Attentats: "Le citoyen n'a pas plus peur, mais il est sur ses gardes"

Le sociologue Andrea Rea (à droite).
Le sociologue Andrea Rea (à droite). - © HERWIG VERGULT - BELGA

Cinq questions à Andrea Rea. Sociologue à l'UBL, il dirige le GERM, le groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l'égalité. Au surplus, il dirige le centre "Migration, Asile, Multiculturalisme".

Le sentiment de peur est-il réel, est-il accru?

Je ne pense que les gens ont toujours plus peur, mais sans doute est-ce quelque chose qu'on a dans notre esprit en se rendant dans certains lieux qui sont associés à des attentats terroristes: l'aéroport de Bruxelles-National, le métro, des terrasses de café, accroissent au moins une petite hantise, ou une interrogation.

N'est-ce pas prendre une certaine conscience du danger, conscience qui pouvait nous échapper auparavant?

Ce type d'expérience est neuve...pour les plus jeunes en tout cas. Rappelons-nous le climat autour des attentats des CCC et des tueries du Brabant dans les années '80. Aujourd'hui, ce climat qui avait disparu de notre quotidien est revenu. L'individu est à nouveau préoccupé, sans en faire une obsession quotidienne. Mais fort probablement, nous pensons différemment.

Le regard vers les inconnus, le regard sur les autres auraient-il alors changé?

Là aussi, je pense que ce sont les expériences qui tendent à forger une idée de ce qu'est une menace. Probablement, lorsque l'on se retrouve dans une certaine situation, dans certains lieux, sommes-nous face à des personnes que l'on pense être potentiellement une menace, pas forcément terroriste, mais une menace pour la sécurité. Alors oui, ça va modifier le comportement, modifier sans doute aussi la manière d'être avec les autres et d'être plus sur ses gardes.

Se rapprocher les uns des autres, est-ce plus difficile aujourd'hui?

Je pense qu'il y a deux niveaux. Celui du discours et celui de la pratique au quotidien. Beaucoup plus qu'on ne le pense, le fait qu'il y ait des rencontres et des échanges dans des quartiers, dans des villes, même des villes moyennes en Wallonie, entre des personnes de cultures différentes, de religions différentes, permet de réduire la peur que l'on peut avoir. Ce qui ne veut pas dire que les attentats terroristes sont impossibles, qu'ils ne sont pas réalisables dans ces conditions-là, mais je pense tout de même que ça permet de vivre de façon plus apaisée, tout en tenant compte des appartenances religieuses, culturelles. Et je pense d'ailleurs qu'aujourd'hui, on peut davantage compter dans ces réactions, ces mouvements citoyens, mais aussi dans la convivialité entre voisins. Le pouvoir politique aurait tout intérêt à soutenir ce type d'initiatives, parce qu'elle permet de réduire l'idée de la menace, celle de la peur. Le discours politique et moral est très important puisque c'est lui qui soit accentue la peur en disant qu'il faut toujours avoir plus peur, qu'il faut fermer les frontières, qu'il ne faut plus accepter l'autre; ou alors, dire non, il faut dissocier les choses, là on vit avec des gens qui sont des citoyens d'appartenance différente et on peut trouver des solutions pour vivre ensemble en réduisant les menaces."

L'enquête noir-jaune-blues révèle pourtant un certain rejet...

Oui, une proportion des répondants exprimait la volonté de ne pas vivre avec ces personnes-là. D'une certaine manière,  ce que j'ai énoncé ne va pas aider à résoudre le problème. Je pense que c'est surtout pour aider à réduire l'anxiété, les peurs de personnes qui à un moment donné sont plus en retrait, alors qu'elles auraient fondamentalement plus confiance à un mode de vie ouvert.

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