Roland Gillet: "La Grèce a plus besoin de compétences que d'argent"

Un sommet européen se tient ce lundi à Bruxelles. Le but ? Eviter à la Grèce un défaut de paiement. Roland Gillet, professeur de Finances à la Solvay Business School et à la Sorbonne, a analysé la situation dans Matin Première.

Athènes doit obtenir le déboursement rapide de 7,2 milliards d'euros, pour pouvoir honorer le 30 juin un remboursement de 1,5 milliard d'euros au FMI.

La Grèce et la zone euro sont-elles au pied du mur ? "Pas encore", selon Roland Gillet. "Le pied du mur, c’est le 30 juin, avec l’échéance du FMI. Mais il va falloir trouver une solution. Aujourd’hui les politiques de premier plan prennent le devant de la scène. On espère que la solution viendra aujourd’hui parce qu’on les a tous déplacés pour un tout petit pays. Et plus on se rapproche du 30 juin, plus on sera dans des situations embarrassantes et les marchés financiers vont nous le faire payer…"

Si aucun accord n’est trouvé, Roland Gillet voit plusieurs risques. "Il faut voir ce que la Grèce fera. Elle n’est pas obligée de sortir de l’euro. Si elle le fait, il faut voir comment on va gérer. Plus ce sera désorganisé, plus ça lui sera pénalisant, donc elle n’a pas intérêt à faire n’importe quoi", estime-t-il. Et il note : "J’ai peur. Si la Grèce fait un défaut total, s’ils ont un déficit parce que les entreprises ne veulent plus travailler avec eux, ils se retrouveront sans personne pour les financer. Vous vous retrouverez avec un Etat qui ne sait plus payer les pensions. En les mettant dehors, on se retrouvera avec une situation encore plus grave…"

De la bonne gouvernance

Le professeur de Finances voit cependant une solution : "Ce qui coûte à la Grèce, ce sont les intérêts de sa dette : 7,4 milliards par rapport à 9600 milliards de PIB pour l’Europe. Ce n’est pas si catastrophique. C’est énorme d’un point de vue individuel, mais dans l’ensemble, est-ce qu’on ne peut pas trouver un accord ? Avec en échange de ce ‘cadeau’, un engagement de la Grèce à des réformes qu’ils n’arrivent pas à faire depuis plus de 2000 ans : avec des administrations qui lèvent l’impôt, des administrations de bonne gouvernance".

Mais n’est-ce pas là une sorte de mise sous tutelle de la Grèce, dont la population rejette déjà la troïka et ses mesures ? "Ce serait une mise sous tutelle sur des éléments pour lesquels ils voient eux-mêmes qu’ils ne s’en sortent pas. Encore aujourd’hui des Grecs sur place me disent qu’ils auraient plus besoin de compétences que d’argent". Et d’accuser la Grèce de persévérer dans ses erreurs. "Il faut être raisonnable. Les pensions représentent 19% du PIB en Grèce (en Belgique, c’est 12), donc visiblement il y a des pensions qui sont données trop vite et avec un montant trop élevé pour certaines personnes. Certains diront qu’ils veulent toucher à la petite pensionnée qui a 450 euros. Mais ce n’est pas vrai. Non, il faut réformer le système".

Roland Gillet exprime une autre peur : celle de la contamination à d’autres pays de la zone euro. "Il va y avoir d’autres membres de la zone euro, comme l’Espagne, l’Italie, qui ont fait de gros efforts sans renoncer à leur dette. Dans ces pays, il y a des partis populistes, comme Podemos, qui saisissent l’occasion pour critiquer les dirigeants".

Et d’accuser certains dirigeants grecs de ne pas être responsables : "Il y a quand même des gens qui m’inquiètent fort. Avec au premier plan Varoufakis. Il a dit des choses inqualifiables, notamment vis-à-vis de l’Allemagne. Quand vous mélangez des choses vraies (comme le passé nazi, la dette de guerre), mais qui ne sont pas le lieu de la discussion, alors que vous demandez quelque chose, je ne pense vraiment pas que ce soit bien joué".

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