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Pique-nique, nique, nique...

CHRONIQUES | jeudi 21 juin 2012 à 17h45

  • C’est le premier jour de l’été, c’est la scission de BHV et c’est Rio Plus 20, mais en réalité, c’est plutôt l’été moins 10, la scission de Rio et le dernier jour de BHV. Résumée comme ça, la journée commence à ressembler à quelque chose. Car c’est peu de dire qu’elle avait débuté bizarrement. Les choses, en effet, semblaient ce matin marcher sur la tête.

    Le saut du lit nous avait en effet surpris avec le rêve d’une rente pétrolière dépassant notre espérance de vie : un expert nous faisait la promesse d’un monde oléagineux reçu en viager : " Il y en a encore pour cent ans ", disait ce matin sur ces antennes Pierre Terzian, directeur de Pétrostratégies, agence de conseil pour les décideurs, le monde politique, les banques et les chercheurs, pour qui le pic apparemment n'est jamais sûr.. Ce pic ajoutait-il " est une fiction ".

    Il y a quelques jours, quelques romanciers en herbe et autres poètes des mondes scientifique et technologique se réunissaient à Vienne, siège de l’OPEP, pour y tenir la session annuelle de l’ASPO, sorte de consortium international et informel, comprenant tant des géologues que des anciens conseillers de Shell ou Total ayant décidé, voilà dix ans, de se vouer à l’étude du pic pétrolier et gazier.

    Leur conclusion : " Les lois de la physique sont plus fortes que les lois de l’économie " et leur conseil : " Déployer", je cite, "un matelas d'amortissage", car on risque bien de tomber de haut très bientôt. A l’ASPO, on analyse que la fin du pétrole bon marché se passera dans une fourchette 2013-2015 : le pic serait pour demain. Du pétrole, bien sûr, il en existe encore et il en existera pour 100 ans et plus. Comme il existe encore du charbon, malgré nos mines fermées. Mais nous parlons bien ici du pétrole bon marché, celui qui fait tourner nos économies et nos voitures.

    Pour le reste, il faudra creuser profond pour dépasser le pic, tellement profond que ce seront nos propres ressources qui seront dépassées. Alors du pétrole oui sans doute, mais pas le même et pas pour tout le monde. Comme quoi il y a moyen d’interpréter de façon diverse une même information et comme quoi il est possible d’aller crier haro sur le baudet d’un côté tandis que de l’autre on peut faire l’âne pour avoir du son…

    Qui gagnera, dans l’opinion, des pétrocroyants ou des oléosceptiques, ce n’est pas bien évident encore, mais il semble déjà évident que les gens qui ces jours-ci s’en vont déjeuner sur le tarmac de la Bourse ou du boulevard Anspach, ont bel et bien choisi leur parti. C’est aussi un académique et économiste, Philippe Van Parijs, qui n’est pas non plus un personnage de fiction, qui a lancé cette idée d’investir l’espace public pour sortir ses tartines et allumer son barbecue afin de perturber gaiement le trafic automobile et d’anticiper sans doute une ville sans voiture.

    Ils étaient deux mille le premier jour et ils reviendront sans doute déjeuner plus nombreux tous les dimanches de l’été tant il semble clair pour eux que pic ou pas pic, la solution c’est le pique-nique. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.

    Paul Hermant

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