"Les efforts demandés à la Grèce anéantissent sa population et son économie"

Alexis Tsipras est au pouvoir depuis un an en Grèce
Alexis Tsipras est au pouvoir depuis un an en Grèce - © JOHN THYS - AFP

Il y a tout juste un an, Alexis Tsipras arrivait au pouvoir en Grèce. Une année 2015 agitée marquée par deux élections, un référendum et des menaces d’expulsion de la zone euro. Aujourd’hui, la Grèce est à nouveau menacée dans le cadre de la crise des réfugiés. Le pays pourrait être suspendu ou exclu de l’espace Schengen parce qu’il ne contrôle pas suffisamment sa frontière maritime avec la Turquie.

L’équipe de La Semaine de l’Europe, le magazine de l’actualité européenne sur La Première a fait le bilan avec la politologue grecque Filippa Chatzistavrou. D’emblée, elle reconnaît que la situation est difficile. "Le gouvernement grec doit gérer en même temps, la crise économique qui touche le pays et maintenant une nouvelle crise qui concerne sa sécurité." Mais elle considère qu’on fait un mauvais procès à la Grèce. "Il y a un malentendu parce qu’on confond les obligations d’un état-membre de l’espace Schengen dont l’obligation de contrôler ses frontières avec la difficulté de contrôler le nombre de réfugiés qui passent par les frontières d’un pays, on confond ainsi la politique d’asile en Europe et la politique de contrôle des frontières externes de l’Union Européenne". "Pour Filippa Chatzistavrou, cette confusion est volontaire : "c’est une stratégie politique menée par pas mal de pays de l’Union Européenne, c’est une méthode de confinement qu’on avait déjà utilisé l’été pendant la crise sur le maintien ou non de la Grèce de la zone euro".

Depuis, la Grèce a obtenu un troisième plan d’aide moyennant de nouvelles mesures d’austérité et de nouvelles réformes socio-économiques. "Les Grecs sont anéantis, sans espoir pour l’avenir" assure Filippa Chatzistavrou. "La prochaine réforme des retraites, actuellement en discussion, devrait réduire de 30% encore les pensions des Grecs. Et ce n’est pas fini. A cause du déficit budgétaire, d’autres mesures vont toucher les pensions puisque la politique fiscale est déjà lourde pour les Grecs."

"La situation sur place n’est pas encore sous contrôle"

L’invité de Le Semaine de l’Europe, Roland Gillet, professeur de finances à la Sorbonne et la Solvay Brussels School de l’ULB s’interroge sur le 3e plan d’aide que les Européens ont accordé à la Grèce. "En fait, on a reporté le problème de 3 ans pour autant qu’à chaque fois, l’ultimatum qui a été fixé et les règles qui ont été fixées soient respectées par les Grecs. Mais pour le moment, les efforts demandés deviennent presqu’un anéantissement de la population et du secteur économique. Au niveau social, le pays ne tient que parce que les Grecs pensent qu’on arrivera au bout des réformes. Or on voit que pour les pensions, c’est la 11e fois qu’on y touche, et je pense qu’il y en aura une 12e voire une 13e. La situation sur place n’est pas encore sous contrôle".

Face à cette crise qui se prolonge, Roland Gillet estime qu’il faudrait vraiment aider les Grecs. "Le plus important, ce sont les intérêts de la dette. Ces intérêts ont déjà été revus drastiquement à la baisse. Mais il faudrait encore les baisser voire les supprimer. Il faudrait aussi que, moyennant des contraintes financières, de l’argent vienne de la Commission Européenne pour les aider réellement".

De manière plus générale, la gestion de la crise grecque a-t-elle nui à la crédibilité de la zone euro ? Ne faudrait-il améliorer sa gouvernance ? Pour Roland Gillet, "il est difficile de transférer de la souveraineté en Europe". Mais une meilleure gouvernance est essentielle. "Je ne suis pas politologue, rappelle le professeur de finances, mais j’ai toujours dit qu’il devrait y avoir, à un moment donné et de façon beaucoup plus direct, un président de la zone euro qui soit élu démocratiquement par l’ensemble et là vous y auriez un gouvernement en-dessous qui prendrait des mesures."

Retrouvez l'interview complète de Roland Gillet dans La Semaine de l'Europe

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