime que la décision "unilatérale" de Caterpillar "démontre, une fois de plus, l'absolue nécessité de repenser la politique industrielle au niveau européen", pour préserver un véritable tissu industriel en Belgique et en Europe. "Le cas Caterpillar, après ArcelorMittal et Ford Genk, confirme une fois encore l'urgence d'établir des règles sociales et environnementales dans le commerce mondial pour protéger l'industrie européenne", insiste-t-il.

Pour un plan industriel européen

Paul Magnette, également bourgmestre de Charleroi, a contacté jeudi les syndicats et la direction de Caterpillar, ainsi que le Premier ministre Elio Di Rupo et le ministre wallon de l’Économie Jean-Claude Marcourt, "pour évaluer au plus près cette annonce catastrophique".

 

Union sacrée des politiques

"J'appelle à un front commun politique et à une pleine collaboration entre partenaires sociaux pour tenter d'apporter la réponse la plus efficace à celles et ceux qui viennent de perdre leur emploi et pour permettre aux dirigeants de Caterpillar de maintenir une activité avec des perspectives de croissance à Charleroi", réagit, pour sa part le président du MR dans un communiqué. 

Le MR insiste que l'emploi soit pas soumis à de nouvelles pressions fiscales, lors du contrôle budgétaire à venir, fait-il aussi savoir. Charles Michel (MR) insiste, comme son homologue du PS, pour que l'Europe se penche sérieusement sur l'élaboration d'un projet industriel européen.

"Cette dramatique nouvelle nous rappelle combien toute décision publique doit prendre en considération l'impact sur l'emploi. Le maintien et la création d'emplois sont et doivent rester la priorité absolue du Gouvernement fédéral", a, quant à lui, réagi Olivier Chastel (MR), ministre fédéral du budget.

le cdH de Charleroi s'émeut lui aussi. "Les travailleurs, dont beaucoup proviennent de la métropole wallonne, et leurs proches subiront de plein fouet les conséquences du plan industriel qui va se mettre en place. Les emplois indirects générés par l'activité de Caterpillar dans la région de Charleroi en subiront eux aussi les conséquences". Pour Véronique Salvi, Eric Goffart et Antoine Tanzilli, "Au-delà de la nécessaire intervention dans l'urgence, il est aujourd'hui plus que temps de penser à un modèle industriel adapté aux réalités actuelles".

"Nous sommes tous solidaires avec les travailleurs de Gosselies et des usines sous-traitantes", a réagit Germain Mugemangango, président du PTB-Charleroi "Cette annonce est d'autant plus choquante quand on voit la santé financière des actionnaires de Caterpillar que nous avons analysé avec le service d'études du PTB", ajoute-t-il dans un communiqué. "Après Ford-Genk, ArcelorMittal, NMLK-Duferco, à nouveau une multinationale décide de licencier massivement alors qu'elle a bénéficié de cadeaux fiscaux. Il est temps que le gouvernement arrête sa politique de chouchoutage des multinationales", dit-il également.

RTBF


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