Lequel voisin, un diplomate du nom d’Alexi Léger que nous connaissons mieux sous son nom de plume, le poète Saint-John Perse, lui répondit simplement : " Je les comprends ".
Mais à sa descente d’avion, sur la passerelle, Daladier ne vit que drapeaux en liesse et bouquets de fleurs tendus et n’entendit que des applaudissements et des vivas. L’histoire veut qu’à ce moment, il se tourna vers Saint John Perse pour dire entre ses dents : " Quels cons ! ".
Au même moment, Léon Blum, qui depuis quelque temps n’était plus au gouvernement, indiqua qu’il était, pour sa part, partagé entre " un lâche soulagement et la honte ".
Nous sommes aujourd’hui le 18 juin 2012 et depuis ce matin, ce mot de soulagement nous fait notre journée. Les Grecs ont donc décidé de s’en remettre à ceux-là mêmes qui ont mené la barque de l’Etat vers le gouffre et nous en voilà tous satisfaits, comme allégés et délestés : les gouvernants, les commentateurs, les marchés, tout juste quelques divergents pour s’inquiéter de la reproduction du même.
La Bourse à Athènes se réjouit en gonflant ses indices. Les Européens voudraient même se montrer maintenant généreux et accorder des délais. C’est magnifique pour l’euro, les armateurs et les curés orthodoxes.
Nous sommes donc soulagés. Nous n’irons pas vers l’aventure et le tapis vert réglera le reste, les Héllènes défieront les Germains en 90 minutes, l’Euro rejouera l’euro, moins de médicaments, moins de pensions et moins de pain mais toujours des jeux : nous voilà pleinement rassurés.
Et si on dit cela, c’est parce que ce n’est jamais une très bonne nouvelle en Europe, le soulagement…
Et ce n’est pas une très belle nouvelle non plus lorsque les Européens se soulagent. L’extrême droite a l’air de beaucoup s’amuser ces temps-ci dans les urnes et hors des urnes. Les Grecs là-dessus non plus ne sont pas mal et les Français c’est tout juste : quel est donc ce pays où l’extrême droite serait désormais absente des parlements de l’Europe ? Il en reste vraiment peu. Mais de toute façon, quand il n’y a pas d’élus, il reste les rues.
Et certains ont par exemple eu un bon temps de promenade ce week-end à Bruxelles, escortés qu’ils étaient par une police qui, par ailleurs, se retourna contre les contre-manifestants avec les résultats que l’on sait.
Je parle de cette manifestation contre Sharia4Belgium — décidément, quelle plaie, une plaie décidément ouverte à tous les usages —, à l’initiative du Parti populaire et rejoint par les extrémistes de Nation : " pas confondre, a dit l’un d’entre eux, c’est pas parce qu’’on est d’extrême droite qu’on est nazi " : ça se dit ça aujourd’hui, ça peut se dire.
Et les jeunes de la JOC et de la FGTB ne l’avaient pas compris : c’est pourquoi on leur a mis des coups de matraque pour le leur faire rentrer dans le crâne. Entre les gros bras et les jeunes à cheveux, la police bruxelloise a choisi ses têtes. Les plus jeunes, les plus inexpérimentées, les moins baraquées. Une jolie souricière dans le métro et, sur le quai, des oiseaux pour le chat. Dont deux ont fini à l'hosto.
Et ça, pour le coup, si on ose dire, c’est ce que l’on appelle se soulager lâchement. Qu’est-ce qu’il disait encore, Edouard Daladier ? Allez belle journée et puis aussi bonne chance.
Paul Hermant




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