Réfugiés en route vers l'Europe, la course contre la montre

À la frontière entre la Croatie et la Slovénie.
À la frontière entre la Croatie et la Slovénie. - © W. Vandervorst - RTBF

Les quelques jours nécessaires à la mise en œuvre du compromis de Bruxelles pourraient être ceux d'une "ruée vers les îles grecques" disent des responsables turcs, qui ont multiplié le déploiement des forces de l'ordre le long des côtes face aux îles grecques.

Ces Turcs s'attendent à une course désespérée des candidats à la venue en Europe. Des hommes, des femmes et des enfants  fuyant les zones de guerre et qui ont appris par les informateurs que cette fois les frontières de l'Union européenne allaient devenir infranchissables. Ce mercredi, des garde-frontières turcs ont arrêté sur les plages des dizaines de candidats au départ qui attendaient des rafiots pour traverser la mer Égée. Ils ont été conduits dans des camps ouverts en Turquie en attendant d'être fixés sur leur sort.

Des milliers d'autres, déjà arrivés en Grèce, attendent que s'ouvrent les frontières vers le nord-ouest de l'Europe. Une attente désespérée, tandis que les frontières - doublées de fils barbelés - ne laissent plus passer que les seules familles prêtes à s'installer dans les pays qui les accueillent. Plus question donc d'accepter des migrants en transit !

Plutôt qu'une crise de l'asile, nous sommes face à une crise profonde de l'Union européenne

Andréa Réa est professeur de sociologie à l'Université libre de Bruxelles. Il observe les flux migratoires, notamment depuis le début de  cette crise. Et constate que les déplacements de population se sont adaptés aux décisions des pays qu'ils trouvaient sur leur route.

Si une porte se fermait, ils allaient chercher la suivante. Et, de ce constat, il tire deux enseignements: "Le premier est que toute politique prohibitionniste de blocage total ne conduit pas à inhiber complètement le comportement de la migration. Toute politique de fermeture aussi sévère soit elle conduit à désorganiser la manière dont les choses se passent  et va fort probablement conduire certains réfugiés et demandeurs d'asile à emprunter d'autres routes. Par le passé je voudrais rappeler qu'ils empruntaient le détroit de Gibraltar qui a été à un moment donné fermé, puis ils ont emprunté les Canaries et cela a été fermé, puis il y a eu Lampedusa où beaucoup arrivent encore, et puis maintenant il y a la route des Balkans."

"Et on a aussi vu l'an dernier des personnes qui arrivaient par le nord, par la Finlande. Je dirais que la politique de fermeture ne va pas interdire d'emprunter d'autres voies et qui vont avoir sans doute un désavantage important, c'est que cela va être beaucoup plus risqué pour ceux qui vont l'entreprendre. Ce ne sont pas des voies sûres pour ceux qui vont les emprunter notamment vers la Bulgarie, la Roumanie et vers la Russie, par exemple."

Déplacer les problèmes

Pour Andréa Réa ces derniers pays cités pourraient donc être les nouvelles routes pour arriver en Europe. Pour lui, la gestion du dossier ne fait que déplacer les problèmes sans les résoudre. "Plutôt qu'une crise de l'asile, nous sommes face à une crise profonde de l'Union européenne, de ses valeurs, et de l'idée de solidarité et d'humanité. C'est l'ensemble des valeurs européennes qui est en jeu." Et le sociologue de dire aussi que d'une part les moyens alloués à l'ouverture de camps humanitaires sont insuffisants, et de l'autre que cette gestion va conduire à une accumulation des tensions qui auront pour effet de rendre la situation des migrants plus précaire encore.

Malgré le manque d'initiative des gouvernements et du monde politique qui développent des approches populistes et de défense des intérêts nationaux affirmés, Andréa Réa ne veut pourtant pas perdre espoir, en constatant le soutien de citoyens beaucoup plus mobilisés que dans les crises humanitaires antérieures, et qui souhaitent parfois suppléer à l'imprévoyance et à l'inexistence de politiques défendues par nos gouvernements.

Et il conclut: "Je pense que les Pères fondateurs de l'Union européenne ne devraient pas se retrouver dans ce qui est en train de devenir les décisions politiques des Conseils européens et qui sont chaque fois l'expression d'un non-accord entre partenaires. Ce qui est indigne des valeurs européennes, ne fut-ce que sur l'aide humanitaire dans une situation excessivement dramatique."

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