Réfugiés: la Turquie veut 3 milliards d'euros supplémentaires, l'UE incapable de s'accorder

Face aux demandes de la Turquie, les dirigeants des pays de l'Union européenne éprouveraient les plus grandes difficultés à s'accorder. Ils risquent de devoir travailler à un compromis sur le plan turc de résolution de la crise migratoire dans les prochains jours.

Pourtant, des progrès sont enregistrés selon le directeur de Cabinet du président de la Commission Jean-Claude Juncker. Il y a donc toujours un espoir de voir les négociations accoucher d'un accord durant la nuit. 

Exigences turcs

Il faut dire que les exigences turques n'aident pas les 28 à trouver un terrain d'entente.

La Turquie souhaite que l'Union européenne lui verse trois milliards d'euros supplémentaires d'ici à 2018, est-il ressorti du premier tour de table lundi après-midi entre les chefs d'Etat et de gouvernement des 28 Etats membres de l'UE et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu.

"Trois milliards d'euros sont en discussion", a déclaré le président du Parlement européen, Martin Schulz. Ces trois milliards d'euros, à débloquer d'ici 2018, s'ajouteraient aux trois milliards déjà promis fin novembre, en échange de l'engagement, par la Turquie, de retenir au maximum les candidats à l'asile qui entreprennent le voyage vers l'Europe.

La Turquie a également proposé de reprendre sur son sol des personnes que l'UE lui renverrait, si l'Europe s'engage parallèlement à accueillir le même nombre de réfugiés syriens provenant directement de Turquie, selon un principe de "un pour un".

On ignore cependant encore si l'opération de retour vers la Turquie concernerait toutes les personnes arrivées en Grèce ou uniquement les migrants "irréguliers". Se posent aussi des questions de légalité du mécanisme et de logistique.

La Turquie a également demandé une accélération de la libéralisation des visas pour ses ressortissants souhaitant voyager en Europe, mais cette libéralisation ne se fera que quand l'accord de réadmission sera complètement appliqué, a indiqué une source européenne.

"Spéculation" sur la fermeture de la route des Blakans

La porte-parole de la chancelière allemande, Angela Merkel, a qualifié lundi de "spéculation" l'annonce d'une fermeture de la route migratoire des Balkans dans un projet de déclaration finale du sommet extraordinaire de l'Union européenne en cours à Bruxelles.

"J'ai pris connaissance de ces informations, qu'on spécule sur une fermeture de la route des Balkans. Mais je veux dire qu'à l'heure actuelle il s'agit de spéculations. Les négociations, les discussions sont en cours et il faut attendre", a déclaré la porte-parole d'Angela Merkel, Christiane Wirtz, lors d'un point presse régulier à Berlin. Elle a jugé qu'il faudra attendre la fin du sommet et écouter la chancelière pour savoir "si elle a signé ou pas signé quelque chose".

La porte-parole était interrogée sur un projet de déclaration finale du sommet qui exprimerait la volonté de fermer cette route empruntée par des centaines de milliers de migrants depuis la Turquie jusque dans le nord de l'Europe. "Le flux des migrants irréguliers le long des Balkans occidentaux arrive à son terme. Cette route est désormais fermée", est-il écrit dans ce texte.

Angela Merkel isolée

Selon les quotidiens allemands Süddeutsche Zeitung et Bild, citant des sources diplomatiques à Bruxelles, Angela Merkel et le président de la Commission européenne ,Jean-Claude Juncker, sont tous les deux opposés à la formulation du projet de communiqué sur une fermeture de la route des Balkans.

Les pays des Balkans ont largement fermé leurs frontières aux migrants, si bien que des dizaines de milliers d'entre eux sont coincés en Grèce après avoir traversés la mer Égée en provenance de Turquie. L'Allemagne, isolée en Europe, plaide pour une répartition équitable des réfugiés à une meilleure protection des frontières extérieures de l'UE et une lutte accrue contre les passeurs tout en s'opposant à des mesures nationales pour limiter le flot migratoire.

La chancelière allemande est de plus en plus critiquée dans son pays pour sa politique d'accueil des réfugiés, alors que 1,1 million de demandeurs d'asile ont été enregistrés en 2015.

Accord UE-Turquie afin de (re)canaliser les flux migratoires

Les chefs d’État et de gouvernement des 28 États membres de l'Union européenne ont rencontré ce lundi le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu pour tenter de trouver des solutions au flux continu de réfugiés qui traversent la mer Egée depuis la Turquie pour rejoindre l'Europe. Les dirigeants européens poursuivront ensuite la réunion entre eux et discuteront du sort de l'Espace Schengen, rudement éprouvé par les mesures prises unilatéralement par certains pays qui veulent limiter le nombre de demandeurs d'asile passant par chez eux.

L'accord, pré-négocié ce dimanche soir, consisterait à renvoyer les réfugiés syriens repêchés en mer d’Egée par l’Otan vers la Turquie. En outre, les réfugiés arrivés illégalement en Grèce feraient également l'objet d'une expulsion vers la Turquie en attendant d'être réacheminés vers l'Union européenne mais de manière régulière et légale. La finalité de cet accord serait d'envoyer un signal fort aux futurs candidats réfugiés afin qu'ils favorisent la voie organisée et légale.  

Trois milliards pour accueillir les réfugiés

L'Union européenne et la Turquie se sont déjà mis d'accord sur un plan d'action, fin novembre 2015, pour que les réfugiés syriens, qui fuient en masse leur pays en guerre, restent en Turquie, en échange d'une aide financière européenne de trois milliards d'euros. Cette aide doit aider la Turquie à scolariser les enfants, à ouvrir son marché du travail aux réfugiés et à surveiller ses frontières communes avec l'Europe. Désormais, la Turquie demanderait 3 milliards supplémentaires pour assurer cet accueil.

Mais les effets de l'accord tardent à se faire sentir, et l'hiver n'a ralenti qu'à la marge les arrivées de réfugiés sur les plages grecques.

La Grèce, longtemps dépassée par ces arrivées massives, a souvent laissé partir les réfugiés vers le nord (Suède, Danemark, Allemagne, Autriche, Belgique), en passant par la route des Balkans.

Schengen en question

Mais les pays de transit, et certains pays de destination, ont commencé à rétablir des contrôles à leurs frontières, menaçant le principe même de l'Espace Schengen, la libre circulation. La Commission européenne a présenté vendredi une feuille de route destinée à sauver l'Espace Schengen et à supprimer tous les contrôles aux frontières internes de l'Union d'ici à la fin de l'année. Cette feuille de route sera discutée ce lundi.

Gérer les tensions intracommunautaires

Aucun "mini-sommet" n'était prévu ce lundi matin, contrairement à l'habitude qui s'était installée récemment. Avant le sommet UE-Turquie du 29 novembre, les pays les plus concernés par la crise migratoire, de la Grèce à la Suède en passant par l'Allemagne et la Belgique, s'étaient réunis avec le Premier ministre turc pour défricher le terrain. Le même format s'était réuni avant le sommet de décembre. La réunion prévue avant le sommet de février avait par contre été annulée au dernier moment, Ahmet Davutoglu étant retenu à Ankara qui venait d'être victime d'un attentat.

Depuis, les relations entre la Grèce et l'Autriche se sont fortement tendues, après que l'Autriche a accueilli une réunion officieuse avec plusieurs pays des Balkans, sans inviter la Grèce, pour décider de fermer la frontière entre la Macédoine et la Grèce, bloquant de facto les réfugiés côté grec.

La Turquie doit reprendre tous les réfugiés non-syriens

L'UE attend de la Turquie qu'elle reprenne "tous les réfugiés non syriens"et fasse tout pour stopper le départ de migrants syriens depuis ses côtes, a martelé lundi le Premier ministre néerlandais Mark Rutte en arrivant à un sommet censé donner un coup de fouet à leur coopération dans la crise migratoire.

"Mais cela ne suffit pas, finalement on veut également avoir un zéro en vue pour le flot de réfugiés syriens (quittant les côtes turques, ndlr), on va voir quelles mesures peuvent être prises", a ajouté le Premier ministre néerlandais, dont le pays assure le présidence tournante de l'Union européenne.

En même temps, Mark Rutte s'est dit "moyennement optimiste" lorsqu'il a été interrogé sur les "concessions" que la Turquie pourrait faire à l'UE. Celle-ci a désespérément besoin de sa coopération pour réduire les arrivées de migrants sur les côtes grecques qui risquent de reprendre de plus belle lorsque la météo s'améliorera au printemps.

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