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On déteste Ben Bernanke

CHRONIQUES | lundi 17 septembre 2012 à 21h36

  • La semaine dernière, le président de la Réserve Fédérale Ben Bernanke a annoncé un changement dans la stratégie anti récession de son institution. Ce faisant il a donné le sentiment qu’il répondait aux arguments de ceux qui critiquaient l’action de la Réserve en déclarant qu’elle pouvait et devrait faire davantage. Et les républicains sont devenus fous.

    Aujourd’hui, bon nombre de gens de droite sont obsédés par l’idée que nous allons nous retrouver face à une inflation galopante très bientôt. C’est la vitesse à laquelle Mitt Romney s’est joint à toute cette folie qui est surprenante. Ainsi, qu’a annoncé Bernanke,  et pourquoi ?

    Habituellement, la Fed répond à une économie faible en achetant aux banques de la  dette à court terme de l’état américain. Cela s’ajoute aux réserves des banques ; les banques prêtent davantage ; et l’économie repart.

    Malheureusement, l’étendue de la crise économique, qui a laissé derrière elle une gigantesque dette privée, a déprimé l’économie tellement sévèrement que les voies habituelles de la politique monétaire ne fonctionnent pas. La Fed peut augmenter les réserves des banques mais les banques ne sont pas vraiment incitées à prêter de l’argent, parce que les taux d’intérêt pour les emprunts à court terme sont proches de zéro. Les réserves d’argent restent donc intactes.

    La Fed a répondu à ce problème en mettant en place un "assouplissement quantitatif", une expression qui prête à confusion, pour acheter des biens autres que des Bons du Trésor, comme la dette américaine à long terme. L’espoir est qu’avec de tels achats, les coûts d’emprunts baissent et qu’ils redonnent un coup de fouet à l’économie, bien que les mesures traditionnelles de la politique monétaire aient atteint leurs limites.

    Evidemment, la Fed a annoncé la semaine dernière une nouvelle série d’assouplissement quantitatif,  incluant cette fois les titres adossés aux créances hypothécaires. Par contre, la grande nouvelle c’est que la Fed a déclaré "qu’une attitude très accommodante en termes de politique monétaire restera en place pour une longue période après que l’économie ait été relancée". En clair, cela signifie que la Fed promet plus ou moins qu’elle ne rehaussera pas les taux d’intérêts aussitôt que l’économie semblera aller mieux, qu’elle attendra que l’économie soit en plein essor et (peut-être) que l’inflation ait augmenté de façon significative.

    L’idée ici c’est qu’en indiquant sa volonté de laisser l’économie flotter pendant un moment, la Fed peut encourager davantage de dépenses dans le secteur privé dès aujourd’hui. Des acheteurs potentiels dans l’immobilier vont être encouragés par la perspective d’une inflation un peu plus élevée qui va rendre leur dette plus facile à rembourser ; les entreprises vont être encouragées par de futures ventes plus élevées ; les stocks vont croître, augmentant la richesse et le dollar va chuter, rendant ainsi les exportations américaines plus compétitives.

    C’est tout à fait le genre d’action que ceux qui ont critiqué la Réserve Fédérale souhaitaient – et ce que Bernanke lui-même souhaitait avant qu’il ne devienne le président de la Fed. Il est vrai que c’est beaucoup moins précis que ce que les critiques auraient aimé. Mais c’est malgré tout un geste bienvenu, même s’il est loin d’être la panacée pour résoudre les problèmes de l’économie (un point sur lequel Bernanke lui-même a insisté).

    Et comme je l’ai dit, les républicains sont devenus fous, avec Mitt Romney se joignant à la folie ambiante. Son équipe de campagne a publié un communiqué de presse dénonçant la décision de la Fed car elle donne à l’économie un coup de fouet "artificiel" – il l’a ensuite décrite comme une surdose de sucre – et a déclaré que "nous devrions créer de la richesse, pas imprimer des dollars".

    Le vocabulaire de Romney fait écho à celui des "liquidationnistes" des années 1930 qui refusaient que quoi que ce soit ne soit entrepris pour atténuer la Grande Dépression. Jusqu’à récemment, le verdict à propos du "liquidationnisme" était sans appel : il avait été rejeté et ridiculisé par les libéraux et les Keynésiens mais également par les conservateurs, et notamment par Milton Friedman en personne. "Une politique monétaire agressive peut réduire la portée d’une récession", déclarait ainsi l’administration de George W. Bush dans le rapport économique du Président en 2004. Et l’auteur de ce rapport, N. Gregory Mankiw de l’Université d’Harvard plaidait pour une politique de la Réserve Fédérale bien plus agressive que celle qui a été annoncée la semaine dernière.

    Aujourd’hui Mankiw est soi-disant un conseiller de Romney – mais les positions du candidat sur la politique économique semblent dictées de manière évidente par les extrémistes qui prétendent que le moindre effort pour combattre cette crise va nous transformer en Zimbabwe, le Zimbabwe je vous dis.

    Ah, et qu’en est-il des idées de Romney pour "créer de la richesse" ? Le "plan" économique de Romney ne donne aucun exemple précis de ce qu’il ferait. Ce qu’on y retrouve par contre, c’est que l’Amérique a besoin de moins de protection de l’environnement et de moins d’impôts pour les riches. Quelle surprise !

    En effet, ainsi que le montre Mike Konzcal du Roosevelt Institute, le plan de Romney en 2012 est presque identique – avec les mêmes tournures de phrases – à celui de John McCain en 2008, sans parler des plans élaborés par George W. Bush en 2004 et 2006. Le contexte change mais c’est toujours la même chanson.

    La semaine dernière nous avons donc appris que Ben Bernanke est prêt à écouter des critiques sensées et à changer de cap. Mais nous avons aussi appris qu’en ce qui concerne la politique économique, tout comme la politique étrangère, Mitt Romney a abandonné toute tentative de modération et a décidé de vivre dans les abymes de la fièvre intellectuelle de droite.

    Paul Krugman

    Derniers commentaires

    • de Michel Campillo La Fed veut encourager la consommation dans le secteur privé, au prix d'une inflation accrue. Ce sont les mêmes recettes, et la critique qu'en fait Paul Krugman n'est en rien originale.

      23-09-2012 13:25 | Répondre

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    • de Michel Campillo La Fed veut encourager la consommation dans le secteur privé, au prix d'une inflation accrue. Ce sont les mêmes recettes, et la critique qu'en fait Paul Krugman n'est en rien originale.

      23-09-2012 13:25 | Répondre

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