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Ode aux allumeurs de réverbères...

CHRONIQUES | lundi 25 juin 2012 à 17h35

  • C’est la dernière semaine de la saison, c’est même la dernière semaine tout court pour ces chroniques puisque nous arrêterons bientôt notre fréquentation quotidienne, après quelques années de bons et loyaux services…

    Il n’est de bonne compagnie qui ne se quitte et nous allons donc profiter de cette semaine pour faire un dernier tour du massif, on veut dire de tout ce qui nous pèse et nous alourdit : ce pondéreux qui nous empoussière et qui nous colle aux semelles.

    Notre pas est moins vif, nous le savons bien. Nous pensons marcher et nous pataugeons pourtant. Ça me fait penser : c'est comme quand on demande à quelqu’un au Congo si ça va et qu' on s’entend répondre " ça va un peu ", hé bien, c’est ça, nous allons un peu.

    Ah ça, on aurait besoin d’un peu de lumière dans ce massif, mais ce qui se passe, pour le dire comme ça, c’est que les allumeurs de réverbères ne parviennent plus à compenser l’obscurité ni à ensoleiller ceux qui ont plaisir à se cacher dedans.

    Un allumeur de réverbère, disait le Petit Prince, c’est véritablement utile parce que ce qu’il fait est joli : " Quand il allume son réverbère, écrivait Antoine de Saint-Exupéry, c'est comme s'il faisait naître une étoile de plus, ou une fleur. Quand il éteint son réverbère, ça endort la fleur ou l'étoile ".

    Les allumeurs de réverbère ont toujours eu dans ce monde la charge de faire naître la beauté, une chose que l’on confond aujourd’hui volontiers avec l’esthétique, ce n’est pas pareil mais cette confusion nous rassure. La beauté est la part réservée des arts, il faudrait être fou pour oser parler encore de beauté politique ou sociale. Qui dirait, par exemple que le travail peut encore produire du beau ? Qui s’y risquerait ?

    Notons donc l’évaporation de la beauté. Affichons son avis de disparition, mettons à prix la tête de la beauté, c’est peut–être le seul moyen de la retrouver.

    Hé bien justement, il y avait, ce matin, chez Sophie Brems, un allumeur de réverbères. Mexicain. Ingénieur chimiste, mais peu importe, les allumeurs sont de toutes sortes. Vous savez, c’est Sergio Rico, l’homme qui a inventé la pluie solide.

    Pluie solide… Déjà qu’il me donne l’occasion de dire pour la dernière fois sans doute le mot oxymoron dans cette chronique — car de la pluie solide c’est du bel oxymore — cet homme vient aussi par un procédé finalement assez simple, inspiré des couches de bébés, de donner aussi une chance à l’avenir.

    La pluie solide, c’est une sorte de sucre en poudre, un acrylate de potassium, qui a la capacité d’emmagasiner l’eau et de la solidifier près des racines des plantes et des légumes qu’elle abreuve doucement en permanence. On la réhydrate si l’on veut ou si l’on peut. Ça change l’idée que nous avions de l’irrigation et ça peut aussi arrêter des incendies. C’est économique, c’est inoffensif et c’est joli.

    Cette beauté-là, pourtant, n’intéresse pas grand-monde. Sergio Rico, qui l’a inventée il y a 5 ans, ne reçoit que des soutiens polis. Son propre pays, en sécheresse, ne l’utilise pas. On manque d’eau partout, on en manquera. Et pourtant, comment mieux dire qu’on s’en fout.

    Tout ça, voyez-vous, c’est de la faute du massif. De comment on l’envisage. Comme quelque chose qui nous pèse sur la tête. Ou alors quelque chose qu’il suffit de prendre à la racine. Allez belle soirée ( on va insister sur belle) et puis aussi bonne chance.

     

    Paul Hermant

    NB. Aux auditrices et auditeurs. Pour cloturer toutes ces années passées ensemble, je vous propose de nous retrouver, si vous le voulez, le vendredi 28 juin dès 18 heures au café " Le Stam ", situé 1 rue Bouré (si,…) à Ixelles (rue Longue-vie/rue de la Paix). Vous pouvez aussi signaler votre présence via la page facebook "Médisant de chroniques, clap de fin ". Bienvenue à toutes et tous.

    Derniers commentaires

    • de robserif Je ne vous connais que par votre chronique bien qu'ayant travaillé dans la même maison mais ces chroniques, je les ai dégustées au quotidien. J'en ai apprécié la pertinence, l'audace souvent, la profondeur. Je vous regretterai et bon vent pour demain. Robert LOUIS

      28-06-2012 11:37 | Répondre

    • de sellema Je me souviens, il y a bien lontemps avoir lu dans une bande dessinée que "Les hommes sont comme les fusées, seuls les meilleurs partent..." Paul, je vous suis malheureusement pas depuis dix ans, et je le regrette. J'ai découvert vos chroniques il y a un peu plus de cinq années, et depuis, je suis resté fidèle à vos plume et voix, qui m'apportenet chaque jour un petit moment d'intelligence et de délicatesse intellectuelle. C'est malheureusement tellement rare de nos jours. Mais voilà que l'on nous enlève aujourd'hui l'un des derniers bastions de l'intelligence, de la clairvoyance et de l'humour. Que dire sinon que tout se perd, même le meilleur. Adieu donc Paul !!! Un immense merci pour toutes ces chroniques aussi eclectiques qu'instructives et divertissantes, dont j'ai compilé chaque jour par année, depuis ma découverte. Au moins cela on ne me le prendra pas, et je peux y revenir à mon gré. Merci Paul et bravo pour votre constance. Marc.

      27-06-2012 15:21 | Répondre

    • de Spartacus Votre (im)pertinence va me manquer, moi qui vous ait découvert il y a seulement cinq ans.

      26-06-2012 16:21 | Répondre

    • de gabrielle L'extinction définitive du réverbère quotidiennement allumé vers 18H20 n'est pas appréciée du quartier.

      26-06-2012 08:29 | Répondre

    • de Zorrino Il faut 1,6g de polyacrylate de K pour gélifier un litre d'eau. Donc à la dose recommandée par son "inventeur" (25kg/ha), il permet de retenir un peu plus de 15000l d'eau. Quand on sait qu'un hectare de maïs peut évaporer 50000 litres d'eau par jour sous notre climat, on voit bien la portée de l'invention ! Si on veut que la réserve en eau soit significative, il faudrait au minimum retenir 20% des besoins annuels, ce qui correspondrait à 600kg de produit par ha. A 400€ pour 25 kg, ça fait près de 10000€ par ha, soit la valeur de 50T de maïs, à renouveler tous les 5 ans... Certains adeptes du Grand Complot vont certainement dire que cette belle invention a été bloquée par je ne sais qui, pourtant c'est l'industrie pétrolière qui se réjouirait si quelques fous furieux se lançaient dans ce projet !

      25-06-2012 19:44 | Répondre

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    • de robserif Je ne vous connais que par votre chronique bien qu'ayant travaillé dans la même maison mais ces chroniques, je les ai dégustées au quotidien. J'en ai apprécié la pertinence, l'audace souvent, la profondeur. Je vous regretterai et bon vent pour demain. Robert LOUIS

      28-06-2012 11:37 | Répondre

    • de sellema Je me souviens, il y a bien lontemps avoir lu dans une bande dessinée que "Les hommes sont comme les fusées, seuls les meilleurs partent..." Paul, je vous suis malheureusement pas depuis dix ans, et je le regrette. J'ai découvert vos chroniques il y a un peu plus de cinq années, et depuis, je suis resté fidèle à vos plume et voix, qui m'apportenet chaque jour un petit moment d'intelligence et de délicatesse intellectuelle. C'est malheureusement tellement rare de nos jours. Mais voilà que l'on nous enlève aujourd'hui l'un des derniers bastions de l'intelligence, de la clairvoyance et de l'humour. Que dire sinon que tout se perd, même le meilleur. Adieu donc Paul !!! Un immense merci pour toutes ces chroniques aussi eclectiques qu'instructives et divertissantes, dont j'ai compilé chaque jour par année, depuis ma découverte. Au moins cela on ne me le prendra pas, et je peux y revenir à mon gré. Merci Paul et bravo pour votre constance. Marc.

      27-06-2012 15:21 | Répondre

    • de Spartacus Votre (im)pertinence va me manquer, moi qui vous ait découvert il y a seulement cinq ans.

      26-06-2012 16:21 | Répondre

    • de gabrielle L'extinction définitive du réverbère quotidiennement allumé vers 18H20 n'est pas appréciée du quartier.

      26-06-2012 08:29 | Répondre

    • de Zorrino Il faut 1,6g de polyacrylate de K pour gélifier un litre d'eau. Donc à la dose recommandée par son "inventeur" (25kg/ha), il permet de retenir un peu plus de 15000l d'eau. Quand on sait qu'un hectare de maïs peut évaporer 50000 litres d'eau par jour sous notre climat, on voit bien la portée de l'invention ! Si on veut que la réserve en eau soit significative, il faudrait au minimum retenir 20% des besoins annuels, ce qui correspondrait à 600kg de produit par ha. A 400€ pour 25 kg, ça fait près de 10000€ par ha, soit la valeur de 50T de maïs, à renouveler tous les 5 ans... Certains adeptes du Grand Complot vont certainement dire que cette belle invention a été bloquée par je ne sais qui, pourtant c'est l'industrie pétrolière qui se réjouirait si quelques fous furieux se lançaient dans ce projet !

      25-06-2012 19:44 | Répondre

    • de Martine van Coevorden Les interventions de Paul Hermant représentent une fenêtre ouverte sur un monde plus juste et plus ouvert. Ces billets parfois insolents, souvent poétiques, pleins de bon sens et surtout respectueux de "l'autre" me manqueront. Je l'avais interpellé lorsqu'il avait mis en cause les pompiers ambulanciers appelés par des hommes sans papiers et venus d'horizons divers, qui pour échapper à la guerre, qui pour fuir la misère et des régimes politiques plutôt scandaleux, tous pour essayer de tyrouver une vie meilleure car on ne quitte pas sans raison ses racines. La réaction de Paul Hermant a fait honneur au service public et je l'en remercie encore. Qu'il s'agisse d'une mesure d'économie, d'une crainte de déplaire, d'une volonté de changement ou d'une sanction pour irrespect, la décision de la RTBF est malheureuse. Aussi malheureuse que la décision d'échanger le Jeu des dictionnaires contre les bêtises qui passent à l'antenne entre 16H et 17H. Martine van Coevorden

      25-06-2012 19:07 | Répondre

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