Une marche blanche historique

La marche blanche du 20 octobre 1996
La marche blanche du 20 octobre 1996 - © RTBF

Un des points d'orgue de l'affaire Dutroux, qui a éclaté en août 1996, est le rassemblement, le 20 octobre 1996 dans les rues de Bruxelles, de plus de 300.000 personnes à l'occasion de la Marche blanche.

Organisée sous la forme d'un rassemblement calme et silencieux, dont la couleur prédominante était le blanc, la Marche blanche a réuni les Belges du nord, du sud du pays, et de Bruxelles, qui avaient dépassé les clivages communautaires pour rejoindre la cause des parents des victimes de Marc Dutroux et de ses comparses.

"Il s'agit de la plus grande mobilisation de l'après-guerre en Belgique, qui a réuni plus de 3% de la population belge, ce qui n'est pas rien. C'était un événement unique qu'on ne peut comprendre que si on le situe dans le contexte de l'époque", a commenté à BELGA Laurie Boussaguet, professeur de sciences politiques à l'Université de Rouen et auteur du livre "La marche blanche: des parents face à l'Etat belge".

La population souffrait effectivement à l'époque d'une crise de confiance envers les institutions, tant policières que judiciaires et politiques. "A cela s'ajoute une période d'effervescence sociale. La Marche blanche a effectivement fait suite à une semaine de mobilisations sociales de différents types. Tout cela a créé un climat favorable à une mobilisation de grande ampleur", a remarqué Mme Boussaguet.

Le mouvement a cependant échappé rapidement aux victimes et aux parents de celles-ci. "Il y a eu une forme de récupération dès le premier soir par le Premier ministre. Lorsque M. Dehaene a reçu les parents et leur a fait des promesses, la marche leur a échappé. La Marche blanche reste donc un grand rassemblement exceptionnel mais dont les effets sont difficiles à mesurer", a encore souligné l'auteur.

Jean-Luc Dehaene avait notamment annoncé que des sanctions disciplinaires seraient prises à l'encontre des personnes ayant commis des fautes. Il avait aussi déclaré que le système judiciaire serait modifié et que les nominations de magistrats seraient dépolitisées. Il avait également annoncé la mise en place d'un centre pour enfants disparus.

De grandes réformes ont effectivement eu lieu mais elles ont plutôt été mises en route dans la foulée de l'évasion de Marc Dutroux.

Depuis, les marches blanches se sont généralisées

Ce phénomène de Marche blanche fait cependant actuellement presque partie du quotidien. Des actions similaires sont organisées partout, tant en Belgique qu'à l'étranger, à la suite de faits divers touchant la population. Plus aucune n'a cependant réuni autant de monde que celle d'octobre 1996. "Il s'agissait d'un contexte particulier, d'une configuration quasi-exceptionnelle. Cela ne veut toutefois pas dire que de tels mouvements sont inenvisageables à l'avenir. Le contexte de défiance vis-à-vis du monde politique qui caractérisait la fin des années 90 en Belgique ne semble pas avoir fondamentalement changé aujourd'hui", a conclu Laurie Boussaguet.

La Marche blanche restera en tout cas gravée dans les esprits des participants. "Je n'oublierai jamais ce jour. Je me souviens encore que les colombes sont restées au-dessus de nos têtes tout au long de l'événement jusqu'au démontage de la scène. Pour moi, ça a changé quelque chose dans ma vie", se souvient Morgane, alors âgée de 10 ans, qui avait envoyé une colombe vers le ciel.


Belga

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