Manuel Valls et Charles Michel "déterminés à faire face" au terrorisme

La conférence de presse commune de Manuel Valls et de Charles Michel
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La conférence de presse commune de Manuel Valls et de Charles Michel - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

La conférence de presse a du retard.  Deux pupitres, un drapeau français, un drapeau belge, et au milieu, ce drapeau européen censé symboliser tant de coopération.

A gauche, dans l’axe caméra, le Premier ministre français Manuel Valls. A droite, le belge Charles Michel. Sous les armoiries de Val Duchesse, un parterre de journalistes belges et internationaux attendent. 

Descente d'escaliers : Charles Michel devant, Manuel Valls, un pas derrière. Le Premier ministre belge entame son discours: "C’est un moment important dans les relations entre la France et la Belgique. Nous sommes côte à cote et déterminés à faire face pour lutter contre le fanatisme, contre le terrorisme".

Charles Michel insiste sur la composition exceptionnelle des délégations dans cette rencontre:  Ministère de l'intérieur et et de la justice des deux pays, services de sécurité respectifs, départements de la justice, parquet, renseignements civils et militaires, département de l'intérieur, et police. 

Le Premier ministre belge poursuit: "Nous avons eu l’occasion d’aborder différents sujetsEn France et en Belgique, la coopération est extrêmement intense et suivie. On utilise des équipes conjointes, et on veut le systématiser." 

Echanges de données

Les deux pays ont convenu de renforcer leur coopération bilatérale et sur le plan européen, en matière d'échange de données, et de signalements sur l'espace Schengen. Ils souhaitent favoriser la biométrie car la technique de faux documents d'identité est répandue. Manuel Valls dira ensuite: "Schengen ne peut pas être qu'un espace de circulation. Il doit être un espace de sécurité." Le Premier ministre français souhaite renforcer les contrôles aux frontières. 

Charles Michel évoque aussi le fait de faire progresser le PNR (programme d'échange de données de voyageurs) belge et européen ensemble, devant les instances européennes. 

"La question est où et quand?" 

Manuel Valls adopte un ton grave: "Nous avons été frappés par une manière que nous redoutions. La menace est à un niveau sans précédent. Les commanditaires de l’état islamique vont continuer. Et la question est de savoir où et quand ?"

Pour appuyer ses dires, le Premier ministre français cite des chiffres qui concernent la France:  739 personnes veulent partir combattre, 241 personnes sont parties en Syrie, 154 ont été tués sur place, 12 projets d'attentats ont été stoppés. 

Un peu plus tard, il insiste: "Nous faisons face à un ennemi extérieur et intérieur. En proie à la radicalisation dans les banlieues, nous n'avons pas de leçons à donner. Des individus préparent des opérations depuis l’étranger, on ne peut en aucun cas pointer un pays". A ceux qui penseraient que la France critique la Belgique, il répond par anticipation: "Le Premier belge l'a répété: nous travaillons ensemble. Je salue la réponse du gouvernement belge." 

"En guerre"

Manuel Valls poursuit: "Nous faisons face à la même menace. La Belgique et la France sont ciblées par Daesh. Mais il y en a d’autres, comme Al Qaeda. Les turbulences en Libye, en Syrie, au Levant sont durables. Nous sommes en guerre, pas une guerre conventionnelle comme celle que nous avons connue, mais nous sommes en guerre contre le terrorisme."

Déradicalisation

La France et la Belgique veulent aussi renforcer leur lutte contre la radicalisation et confronter leurs pratiques. Manuel Valls évoque "un ennemi extérieur et un ennemi intérieur". "Je l’avais déjà dit en automne 2012. Nous savons que dans nos quartier en France et en Belgique, nous faisons face à des mouvements de radicalisation. Il y a une interdiction de se faire la leçon à qui que ce soit. Ici, ce sont des attentats organisés. Un acte de guerre. Des individus qui passent par plusieurs pays européens. Des individus belges, français ou autre. il ne faut pas pointer tel ou tel pays pour ses responsabilités. Il faut travailler ensemble en coopération."

Renforcer les échanges d'informations

Pour le Premier ministre français, en symbiose avec Charles Michel, il faut également renforcer les échanges d'informations avec l'Allemagne, les Pays-Bas, et la Grande-Bretagne. Le plus important, ce sont les contrôles aux frontières. Et la collaboration entre services pour être le plus efficace. "Nous sommes des démocraties qui peuvent être fragiles. Mais ce sont aussi nos forces", conclut Manuel Valls.

La journée médiatique a commencé tôt

Côté belge, il s'agit de démentir les accusations de laxisme. En Une du quotidien Le Monde, Charles Michel, se défend : "Je veux d’abord tordre le cou aux exagérations, aux caricatures, aux raccourcis, aux dérapages auxquels nous avons assisté. Mais je suis lucide : la Belgique et Bruxelles connaissent-elles des difficultés liées à la montée en puissance du fanatisme ? Oui. Mais pas plus que les banlieues françaises ou d’autres pays. Nous avons pris une douzaine de mesures structurelles après le démantèlement d’une cellule à Verviers en 2014, et nous avons pris à bras-le-corps le problème de Molenbeek, étendu la durée de la garde à vue, facilité les écoutes, élargi les possibilités de perquisitions, etc. Mais nous sommes confrontés à un terrorisme qui a tiré les leçons de ses échecs antérieurs."

Ce lundi matin, sur Europe 1, Charles Michel défendait déjà l'action de la Belgique dans la lutte contre le terrorisme. Le Premier ministre belge a rappelé qu'il y a un an le bon fonctionnement des services de sécurité avait permis de déjouer une tentative d'attentat à Verviers. "Nous ne sommes pas devenus des incapables, des incompétents depuis. Mais le risque zéro n’existe pas."