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Reconstruire l'économie

CHRONIQUES | samedi 8 septembre 2012 à 11h39

  • Le discours prononcé par Bill Clinton lors de la Convention Nationale des Démocrates fut un remarquable mélange d’éléments très précis. A-t-on jamais vu une convention avec un discours fourmillant à ce point de mesures détaillées? Ainsi que de phrases d’accroches mémorables. La meilleure d’entre elles fut peut-être le résumé sarcastique de la position républicaine face à une possible réélection du Président Barack Obama : " Nous lui avons laissé un champ de ruines. Il n’a pas tout reconstruit assez vite. Renvoyez-le donc et redonnez-nous sa place". Excellent. Mais est-ce que ce champ de ruines est vraiment en voie de reconstruction ?

    Je répondrais oui à cette question. Les quatre années à venir seront très certainement bien meilleures que les quatre qui viennent de s’écouler – à moins que des mesures peu pertinentes ne créent un autre bazar.

    En disant ceci, je ne suis pas à la recherche d’excuses pour le passé. La croissance sur le front de l’emploi a été bien trop lente et le taux de chômage bien plus élevé que ce qu’ils auraient dû être, même en tenant compte du chaos dont Obama a hérité. J’y reviendrai plus tard. Observons tout d’abord ce qui a été fait.

    Lors de l’investiture du nouveau président en 2009, l’économie américaine faisait face à trois problèmes majeurs. Le premier et le plus pressant était cette crise qui ébranlait le système financier, avec beaucoup des possibilités indispensables de crédit qui étaient gelées ; nous souffrions, en fait, de la version du 21ème siècle des paniques bancaires qui ont mené à la Grande Dépression. Ensuite, l’économie se trouvait confrontée à l’effondrement d’une gigantesque bulle immobilière. Enfin, les dépenses des ménages étaient freinées par les taux très  hauts de la dette de l’immobilier, contractée pour la plupart lors de la bulle de l’ère Bush.

    Le premier de ces problèmes fut résolu rapidement, à la fois grâce aux nombreux prêts d’urgence de la Réserve Fédérale et oui, grâce à ce renflouement des banques tellement décrié. Fin 2009, le degré de stress relatif au monde financier était plus ou moins revenu à la normale.

    Par contre, ce retour à la normalité financière n’est pas parvenu à produire une relance solide. Des relances rapides sont presque toujours suivies d’un essor de l’immobilier – et au vu des constructions excessives qui avaient eu lieu pendant la bulle, cet essor ne pouvait avoir lieu. Pendant ce temps, les ménages essayaient (ou étaient forcés par leurs créditeurs) de rembourser leurs dettes, ce qui équivaut à une demande déprimée. La chute libre de l’économie fut donc stoppée mais la relance resta très lente.

    Vous avez peut-être remarqué qu’en racontant cette histoire d’une relance décevante je n’ai mentionné aucune des choses dont les républicains ont parlé la semaine dernière à Tampa en Floride – les effets des impôts élevés et la réglementation, le manque de confiance soi-disant créé par Obama et le fait qu’il ne porte pas suffisamment aux nues les "créateurs d’emploi" ( ce que moi j’appelle la théorie du " Maman ! Il m’embête !" de nos problèmes économiques). Pourquoi n’en ai-je pas parlé ? Parce que ce qu’avance le GOP sur les raisons de notre économie malade n’est pas étayé par une once de preuves, alors qu’il y a de fortes preuves qui étayent la position selon laquelle c’est la faible demande, due en grande partie au remboursement de la dette de l’immobilier, qui est le véritable problème.

    Et voici une bonne nouvelle : les forces qui ont empêché l’économie de repartir semblent sur la bonne voie pour disparaître dans les prochaines années. Le secteur du bâtiment est à un niveau extrêmement bas depuis des années, ainsi la menace de constructions excessives dues à la bulle est bel et bien dépassée – et il semble qu’une relance du secteur de bâtiment est en marche. La dette des ménages est toujours haute si l’on regarde les exemples dans l’histoire, mais le ratio de la dette par rapport au PIB est bien en-deçà de ce que nous avons connu lors du pic, ce qui permet une demande plus forte des consommateurs.

    Qu’en est-il des investissements des entreprises ? En fait, ils ont été relancés rapidement depuis fin 2009 et il y a toutes les raisons de croire qu’ils vont poursuivre leur ascension puisque les entreprises voient une demande accrue pour leurs produits.

    Ainsi, comme je l’ai dit, l’on peut augurer que les quatre années à venir seront bien meilleures que les quatre années écoulées, à condition d’éviter des erreurs fatales.

    Est-ce à dire que la politique économique américaine a fait du bon travail ? Non, pas du tout.

    A propos des problèmes qu’Obama a rencontrés lors de sa prise de fonction, Bill Clinton a déclaré "Personne n’aurait pu réparer complètement les dommages qu’il a trouvés en seulement quatre ans". S’il pensait à la menace de la dette en disant cela, c’est tout à fait vrai. Mais nous aurions dû lancer des mesures fortes pour atténuer la souffrance alors que des ménages épongeaient leurs dettes, ainsi que des mesures visant à aider à la réduction de la dette – avec avant tout, une aide pour les propriétaires au bord de la noyade.

    Les mesures que nous avons eues étaient loin d’être pertinentes. Le soulagement de la dette, notamment, a été un échec – et l’on pourrait dire que ce fut, en grande partie, parce que l’administration Obama ne l’a jamais prise au sérieux.  Ceci étant dit, Obama a imposé des mesures – le renflouement de l’industrie automobile et le Recovery Act – qui ont rendu cette crise bien moins terrible que ce qu’elle aurait pu être. Et malgré les tentatives de Mitt Romney de réécrire l’histoire du renflouement, le fait est que les républicains se sont férocement opposés à ces deux mesures, tout comme à tout ce qu’a proposé le président.

    Ainsi, Clinton a raison dans le fond : avec toute la souffrance qu’a endurée l’Amérique sous sa direction, Obama peut légitimement prétendre avoir aidé le pays à se sortir d’une très mauvaise passe dont il est seulement en train d’émerger.

    Paul Krugman

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