Jason Bourne, l’héritage
Entre 2002 et 2007, la saga des aventures de Jason Bourne, l’espion amnésique à la recherche de son passé, a tenu en haleine des millions de spectateur de par le monde. Trois ingrédients expliquaient ce formidable succès : primo, un excellent roman de Robert Ludlum, "La mémoire dans la peau" ( qui a inspiré Jean Van Hamme pour sa BD "XIII" ), secundo, le charisme de Matt Damon et tertio, la réalisation virtuose de Paul Greengrass.
Pour les producteurs de la "franchise" (terme hollywoodien qui désigne une série vendue comme une marque, façon James Bond), il fallait ensuite résoudre la quadrature du cercle : comment continuer sans Ludlum (décédé en 2001) et sans Matt Damon et Paul Greengrass, partis vers d’autres aventures ? Tony Gilroy, le scénariste de la trilogie, a eu une idée façon "poupées russes" : Bourne était victime d’un programme top secret intitulé "Treadstone", mais derrière celui-ci se cache un programme de conditionnement des agents secrets encore plus vaste, "Outcome". Programme qui risque d’être dévoilé par un nouvel agent rebelle, Aaron Cross (joué par Jeremy Renner, révélé par l’Oscarisé "Démineurs" ).
Tous les ingrédients sont réunis dans "Jason Bourne, l’héritage" : des secrets d’alcôve, des trahisons entre technocrates de la CIA, un soupçon de paranoïa, et quelques solides scènes d’action (dont une poursuite à moto à Manille)… Sans oublier une "Bourne girl" : Rachel Weisz, en scientifique de charme. Et pourtant, on s’ennuie ferme devant l’inanité de l’entreprise : tout avait été dit, et magnifiquement dit, dans la trilogie avec Damon. Ce film est inutile, et demeure un exemple parfait du Hollywood d’aujourd’hui, qui suce l’os au-delà de la moelle pour faire du fric.
Ruby Sparks
Il y a six ans, Jonathan Dayton et Valerie Faris émerveillaient les cinéphiles avec leur délicieuse comédie "Little Miss Sunshine", vision caustique des "concours de miss" pour enfants en Californie. Aujourd’hui, le couple de réalisateurs revient enfin avec "Ruby Sparks". On y suit les angoisses de Calvin, jeune écrivain de 26 ans qui cale devant sa page blanche depuis des lustres : il a été révélé à 19 ans comme un écrivain génial grâce à un premier roman… Et depuis, plus rien ! Un jour, Calvin est encouragé par son psychanalyste à écrire sur la femme de ses rêves. Il s’exécute, et il a bientôt la surprise de découvrir que Ruby, la jeune fille pétillante qu’il a imaginée, déboule un jour à son domicile. De créature de papier, elle est devenue une personne en chair et en os.
Zoe Kazan (petite-fille d’Elia) a écrit sur ce thème gentiment éculé une comédie romantique qu’elle interprète avec son boyfriend, l’excellent Paul Dano. Ce dernier jouait l’adolescent renfermé dans "Little Miss Sunshine" ; il a donc contacté le duo Dayton/Faris pour mettre en image ce scénario.
Résultat : un film au charme volatil, un peu longuet, dominé par une actrice un tantinet agaçante. "Ruby Sparks" parle de la difficulté pour Calvin de réussir un deuxième roman après un chef-d’œuvre ; il est piquant qu’il soit le 2ème film d’un tandem visiblement tétanisé par le triomphe de son premier film. Vous l’aurez compris : "Ruby Sparks" n’arrive pas à la cheville de "Little Miss Sunshine", hélas !
Little Glory
Shawn, jeune chômeur orphelin de 19 ans, décide de prendre en charge sa petite sœur. Sa démarche n’est pas désintéressée : il espère par ce geste être en mesure de toucher l’assurance-vie de son père récemment décédé. Mais Shawn, qui n’a jamais eu le moindre sens des responsabilités, découvre que s’occuper valablement de la fillette n’est pas un jeu d’enfant…
"Little Glory", interprété par Cameron Bright (vu dans "Twilight") ressemble à un film indépendant américain. En réalité, le projet était d’abord un premier scénario d’un jeune auteur liégeois, François Verjans, que le réalisateur bruxellois Vincent Lannoo a eu envie de déplacer dans un décor d’outre-Atlantique…
Le résultat n’est pas déshonorant : Lannoo évite de tomber dans les clichés touristiques – piège qui guette beaucoup de cinéastes européens vampirisés par le mythe américain - et son film exploite un thème mélo avec pudeur et retenue. Mais le scénario, trop linéaire, trop convenu, manque cruellement de surprise : "Little Glory" souffre d’un air de "déjà vu" qui l’empêche de se démarquer de la flopée de films d’auteurs américains qui ont exploré avant lui l’univers de la chronique familiale intimiste.
Hugues Dayez




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de toto0808 Salut Malco, Je suis d'accord, il est le plus critique de sa profession. Malheureusement, il a plus que souvent raison, enfin JE suis presque toujours d'accord avec lui et quand on sait ce que ça représente d'aller voir un film: 9 €, être immobilisé pendant 2h + 20 minutes de pub avec les db au maximum + le temps se rendre jusqu'au ciné... C'est bon de pouvoir se fier a une bonne critique. Et puis, il ne faut pas perdre de vue qu'aller voir un navet 1.0 (genre block buster) c'est contribuer au financement du navet 2.0 Maintenant, si j'étais l'auteur d'un film, je pense pas que je voudrais savoir ce qu'il en pense, mais ça n'arrivera pas :-)
17-09-2012 15:16 |
de Malco Ce qui est bien avec M.Dayez, c'est qu'il ne pousse pas à la consommation. Le titre de "critique" lui va si bien... Entendons-nous bien, je ne l'accuse pas de dénigrement systématique, et j'apprécie son style et ses points de vue. Je trouve simplement que ses commentaires -pertinents- sont mieux mis en valeur quand ils sont associés à ceux d'un confrère/consoeur plus "enthousiaste".
12-09-2012 13:50 |