"Il est possible et logique de remettre en cause la dette grecque"

Eric Toussaint"Il est possible et logique de remettre en cause la dette grecque"
Eric Toussaint"Il est possible et logique de remettre en cause la dette grecque" - © Flickr-Alex Griffioen

Le Parlement grec vient de mettre sur pied une commission qui sera composée de 15 représentants grecs et de 15 représentants étrangers. Officiellement, la présidente du Parlement grec qui a lancé cette commission explique qu'elle ne fait que respecter un texte européen. Un règlement européen de 2013 qui dit que tous les pays sous assistance financière, et donc la Grèce, doivent procéder à un examen approfondi de leurs finances publiques pour voir comment ils en sont arrivés à un tel montant de dette.

Officieusement, on sait aussi que les autorités grecques estiment qu'une partie de la dette grecque devrait être annulée, notamment parce que les premiers prêts en 2010 n'étaient pas autorisés par le traité. A l'époque, les Européens avaient un peu tordu le traité pour venir en aide à Athènes.

Le Belge Eric Toussaint est porte-parole du comité d'annulation de la dette du tiers monde. Il était à Athènes ce mardi car il a été choisi pour faire partie de cette commission sur la dette grecque. Selon lui, le caractère illégal de certains prêts à la Grèce remet en cause leur remboursement : "La réponse est nette et précise : si on est allé outre de ce qui était permis par le traité et par la constitution grecque, il est parfaitement possible et logique de remettre en cause la validité des dettes réclamées à la Grèce".

Mais on l'a fait à l'époque parce que le pays était au bord de la faillite, c'était une solution d'urgence. Mais pour Eric Toussaint, ces prêts sont retournés très vite dans les poches des banques créancières de la Grèce : "L'argument qui a été donné, c'est qu'il fallait payer les retraités grecques et verser les salaires des fonctionnaires. Mais on sait malheureusement très bien que ces prêts sont repartis très rapidement vers les banques créancières, les grandes banques privées. Cela a été mis en évidence, par exemple, par le directeur exécutif brésilien au FMI qui vient de réitérer des déclarations très fortes ou les directeurs exécutifs du FMI, toute une série d'entre eux, ont dit : 'On est en train de sauver les banques françaises et allemandes, mais pas du tout de sauver la Grèce. Et sans une restructuration de la dette grecque, c'est à dire une réduction, le prêt qu'on octroie à la Grèce n'est absolument pas viable'".

La Grèce ne fait qu'appliquer une réglementation européenne

Politiquement, le rapport de cette commission grecque sur la dette risque de mettre de l'huile sur le feu vis-à-vis des partenaires de la Grèce dans la zone euro. Selon Eric Toussaint, ce serait un comble qu'un texte européen contraignant suscite le désaccord des autres membres de la zone euro : "Il y a un règlement extrêmement contraignant adopté par l'Union européenne en mai 2013 qui impose à un pays soumis à un accord du type de celui auquel la Grèce a souscrit, qui leur impose de réaliser un audit de cette dette. La présidente du Parlement grec ne fait qu'appliquer le point 9 de l'article 7 du règlement 472 adopté par le Parlement européen et la Commission européenne. Ce serait quand même grave de considérer que l'application de ce règlement, qui est contraignant de la part de l'Union européenne, est en train de créer une atmosphère ne permettant pas une solution".

Eric Toussaint encourage d'ailleurs les autres pays qui connaissent, ou ont connu, la même situation que la Grèce - comme l'Irlande, le Portugal et Chypre -, à mettre en place une telle commission d'audit de la dette, et aussi les pays prêteurs : "Je pense que c'est un exercice démocratique fondamental très important dans un contexte où les pays de la zone euro souffrent d'un déficit démocratique de fait qui provoque d'ailleurs une désaffection importante ou des votes en faveur de partis protestataires. Tout le monde peut le constater. Comment faire fonctionner cette démocratie qui est mise à mal si ce n'est, notamment, en procédant à des audits. Ce n'est qu'un élément mais un élément fort important. On pourrait d'ailleurs parfaitement imaginer que les parlements des pays qui ont prêté à la Grèce procèdent aussi à un audit sur les conditions dans lesquelles on les a amenés à prêter à la Grèce, pour voir s'il est vrai que les contribuables de tel ou tel pays ont prêté aux contribuables grecs ou si c'est un peu plus compliqué que cela".

RTBF